Daniel Horowitz
Abonné·e de Mediapart

105 Billets

0 Édition

Billet de blog 30 août 2015

Barenboïm et Ahmadinejad, même combat

Daniel Horowitz
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Wagner fut un compositeur de premier rang  et un novateur en musique, mais ce n'est pas pour cette raison qu'Hitler l'avait choisi comme un des emblèmes du Troisième Reich. C'était également un écrivain qui avait théorisé l'antisémitisme post-chrétien au moyen d'écrits appelant à l'élimination des Juifs. Il leur reprochait notamment la décadence de la culture européenne, et avait appelé à la "déjudaïsation" de l'Allemagne bien avant l'avènement du nazisme. Son ouvrage  "Les Juifs dans la Musique" fut une contribution majeure à la rationalisation de l'antisémitisme moderne.

En juillet 2001 le chef d'orchestre Daniel Barenboïm s'apprêtait à donner un concert en Israël, mais face au tollé quant à son intention de jouer du Wagner il retira cette partie-là du programme. Le concert eut donc lieu, mais au bout de quelques rappels il demanda au public s'il désirait malgré tout entendre du Wagner. Il y eut de vifs échanges dans la salle, au bout desquels une partie du public en sortit la rage au cœur, ce qui n'empêcha pas Barenboïm d'entamer un extrait de "Tristan et Isolde".

Même s'il est vrai qu'il faut dissocier l'art de l'artiste, Barenboïm aurait dû comprendre qu'il avait l'obligation morale de respecter l'ostracisme concernant Wagner en Israël, dès lors qu'il y avait encore des rescapés de la Shoah en vie.

L'argument  comme quoi ceux-ci n'étaient pas obligés d'assister à ses concerts ne tient pas, parce que les prestations de Barenboïm, enfant du pays, ne passent pas inaperçues. Il avait donc le droit de jouer du Wagner, mais aussi le devoir de ne pas choquer.

Edward Saïd était un intellectuel américain d'origine palestinienne qui s'est distingué toute sa vie par une hostilité obsessionnelle envers Israël. Ami de Barenboïm, il co-fonda avec lui un orchestre composé d'Arabes et d'Israéliens, avec pour vocation d'établir un pont entre jeunes musiciens  qui autrement n'auraient sans doute jamais eu l'occasion de se connaître. Initiative louable si elle n'avait pas été conçue avec pour objectif de discréditer Israël et d'attiser les passions au lieu de les réduire.

Un des évènements hautement symboliques de cet orchestre fut un concert devant un public palestinien en Cisjordanie. Mais Barenboïm, qui déclarait ne pas vouloir connoter politiquement son orchestre, aurait dû comprendre qu'il avait l'obligation morale de le faire jouer également devant des Juifs de ce même territoire. Finalement il s'avère que ceux-ci  n'y avaient pas droit du seul fait d'être juifs.

La République Islamique d'Iran est une théocratie qui ignore la liberté d’expression, réprime les opposants, pratique la torture, la lapidation, les amputations, discrimine les femmes et les minorités. Ce régime est en guerre ouverte contre Israël par le truchement du Hezbollah et du Hamas, organisations terroristes armées et financées dans le but explicite de rayer Israël de la carte.  Par ailleurs l'Iran est soupçonné par la communauté internationale de développer une arme nucléaire avec Israël pour cible.

La Chancelière d'Allemagne projette ces jours-ci une visite en Iran en vue d'un rapprochement diplomatique et économique entre les deux nations. Barenboïm s'apprête à être du voyage afin de célébrer cet évènement à la tête de l'orchestre de Berlin. Mais il devrait comprendre que se produire sous la bannière de l'Allemagne dans un Iran qui projette d'assassiner six millions de Juifs est un geste qu'il est probablement seul à ne pas en mesurer le poids symbolique.

Le comble c'est qu'aux dernières nouvelles ce sont les autorités iraniennes elles-mêmes qui récusent Barenboïm  parce qu'il est juif, ce qui a le mérite d'être cohérent, puisqu'il  fait  partie de ceux qui sont visés par cette nouvelle Shoah que le régime iranien appelle de ses vœux.

Mais Barenboïm a des atouts dans la vie : en plus d'être un immense musicien, il est à la fois citoyen d'honneur de la Palestine et citoyen de déshonneur d'Israël.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Le passe vaccinal définitivement adopté sous les invectives
Avec 215 voix « pour » et 58 « contre », le projet de loi « renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire » a été adopté par le Parlement dimanche, lors d’un ultime vote des députés. Après de nouveaux débats houleux sur l’utilité et la proportionnalité de sa mesure principale : le remplacement du passe sanitaire par un passe vaccinal.
par Joseph Confavreux
Journal — France
Mélenchon à Nantes : un show pour satelliser ses adversaires
Dans une salle entourée d’écrans projetant des images de l’espace, le candidat insoumis à la présidentielle a évoqué sa ligne en matière de politique spatiale et numérique. Il a aussi beaucoup parlé d’écologie et, un peu, d’union de la gauche.
par Pauline Graulle
Journal
La Gauche révolutionnaire rattrapée par la vague #MeToo
Ce mouvement d’inspiration trotskiste, qui opère depuis Rouen, affronte une sérieuse crise interne avec la remontée à la surface de violences sexuelles supposément commises par l’ancien dirigeant du mouvement, au début des années 2010. L’affaire arrive devant la justice.
par Manuel Sanson (Le Poulpe)
Journal — France
Élèves handicapés : les vilénies de Zemmour, le tollé, et après ?
Les adversaires d’Éric Zemmour ont fait part samedi de leur indignation après ses propos sur « l’obsession de l'inclusion » scolaire, qui serait « une mauvaise manière faite aux autres enfants ». Une « obsession » qui manque pourtant cruellement de moyens en France. Et jusque-là, de propositions à la hauteur.
par Caroline Boudet

La sélection du Club

Billet de blog
La lutte continue !
La lutte continue ! Mais il ne suffit pas de l’énoncer, il faut la faire vivre. Ce n’est que dans la continuité de la mobilisation que nous parvenons à obtenir des avancées, si petites soient-elles. En cette année de présidentielle, les citoyens ont tout intérêt à profiter de cette période pour se rendre visibles et audibles pour faire avancer leurs revendications et apostropher un gouvernement réfractaire aux avancées socio-économiques à destination des petits salaires.
par aeshloi2005
Billet de blog
De la grève, de l'unité syndicale et de sa pertinence
Attention : ce billet n'est pas anti-syndicaliste. Il sera peut-être qualifié comme tel par des gens qui ne savent pas lire. Je laisse volontiers ceux-là dans leur monde noir et blanc. Je suis syndiqué et j'invite tout le monde à l'être. Sans syndicats nous mourrons. On n'aimerait juste pas mourir avec. 
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Les rendez-vous manqués de la gauche avec l’école (1/2)
Si l’on veut faire progresser la cause de l’école, il faut faire un bilan complet des politiques scolaires de la gauche quand elle était au pouvoir mais aussi lorsque, dans l’opposition, elle tentait de faire avancer son propre agenda.
par Françoise Clerc
Billet de blog
Lettre ouverte à Jean-Michel Blanquer en 31 points
Le vendredi 14 janvier 2022, vous avez déclaré « je ne suis pas parfait, je fais des erreurs… ». La liste des erreurs est longue. Une lettre d'une professeur de Lycée Pro, qui décline la longue liste des excuses qui serait nécessaire à Blanquer, bien plus que ce que le mouvement des derniers jours lui a arraché du bout des lèvres.
par Samy Johsua