5. Parlons sans crainte de politique

En rédigeant ce chapitre j’ai repensé aux différentes formes d’engagements que j’ai et ai eu dans ma vie, en tant que bénévole, salarié ou entrepreneur. Comme plus de 12,5 millions d’entre vous, je suis engagé dans l’une des 1,40 millions d’associations.

Alors que dans celles-ci, nous faisons souvent de la politique en nous impliquant sur un thème de la vie de la cité, parler de politique et s’impliquer en politique sont souvent considérés comme des sujets qui fâchent et qu’il ne faut pas aborder au delà d’un cercle restreint.

J’en ai eu la confirmation lors des dernières élections municipales. Il y a quelques mois, en effet, j’étais sur les marchés, dans la rue. Je distribuais le programme d’une liste citoyenne, soutenue par plusieurs formations politiques existantes. C’était avant la dernière semaine de campagne, gâchée, bien sûr, par l’épidémie. J’avais le sourire car j’apprécie la spontanéité des contacts de proximité. J’étais aussi actif sur internet pour partager les idées, dans un esprit constructif.

Même si ce fut, pour moi, une campagne très agréable, voici des réactions et des remarques que je souhaite faire évoluer avec ma candidature :

  • « C’est quel parti ? » -> « Une liste de citoyens ? Aucun intérêt car pas d’expérience ! »

              -> « Ah oui, je prends ! »
              -> « Ah non, pas eux ! »  

  • « Les politiques sont tous « pourris », je ne vote plus depuis longtemps ! »
  • « Qui que ce soit, cela ne changera rien, donc pourquoi changer ! »
  • « Ah non, pas de politique dans ce groupe internet ! Sinon on va se fâcher »

Au delà, notre fonctionnement actuel permet de faire les constats suivants :

  • l’abstentionnisme est très élevé alors que nous avons la chance de pouvoir nous exprimer ;
  • les scandales et manipulations pour évincer un candidat sont réguliers ;
  • la tolérance et le respect semblent ne pas exister ;
  • alors que la charge d’un seul mandat se suffit à elle-même, les cumuls de mandats sont fréquents.

Aujourd’hui, tout se déroule comme si, à force d’être déçus, nous abandonnions le fonctionnement de la démocratie à quelques uns en charge de son application. Alors que la démocratie est le pouvoir de la majorité dans le respect de la minorité, tout se passe comme si l’on était toujours acquis à son idée, mais plus à sa pratique actuelle. La démocratie nécessite de l’exigence car elle permet la relation riche et complexe entre chacun d’entre nous, en tant qu’individu, et nous tous, en tant que société. La démocratie n’est pas un régime dominé par les « meilleurs » éléments de notre société. Un tel régime est une aristocratie, même si des personnes sont élues.

Pour élargir la participation aux décisions et parler sans crainte de politique, je vous propose :

- de nous focaliser avant tout sur les idées et non sur ceux qui les expriment ;
- d’adapter les conditions d’élections et de représentations ;
- de pratiquer le dialogue, avec, pour seul objectif, de faire mieux qu’avant.

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