Un autre rêve...

Ainsi, tout le monde avait compris que ce n’était pas l’hystérie répressive sécuritaire, l’obsession de s’abaisser au niveau de barbarie de l’adversaire ou la mise en œuvre point par point du programme de haine et de peur qu’il nous presse d’adopter qui avait favorisé le massacre de Nice mais bien au contraire l’absence de zèle avec lequel ce programme avait été mis en œuvre.

Ainsi, tout le monde avait compris que ce n’était pas l’hystérie répressive sécuritaire, l’obsession de s’abaisser au niveau de barbarie de l’adversaire ou la mise en œuvre point par point du programme de haine et de peur qu’il nous presse d’adopter qui avait favorisé le massacre de Nice mais bien au contraire l’absence de zèle avec lequel ce programme avait été mis en œuvre.

Ainsi donc, chacun était désormais prêt à « renoncer à l’Etat de droit » pour mieux lutter contre le terrorisme, même si chacun n’avait en réalité aucune idée de ce que cela voulait dire. Ainsi, après s’être assuré que les personnes condamnées pour des infractions terroristes – fut-ce pour avoir crié « vive Daesch » après que les policiers aient défoncé leur porte à la hache – ne puissent jamais sortir de prison, les premiers centres de rétention pour les personnes fichées pour « radicalisation terroriste » ouvraient enfin leurs portes. 

Bientôt, les « islamistes présumés » étaient rejoints par d’autres radicaux, militants associatifs et syndicaux qu’il fallait bien enfermer préventivement puisque, tout de même, on allait plus demander aux policiers et aux gendarmes de venir sécuriser leurs manifestations et autres protestations irresponsables. Ils avaient, chacun en convenait, bien d’autres chats (noirs) à fouetter.  

Mais survinrent de nouveaux attentats, plus effroyables encore que les précédents, et commis par des individus parfaitement inconnus des services de police. On comprit alors bien vite qu’on n’avait pas été suffisamment audacieux et qu’il fallait désormais prendre réellement conscience qu’on avait changé d’époque, tirer vraiment toutes les conséquences de ce que l’on était en guerre contre les ennemis de la liberté.

On commença dès lors par placer dans les centres de rétention tous les musulmans intégristes ou même simplement conservateurs. Et, comme tous les musulmans étaient, il fallait bien l’avouer, fondamentalement radicaux, tous ou presque furent progressivement enfermés. Au reste, n’avait-on pas, de longue date, acquis la certitude que l’Islam était foncièrement incompatible avec les valeurs de la République ?

Mais les attentats continuaient, toujours plus violents, toujours plus imprévisibles.

Des mesures plus énergiques s’imposaient. C’est alors qu’on se décida enfin à rétablir la peine de mort et l’usage de la torture à l’égard des terroristes. Quelques protestations s’élevèrent en Europe mais, de toute façon, cela faisait des années qu’on avait rétabli ces précieux instruments répressifs en pratique. Et puis nos adversaires ne s’en privaient pas, eux. En réaction aux condamnations indignes de la Cour européenne des droits de l’homme, de joyeux autodafés démocratiques furent organisé un peu partout dans le Pays. Et sur les places des villes et des villages, l’on brûla la convention européenne des droits de l’homme et les quelques exemplaires du Coran qui n’avaient pas encore été mis au pilon depuis que ce livre avait enfin été interdit.  

Las, les attentats se poursuivaient, toujours plus meurtriers, toujours plus obstinés. 

On élargit encore les capacités d’accueil des centres de rétention pour y loger tous ceux qui ne collaboraient pas loyalement à la lutte antiterroriste, les juges rouges, les prétendus intellectuels, les pusillanimes qui n’osaient dénoncer leurs proches et leurs voisin. Mais le cœur n’y était plus. Il y avait désormais des millions de gens à surveiller, à punir, à exécuter. Et même si l’on avait considérablement renforcé les effectifs de nos forces de sécurité, acheté au prix coûtant radars, drones et autres bijoux technologiques de l’industrie de la peur, on était épuisé et on ne savait plus vraiment où donner de la tête. Les terroristes étaient partout. Comment savoir qui allait frapper le premier ? Qui était le plus dangereux ?

Et puis, bien qu’on n’osât pas se l’avouer, on voyait bien que le nombre de personnes radicalisés ne faisait qu’augmenter. Ils devenaient bien peu nombreux ceux qui n’avaient pas côtoyé des individus aujourd'hui soumis à des mesures antiterroristes. Le gouvernement avait beau faire tout ce qu’il pouvait pour assurer la sécurité des français, des rapports alarmants faisaient état d’un niveau de haine des institutions et de risque de passage à l’acte qui n’avait jamais été aussi élevé. Recroquevillée dans sa résidence surveillée, la communauté des honnête de gens, celle qui n’était ni détenue, ni surveillée, ni occupée à détenir ou surveiller, serrait les rangs.

Mais on allait tenir bon. Un jour, la guerre contre le terrorisme serait remportée. Si Dieu le voulait. 

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