Chapitre 2 : Le bien commun : notre idéal pour le 21ème siècle

Le bien commun est une notion ancienne, créée au XIIIe siècle par Thomas d’Aquin, dans une approche spirituelle, elle-même religieuse. En lien avec l’époque et notre histoire judéo-chrétienne, celle-ci faisait référence à Dieu comme bien commun de l’univers.

Depuis, notre société a naturellement évolué et nos approches de travail en matière de spiritualité se sont diversifiées, sous une forme religieuse ou non. Le vocabulaire autour du bien commun s’est élargi avec les notions de bien public mondial ou local, biens communs,... Quels que soient les termes utilisés ou nuances exprimées, ses multiples conceptions sont reliées par une même conception du monde qui vise le bien-vivre, c'est-à-dire une convivialité entre humains, l'harmonie avec la nature, un développement durable responsable équitable.

C’est bien dans cet état d’esprit que je m’inscris mais que je complète avec les deux convictions suivantes.

La première, c’est qu’en étant conscient de l’importance de l’existence de l’autre, nous pouvons agir, ensemble, pour faire de la France une communauté du bien à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières.

En effet, lorsque le bien commun est opposé à l’intérêt particulier, il est souvent vu comme le bien de la communauté, c’est à dire la somme des biens privés et publics, matériels et moraux qu’intègre la société, dans lequel l’ensemble des besoins et des désirs de ses membres trouve sa satisfaction. C’est pourquoi, pour promouvoir ce bien de la communauté, à l’encontre des égoïsmes individuels, l’autorité invoque le principe que l’intérêt général prime l’intérêt particulier.

Or l’intérêt général n’est vraiment général que par rapport aux membres de cette communauté. Tant que celle-ci se distingue d’autres communautés de même ordre (famille, corporation, État,...) son intérêt général n’est encore que particulier, puisque le bien commun qu’elle poursuit manque de l’universalité qui lui est essentielle.

Il faut donc que la communauté ne soit pas close sur elle-même et que le bien commun qu’elle vise s’étende à l’infini. C’est pourquoi, le bien commun doit devenir un bien universel et en s’universalisant, il évolue de bien de la communauté en communauté du bien.

La seconde, c’est de faire évoluer l’expression de nos valeurs républicaines et d’y ajouter la solidarité en les réorganisant de la façon suivante : Solidarité, Fraternité, Égalité, Liberté.

En effet, la priorité accordée aux valeurs et aux critères de l’économie de marché s’est traduite par l’affirmation d’une culture de la conquête et de l’outil. Dans le cadre du marché mondial intégré, rien n’est garanti, assuré. Tout est à conquérir et l’intérêt de celui qui gagne devient l’intérêt général. Résultat : les principes fondateurs des sociétés modernes, que sont la citoyenneté et la solidarité, se sont affaiblis ; leurs principes clés, représentés par la sécurité d’existence, et la garantie des droits sur la base du respect de la réciprocité entre tous les membres d’une communauté humaine, se sont effrités.

Or, l’importance primordiale de l’existence de l’autre est à la base de toute société et de toute culture, qu’elle soit judéo-chrétienne, islamique, bouddhiste, shintoïste, laïque. L’objet du bien commun est donc effectivement la recherche de la richesse commune, à savoir l’ensemble des principes, des règles, des institutions et des moyens qui permettent de promouvoir et de garantir l’existence de tous les membres d’une communauté humaine. Sur le plan immatériel, il peut s’obtenir grâce au triptyque reconnaissance-respect-tolérance dans les relations avec l’autre. Sur le plan matériel, il peut se structurer au droit à l’accès juste pour tous à l’alimentation, au logement, à l’énergie, à l’éducation, à la santé, au transport, à l’information, à la démocratie et à l’expression artistique.

Le fait de mettre en avant, à tout moment, la valeur de solidarité, implique que nous développions un système de valeurs plus large qui prônent l'inclusion, l’égalité d’accès, le partage, la participation, la collaboration de pair à pair, l'intérêt général, le respect, la valorisation de la diversité.

Le bien commun fait primer l'intérêt général sur l'intérêt particulier, le collectif sur l'individu, la coopération sur la compétition, l'usage sur la possession.

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