Mais qui parle au nom des Banen?

Près 90 jours après le retrait de l’UFA, plusieurs sons de cloche continuent de se faire entendre, aussi étranges les unes comme les autres.

https://exodus-banen.org/2020/10/31/mais-qui-parle-au-nom-des-banen/

Le retrait de l’UFA qu’il faut saluer est venu mettre un terme  à un processus mené de façon unilatéral et entaché de plusieurs irrégularités qui auraient à coup sûr débouché sur des conflits sur le terrain. En effet, la signature de l’UFA avant la prise en compte des réclamations des populations comme le prévoit la loi en matière de classement des forêts ne présageait rien de bon, les promesses tenues par le ministre des forêts ne faisant pas force de loi.

concertation Minepat BANEN

Un cadre banen en concertation avec un consultant  et  un cadre du Minepat

Cet épisode est venu également rappeler aux représentants des communautés Banen – les élus locaux et chefs traditionnels – que rien ne saurait prospérer de façon durable sans concertation avec les populations. La leçon est-elle passée ? Peut-être pas de façon suffisante puisque dans les coulisses l’offre économique de l’UFA est remise sur la table, sans que quelque chose n’ait véritablement changé entre temps. L’approche participative doit être privilégiée pour tout projet de développement.

Vers un plan de développement local ?

D’un autre côté certains acteurs ont eu la brillante idée de penser à un plan d’aménagement du territoire. Ce qui est louable certes. Mais là où le bât blesse, c’est au niveau de la démarche. Au lieu de se rapprocher des élus locaux et les représentants des populations que sont les chefs traditionnels (notamment les chefs supérieurs) une demande a été directement adressée le 18 septembre au Ministre de l’économie pour ‘appui au processus d’aménagement du territoire pour les communes touchées par le massif forestier d’Ebo’.

Cela suscite évidemment quelques questions  importantes : quand est ce que ce processus a-t-il été lancé et par qui ? Comment une telle idée peut-elle prospérer quand on sait que le quitus du lancement du processus de l’élaboration d’un plan d’aménagement est donné par l’organe délibérant qui n’est nul autre que le conseil communal ou régional ? C’est toujours ce même organe qui devrait prendre un arrêté portant création, attributions, composition et fonctionnement du comité de pilotage. Il est recommandé que les différentes catégories d’élus (députés, conseillers régionaux, conseillers municipaux) participent au comité de pilotage.

Dans la seconde édition du  ‘Guide méthodologique de planification  régionale et locale’ publié par le MINEPAT  Il est précisé que ‘le Comité de Pilotage du processus de planification rend régulièrement compte au Conseil municipal ou régional à travers exécutif municipal ou régional de l’état d’avancement du processus. A la fin du processus, le conseil adopte le plan de développement par une résolution prise au cours d’une session élargie aux sectoriels convoqués à cet effet. Un procès verbal sanctionne cette délibération. Le plan de développement ainsi adopté est transmis au Préfet ou au Gouverneur, le représentant de l’Etat dans le département ou la région pour approbation afin de le rendre exécutoire.’

processus elaboration plan developpement

processus d’élaboration d’un plan de développement

Faut-il le rappeler un plan d’aménagement du territoire  comprend 7 grandes étapes :

– la préparation du processus de planification ;

– le diagnostic participatif ;

– la planification ;

– la mobilisation des ressources ;

– la programmation des projets ;

– la mise en œuvre du plan ;

– le suivi-évaluation.

Qu’attendre donc d’un processus d’aménagement du territoire dans lequel l’organe délibérant, et les principales parties prenantes que sont  les autorités traditionnelles  ne sont ni associées au départ, ni les initiateurs?


Les valeurs doivent être préservées et respectées

On n’a beau ne pas être d’accord avec  les élus locaux, les autorités traditionnelles; nous ne les aimons non plus, c’est notre droit; Mais de là à s’arroger leurs prérogatives est un pas à ne pas franchir! Pour le moment les exécutifs communaux sont en place en attendant le conseil régional; le député du Nkam et les chefs traditionnels sont également en poste. Les représentants de l’administration que sont les préfets et les sous-préfets sont également en place.  A défaut pour eux de prendre l’initiative de consultations et concertations populaires, notre devoir est de les interpeller et surtout de les rappeler de façon formelle ce que les populations attendent d’eux.

Il est plus que jamais nécessaire que chaque fils et fille Banen en ‘exil doré’ ravale son orgueil et prenne en compte la souffrance des populations qui vivent au quotidien dans ce bassin, privées de tout, presque coupé du reste du pays, et qui attendent la route depuis 60 ans.

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