Métro de Moscou : 17 femmes dans le wagon de tête

Comme conductrices, le métier de machiniste était jusqu’au 1er janvier 2020 interdit aux femmes. C’est nouveau, et pas tout à fait nouveau.

La Russie, comme d’autres pays issus du démêlement de l’URSS, a hérité du droit soviétique une liste de métiers interdits aux femmes. L’objectif de cette réglementation était de protéger les femmes, en évitant qu’elles n’exercent des métiers pénibles, imposant des efforts excédent leur forces physiques, ou présentant un risque pour leur santé. Elle était également inspirée par des préoccupations plus réactionnaires : elle faisait partie d’une série de textes pris avec l’arrivée de Staline au pouvoir, rompant avec le féminisme bolchévique d’Alexandra Kollontaï et d’autres, prônant le retour à une vision traditionaliste de la famille de la famille et de la place de la femme au sein de celle-ci, qui donnera lieu en 1935 et 1936 à une nouvelle politique familiale, reposant sur l'interdiction de l'avortement ou la création d'un « ordre de la gloire maternelle » pour les femmes ayant élevé de 7 à 9 enfants.

L’argument des conditions de travail est tombé les nouvelles organisations de la production, la présence des femmes sur le marché du travail, un autre héritage du système soviétique, s’est maintenue, et ces dispositions sont maintenant perçues comme anachroniques dans la Russie d’aujourd’hui. Leur abrogation a fait partie des marronniers du débat politique, elle s’est heurtée à d’autres lobbies que le fantôme de Staline, mais un pas significatif a été fait en 2019 par le ministère du travail russe : un arrêté, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021 a été pris pour réduire de 456 à 100 le nombre des métiers interdits aux femmes. 

C’est dans ce cadre que le métro de Moscou a lancé le recrutement et la formation d’un groupe de femmes aux fonctions de « machiniste » ou conductrice de rame. 17 d’entre elles ont réussi leur examen final fin octobre, et sont maintenant en stage avant leur prise de fonction, le 1er janvier. Je ne développe pas, le sujet a donné lieu à quelques articles dans la presse ou l’internet français. 

Le maire et la ville de Moscou ont communiqué sur cette opération, dont ils espèrent sans doute quelle contribue à asseoir une image moderniste et féministe de la ville. 

Le sujet n’est pas clos. 100 métiers restent inaccessibles aux femmes, dont par exemple les travaux dans les mines, pour lesquelles une évolution est exclue par le ministère du travail, ou les emplois d’ingénieurs de la maintenance aéronautique, dont Inna Sviatenko, présidente du comité de la politique sociale du Conseil de la Fédération, la chambre haute du parlement russe, a demandé qu’ils soient exclus de la liste à l’occasion d’un nouvelle révision. 

À Paris, le métier de conductrice de métro a été ouvert aux femmes en 1982. Parmi les 8 premières femmes machinistes, il y avait Arlette Degiorgis, aujourd’hui retraitée. À Moscou, il l’avait été pendant la Seconde guerre mondiale, et la première rame avec une conductrice femme a roulé le 8 mars 1942. À la fin de la guerre, certaines machinistes ont continué ce métier. Une rame portant le nom « 8 mars, train des femmes », a circulé sur la ligne Sokolnitcheskaïa jusqu’en 1975. 

Le train féminin du 8 mars © Archives. Courtoisie RBTH Le train féminin du 8 mars © Archives. Courtoisie RBTH

Russkaïa gazeta (12 février 2020) - Interfax (30 octobre 2020) - RBTH (12 novembre 2019) 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.