Russie, violences domestiques : le ministère de l’intérieur interpellé

Il l’est par les associations d’aide aux victimes de violences conjugales, qui  demandent que les services de police utilisent des protocoles et questionnaires d’évaluation du risque auquel celles-ci sont confrontées.

Huit associations et centres russes apportant un soutien aux victimes de violences domestiques, et œuvrant à leur prévention, viennent d’écrire au ministre de l’intérieur, Vladimir Kolokoltsev. Il s’agit de « Правовая инициатива » (Initiative pour le justice), de « Зона права » (Zona prava, Territoire du droit), de « Насилию.нет » (Nassiliou net, Non à la violence), du Consortium des organisations non gouvernementales de femmes, de « Ты не одна » (Ty ne odna, tu n’es pas seule) , de « Китеж » (Kitej, que j’ai déjà mentionnée dans ce billet), d’« Анна » (Anna) et de «Сестры» (Siostry, les Soeurs). 

Elles demandent que soit rédigés et mis à disposition des services de police des protocoles les guidant lorsqu’ils entendent des femmes victimes de violence domestique. L’enjeu est d’aider les forces de l’ordre à évaluer — et donc à ne pas sous-estimer — le risque qu’elles encourent. 

Les associations indiquent que des outils analogues existent et sont déjà utilisés dans de nombreux pays, et qu’ils donnent des indications fiables sur le risque de répétition des violences. Elles soulignent qu’en leur absence en Russie, « les policiers russes n'ont pas de méthode d'évaluation claire et contraignante, et les victimes ne peuvent pas recevoir une assistance rapide et efficace », alors que « l'escalade de la violence domestique est souvent fatale ».

Elles ont transmis au ministre une proposition de questionnaire, qui porte notamment sur les faits dont se plaint la victime, la situation dans laquelle elle se trouve, l’historique des violences ou la personnalité, la conduite et les mots de leur auteur présumé. 

J’avais indiqué en avril dernier dans ce billet que le ministère de l’intérieur russe semblait s’engager de façon plus volontariste dans la prévention et la lutte contre les violences domestiques. Le courrier des associations, et sa reprise assez large dans la presse, devrait être lui être sinon une aide, du moins un aiguillon pour qu’il avance effectivement dans cette voie.

En France un tel questionnaire « d’évaluation de la situation des victimes de violences au sein du couple » est utilisé par les services de police et de gendarmerie depuis novembre 2019. On peut le trouver ici. Et je reproduis aussi ci-dessous le « violentomètre, un outil qui a été utilisé dans les échanges et les formations entre associations françaises et russes de lutte contre les violences faites aux femmes. Il en existe une version en russe. 

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ASI (3 novembre 2020) - Takie dela (3 novembre 2020) - Kommersant (3 novembre 2020)

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