Louer son logement sur Airbnb: attention danger!

Rien ne va plus au royaume d'Airbnb. Après les hôteliers et professionnels du tourisme, ce sont désormais les syndics et copropriétaires, mais aussi les riverains, qui haussent la voix face au site californien.

Conflit d’intérêts, nuisances sonores, dégradations des parties communes, augmentation des loyers, difficultés d'accès au logement... : la plateforme « collaborative » fait l'objet de plus en plus de récriminations et ses utilisateurs...de sanctions.

A l'image de cette locataire lyonnaise, qui a loué pendant plusieurs années son appartement, à raison de 100 euros par nuit, et ce alors que son bail interdisait la sous-location. Elle aurait empoché au moins 10 000 euros par ce biais. Découvrant le pot aux roses, son propriétaire a porté l'affaire devant la justice. Le tribunal d'instance de Lyon vient de prononcer la résiliation du bail et de condamner la locataire à verser 2 100 euros à son propriétaire afin de couvrir la réparation du préjudice et ses frais d'avocats. Ce dernier n'a pas pu, en revanche, récupérer le pactole amassé par sa locataire. « Pas vue, pas prise », en somme.

« Rave party », « salle de shoot » : les dérives d'Airbnb

De plus en plus « d'hôtes » proposant leur logement sur Airbnb sont confrontés à des mésaventures. Au Royaume-Uni, un Londonien qui avait loué son appartement pendant les fêtes de Noël 2016 a eu la mauvaise surprise de voir son logement transformé en « une rave party avec 200 hooligans qui ont complètement détruit (son) appartement ». Les dégâts se chiffrent à 7 500 euros.

Après avoir laborieusement constitué un dossier auprès d'Airbnb, l'entreprise lui a proposé un dédommagement de 1 640 euros...à accepter dans un délai de 72 heures. Ayant décidé de rendre l'affaire publique auprès des médias, Airbnb a retiré son offre et proposé un remboursement intégral à la condition qu'il garde le silence. La plateforme avait même concocté un accord de confidentialité. Acculé par la publicité de l'affaire, Airbnb s'est finalement résolu à rembourser l'intégralité des frais sans clause de confidentialité.

Les fêtes sans limites ne sont pas, hélas, l'apanage des locataires anglais survoltés. A Bordeaux, une propriétaire a elle aussi retrouvé, en septembre dernier, son appartement dégradé : tâches diverses, vaisselle cassée, objets dérobés, joints fumés sur la table basse... Plusieurs centaines d'euros de dégâts étaient à déplorer. Une étudiante de 19 ans avait en effet choisi d'exporter la fête que ses parents lui refusaient dans cet appartement. La propriétaire ayant porté plainte, la jeune fille a été placée en garde à vue et contrainte de payer la facture si elle ne voulait pas être poursuivie pour vol et dégradations d'un bien privé en réunion.

Parfois, ces mésaventures vont beaucoup plus loin encore. On recense ainsi un cas de proxénétisme à Lyon ou, à Barcelone, le viol d'une jeune locataire américaine par son hôte durant l'été 2015. Jérôme, Parisien d'une quarantaine d'années, se souviendra toute sa vie de ce locataire auquel il avait loué son appartement du 11e arrondissement de la capitale. En reprenant possession de son bien, il constate de multiples taches de sang sur les sols et les meubles, mais aussi un radiateur et des stores cassés, sans parler de l'ascenseur, devenu inutilisable. Il en a pour 3 600 de factures.

Pour lui, pas de doute, son appartement a servi de « salle de shoot » : « j'ai eu le sentiment d'avoir été sali dans mon intimité », confie celui qui a mis plusieurs mois à se remettre de ce mauvais pas. Aujourd'hui, il regrette d'avoir cru à cette économie « collaborative », basée sur la confiance, « fondée sur le respect et la gentillesse », dixit Airbnb... « Airbnb ne prend pas assez de précautions », tranche notre infortuné loueur, qui jure qu'on ne l'y reprendra plus. 

Airbnb sur la sellette

Face à ces dérives, la riposte s'organise. D'abord de la part des premières victimes de ces plateformes : 800 professionnels de l'hôtellerie et de l'immobilier, réunis au sein de l'Association pour un Hébergement et un Tourisme Professionnels (Ahtop), ont déposé plainte avec constitution de partie civile en septembre 2016. Ils dénoncent une « concurrence déloyale », un « manque à gagner de plusieurs centaines de milliers d'euros » et une « violation » de la loi, notamment « dans la mesure où les plateformes ont un rôle d'intermédiaire entre loueurs et locataires sans pour autant détenir de carte professionnelle ». Le 16 mars dernier, une information judiciaire pour « pratique commerciale trompeuse », entre autres, a été ouverte.

Mais les abus dont se rend coupable Airbnb ne s'arrêtent pas là. L’Athop a ainsi lancé, le 7 avril, une pétition dénonçant le recrutement, par Airbnb, d’Aurélien Pérol, ex-conseiller Communication du ministère de l’Economie numérique. Pour l’association, l’enrôlement de « la cheville ouvrière d’Axelle Lemaire dans la préparation de la loi pour une République numérique », est « symptomatique des petits arrangements et des suspicions que les Français ne tolèrent plus ». Ainsi, l’Ahtop a décidé de demander la démission du nouveau Responsable communication de la plateforme. 

Et du côté des élus français, l’entreprise californienne rencontre là aussi quelques difficultés : au Sénat, une proposition de loi, cosignée par des sénateurs de tous bords, a été déposée le 29 mars. Celle-ci vise à « instaurer une certaine équité entre la plateforme et les acteurs historiques, notamment sur le plan fiscal ». Cette proposition prévoit également « de diminuer l'abattement forfaitaire s'appliquant aux revenus bruts des plateformes de 5 000 à 3 000 euros ou encore d'instituer un critère unifié permettant de distinguer plus simplement professionnels et particuliers ».

Même son de cloche au Conseil de Paris où un vœu a été déposé en janvier 2017 et qui prévoit d'obliger chaque propriétaire à obtenir un permis de louer auprès de la mairie « afin que chaque location puisse être clairement identifiée ». Le texte entend également limiter les locations à 60 jours par an et interdire les baux de moins de trois nuits, s'inscrivant en cela dans le chemin pris par les grandes métropoles mondiales : San Francisco, New York, Berlin, Barcelone...

Le chemin vers un encadrement plus strict de la plateforme semble bel et bien lancé. Un encadrement devenu plus que nécessaire : selon l'élu parisien Ian Brossat, 20 000 logements auraient étés perdus dans la capitale depuis cinq ans. Depuis 2012, l'augmentation des loyers consécutive à la vague Airbnb aurait poussé 13 000 Parisiens à quitter la capitale.

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