Prévention de l'endormissement au volant

Prévention de l’endormissement au volant

La présente étude débouche sur des conclusions concrètes liées au problème spécifique de la conduite sur autoroute, et sur l’ébauche de préconisations (gras italique).  Daniel Lauton a étudié et pratiqué notamment dans les domaines de l’hypnose, de la psychologie et de la sécurité.

 

États et mécanismes du champ de conscience

La psychologie a caractérisé le champ de conscience par sa largeur instantanée et par son intensité. Comme un faisceau lumineux, le champ de conscience est intense s’il est étroit, ou au contraire peu concentré s’il est large. Naturellement, ces paramètres varient dans le temps chez un même individu.

Les principaux états répertoriés sont, dans cet ordre : le sommeil, la rêverie, la méditation, l’attention, la concentration, la fascination. Notre étude ne porte pas sur les extrêmes : ni sur les diverses formes du sommeil, ni sur la fascination. Très rare, la fascination est plus intense que la concentration. Elle intervient par exemple à l’occasion d’une circonstance effrayante. Elle peut paralyser la personne, qui est alors incapable de réflexion car totalement et passivement subjuguée. La fascination peut aboutir à une transe hypnotique. Cet état semble hors du cadre de notre étude.

 

La concentration

La concentration est une attention focalisée sur une cible étroite. Cet état n’est durable que s’il correspond à une motivation naturelle forte. Par contre une concentration forcée par la volonté se traduit par une fatigue de la zone de conscience concernée, tandis que les autres zones se relâchent. Il arrive alors que le sujet tombe brusquement dans le sommeil. Ou encore, un état involontaire de rêverie s’installe progressivement.

 

L’attention

 Cet état de conscience éclaire une cible plus large. Il peut s’inscrire dans la durée. C’est l’état idéal pour la conduite d’un véhicule. On découvrira toutefois certains écarts entre les théories et les situations réelles.

 L’attention mène à une fatigue progressive de la zone de conscience en travail et à l’entrée dans la rêverie ou dans le sommeil. Il s’agit du même principe que pour la concentration, avec quelques variantes : la capacité de veille est de plus longue durée, l’attention peut s’exercer sur plusieurs cibles à la fois s’il s’agit de zones non concurrentes.

 

La méditation

La méditation est le maintien volontaire de la conscience sur un thème très large. On peut laisser venir les associations d’idées, sans trop dériver du thème choisi.

 

La rêverie

 La rêverie est un état sans structure volontaire, plus proche du sommeil que de la veille.

 

Les sens

Une classification des personnes découle des observations d’Antoine de la Garanderie reprises par la PNL (programmation neuro-linguistique) : les visuels, les auditifs, les olfactifs, les kinesthésiques. Chacun a des sens prédisposés ainsi que des sens plus faibles.

 

Les états de conscience lors de la conduite d'un véhicule

 La conduite requiert une attention maintenue sur de très longues périodes. Il est pourtant difficile de rester longtemps ciblé sur la seule conduite.

 La présence d’un autre canal sensoriel non captivant favorise la durée. Exemple : la radio, la musique. Par contre, une conversation téléphonique devient souvent captivante et rend la conversation prioritaire par rapport à la conduite, l’attention portée à la route risque alors de se relâcher.

Dans la durée, l’attention provoque une fatigue progressive qui se traduit par les symptômes observés lors des expérimentations sur l’hypovigilance : le corps marque les signes de l’endormissement, le véhicule fait des écarts. Le niveau de conscience diminue.

Le conducteur laisse souvent aller ses pensées entre ce qui est important pour lui dans le présent, ce qui est agréable, ce qui interroge etc. Il s’en suit un état intermédiaire entre méditation et rêverie, rendant la conduite machinale. Il prend difficilement conscience de cet état, puisque précisément la conscience diminue.

 

Gestionnaires de voiries

Beaucoup de réalisations ont déjà prouvé leur efficacité : multiplication d’aires de repos accueillantes, implantation de jeux, d’animations, diffusion de conseils de prudence, incitation à la pause etc… Les bandes rugueuses ont évité nombre d’accidents.

Éviter la monotonie par des changements visuels et sonores. Dresser l’inventaire des changements existants, étudier les zones sans changement (cycles de 10 à 15 minutes).  Créer des changements visuels et sonores.

Lorsqu’une zone perturbée (virages) est suivie d’une zone neutre, veiller particulièrement aux ruptures de monotonie dans la zone neutre.

 

Communication

L’excellente communication des autoroutiers français doit s’inscrire dans la durée. Communiquer sur la monotonie et sur les états de conscience est une stratégie parmi d’autres pour favoriser l’attention et à encourager la pause.

 

Ruptures de monotonie la nuit.

Les ruptures de monotonie sont plus rares la nuit, or elles sont particulièrement nécessaires.

Il en existe : les ruptures sonores (changement de couche de roulement), les échangeurs, les virages, et les ruptures visuelles nocturnes : passage au droit d’aires de service éclairées, murs antibruit verticaux...

Parfois sur autoroute, on perd la notion de sa situation géographique, ainsi l’attente d’un repère à venir contribue à la monotonie. Les navigateurs embarqués sont un élément de veille car le conducteur sait mieux où il se trouve. L’intégration dans les navigateurs de points d’intérêt autoroutiers même non visibles : œuvre d’art, nom d’un lieu-dit, ouvrage, ajouterait des repères nocturnes salutaires, visuels et sonores.

Un partenariat avec les fabricants de navigateurs permettrait aussi d’insister sur l’invitation à la pause (après 2 heures, invitation à la pause sur la prochaine aire). A défaut de capteur performant d’hypovigilance, il serait pertinent de générer toutes les deux heures un signal sonore d’invitation à prendre une pause.

Logique de cette fonction : « le véhicule roule depuis plus de 2 heures à une vitesse supérieure à 80 km/h, une aire de repos se présente à moins de 5 kilomètres ».

L’implantation de formes éclairées, parfois mobiles, animaux, icones, contribuerait à rompre la monotonie des segments linéaires.

 

Conclusion

La multiplication et la continuité des stratégies contribuent à la prévention.

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