Russie, France, violences conjugales, sororité,

Une rencontre entre associations russes et françaises accueillant et aidant des femmes victimes de violences montre une fois de plus la nécessité de disposer de lieux d'accueil spécialisés.

Dans un billet d’avril dernier, j’avais présenté l’association Simone et Simona. Elle s’est créée il y a maintenant un peu plus d’un an pour accompagner les échanges entre associations de femmes russes et françaises, et plus particulièrement :

- soutenir des actions locales en faveur de femmes en difficulté et en danger ;

- mettre en place des actions de sensibilisation et de prévention à la violence ;

- proposer des formations ;

- créer un centre de ressources et d’information gratuit et accessible à tous ;

- organiser des missions d’étude et d’évaluation en Russie et dans les pays de l’ex-Union soviétique.

L’histoire, la vraie, celle des individus et des peuples est faite de telles initiatives.

Je voudrais aujourd’hui consacrer ce billet à la rencontre qu’elle a organisée, le 3 décembre dernier, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Je le fais un peu tardivement, mais le sujet est comme je viens de l’écrire, majeur, il fait partie aussi de ceux auxquels il faut réfléchir avant d’entrer dans une nouvelle année, et de décider, chacun d’entre nous, de ce nous souhaitons apporter par notre travail et notre engagement. 

Il s’agissait d’échanges de pratiques entre associations spécialisées dans la prise en charge des femmes victimes de violences. Kitej, Siostri et Sintem, pour les russes, SOS femmes Seine Saint-Denis et Simone et Simona, pour les françaises.

La matinée était consacrée à des interventions de femmes victimes de violences, avec comme thème « quel message les femmes françaises et russes veulent se transmettre ? ». Ce sont les professionnelles de l’accompagnement qui échangeaient l’après-midi, autour de questions comme la mise en sécurité des femmes, la sécurisation des données, et la gestion de l’hébergement dans le contexte sanitaire de la COVID.

Le contexte de l’échange, la surprise de pouvoir se parler d’un pays à l’autre, la contrainte aussi de la langue, tout cela a amené beaucoup de clarté. Et même si ce n’est pas ici le lieu de restituer ce qui a été dit, il me semble important de souligner ce qui suit :

- L’extrême difficulté pour les femmes victimes de violences domestiques de s’extraire de la situation dans laquelle elles sont. Et la force, prise sur elles-mêmes, qui leur est nécessaire pour le faire. Cela a été dit, et montré, avec d’une coté des mots de combat, et de l’autre ceux de la pudeur surmontée. Toujours avec la même intensité.

- L’importance de la solidarité entre femmes, d’un pays à l’autre, je l’ai dit, c’est le point de départ et la particularité de cet échange, mais aussi entre les victimes des violences domestiques et celles qui les accompagnent. On comprend alors qu’il est essentiel que ce soit des associations de femmes qui interviennent auprès des premières. La rencontre du 3 décembre a été ainsi placée sous le sceau de la sororité. Mot qui ici dépasse ceux de solidarité et de fraternité.

- L’évidence que toutes les victimes doivent pouvoir quitter leur foyer s’il est devenu pour elles un lieu de violence. C’est un droit humain, à mettre au-dessus de beaucoup d’autres, et qui doit être organisé et effectif. En Russie, en France il nous faut donc suffisamment de centres d’hébergement dédiés, et nous n’y sommes pas encore. Nous faisons beaucoup, nous devrions pourtant nous abstenir de prétendre à des résultats tant qu’une femme qui veut partir de chez elle parce qu’elle est battue n’aura pas la connaissance et la certitude de l’existence d'un lieu qui puisse l’accueillir et qui y soit adapté. On ne doit pas pouvoir douter d’un droit aussi absolu.

Pourquoi écrire cela, dans un blog où je fais état de mon métier, haut-fonctionnaire, administrateur civil, plus précisément, un corps créé à la Libération, avec l’École nationale d’administration, pour – je cite l’exposé des motifs de l’ordonnance du 9 octobre 1945 –, « adapter la conduite des affaires administratives à la politique générale du gouvernement, de préparer les projets de loi ou de règlement et les décisions ministérielles, de tracer les directives nécessaires à leur exécution, de coordonner et d’améliorer la marche des services publics » ? Pour parler, aussi, de ce métier, et pour dire que l’on ne peut bien le faire que si on accepte de se confronter à la réalité et d’écouter, avec attention, avec humilité. En y cherchant ce qu’elle a de plus fort, et qui ne se réduit pas aux formules toutes faites. En comprenant aussi que certaines vérités, celles exprimées par ceux ou celles qui n’ont le plus souvent pas la parole, sont plus nécessaires que d’autres.

Mais revenons à Simone et Simona. Ce que fait cette association est bien pour la France et la Russie. Voilà leur site : www.simoneetsimona.com. Jetez-y un coup d’œil, aidons les à grandir. Et souhaitons leur bonne année 2121. 

Sororité, traduit en russe par Женская солидарность, solidarité des femmes © Simone et Simona Sororité, traduit en russe par Женская солидарность, solidarité des femmes © Simone et Simona

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