Sécurité nucléaire : pourquoi ne faut-il pas céder au catastrophisme ?

Auteur d’un documentaire sur la sécurité du nucléaire, le réalisateur Éric Guéret, proche de Greenpeace, s’interroge : « derrière le secret, les Etats et l’industrie nucléaire sont-ils capables de garantir notre sécurité » ? Dans un contexte de guerre asymétrique, il n’est pas inintéressant de faire le point sur l’état de la menace qui pèse sur l’un de nos « Opérateurs d’Importance Vitale ».

Nucléaire : une technologie confrontée au risque terroriste

Dès leur conception, les installations nucléaires ont été conçues pour résister à tous types d’agressions externes. Ce qui n’a pas empêché les autorités civiles et militaires de se préoccuper des enjeux de la sécurité nucléaire. Et pour cause, comme le souligne dès le début du documentaire le directeur chargé des armes non-conventionnelles au consortium Start, Gary Ackerman : « il y a eu plus de 83 attaques contre des installations nucléaires au cours des 60 dernières années. Certaines n’étaient que des attaques mineures de militants pour l’environnement, mais certaines ont été très sérieuses et menées par des acteurs très dangereux ». C’est pourquoi, si « la prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise », il est parfaitement légitime de se poser la question de la sécurité nucléaire et du risque terroriste.
Cependant, outre l’intérêt de l’atome dans la lutte contre le réchauffement climatique, le nucléaire civil contribue aux progrès de la médecine moderne, ainsi qu’à la conquête spatiale. Symbole de puissance et de développement, la France pionnière du nucléaire compte aujourd’hui sur son territoire de nombreuses installations nucléaires de base, qu’elle sécurise par un dispositif en constante évolution. Qu’elles soient d’origine naturelle, accidentelle ou malveillante, les agressions externes, dont peuvent faire l’objet les centrales nucléaires d’EDF, ont toutes été étudiées et adaptées aux nouvelles formes de menace. Entre 2015 et 2023, EDF a prévu d’investir 720 millions d’euros supplémentaires pour se doter des dernières technologies en matière de sécurité.

Des centrales en béton armé face aux actes de malveillance

Prenons l’exemple de la sécurité des centrales de deuxième génération, et plus particulièrement le cas des bâtiments combustible, qui abritent les piscines où est entreposé le combustible usagé. Ces piscines représentent indéniablement des points sensibles puisque de la matière radioactive y est entreposée. En revanche, elles ne doivent en aucun cas être considérées comme une zone de vulnérabilité des centrales françaises.
En 2016, l’Autorité de Sûreté Nucléaire s’est penchée sur la question des bâtiments combustible, avec la préparation des quatrièmes visites décennales et du Grand Carénage d’EDF. Selon le gendarme du nucléaire, "des études de réévaluation de la sûreté de ces piscines devaient être conduites au regard des objectifs de sûreté applicables aux nouveaux réacteurs". Pour autant, sans avoir à connaître des résultats classés "secret défense", on sait néanmoins que la résistance d’un matériau est davantage fonction du ferraillage qui y est intégré, que de son épaisseur en tant que telle, nonobstant cette dernière a été malencontreusement minoré par Greenpeace dans sa communication. Aussi, il y a tout lieu de croire que le béton armé des parois d’un bâtiment combustible, bien que parfois moins épais que celui des réacteurs, bénéficie d’un ferraillage particulièrement dense et robuste, capable de résister à tous les actes de malveillances envisageables.

Les autorités françaises ont-elles toujours le nucléaire sous contrôle ?

Dans la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale publiée en 2017, le ministère des Armées rappelle qu’en faisant le choix du nucléaire dans les années 70, la France a fondé sa sécurité énergétique sur un approvisionnement sûr, "c’est à dire non soumis à des aléas politiques et à des coûts pouvant être supportés par les acteurs économiques". Au demeurant, cette stratégie "suppose la sécurisation globale des voies maritimes, principaux détroits et infrastructures terrestres, ainsi que la stabilisation des zones de production. Elle revêt une forte dimension européenne en raison des flux transitant par des Etats membres de l’UE, des stocks stratégiques et de l’architecture législative et réglementaire".
Auditionné à l’Assemblée Nationale, le Directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), Jean-Christophe Niel, indique de surcroît qu’en cas de malveillance "il appartient aux forces de l'ordre d'évaluer la menace" et d’y apporter une réponse proportionnée après "l’identification de l’agresseur". Dans une optique de dissuasion, les sanctions ont par ailleurs été récemment renforcées contre les intrusions dans des zones nucléaires à accès réglementé. Jusqu’à présent, l’ensemble des intrusions a été détecté très rapidement, de manière à empêcher les malfaiteurs d’accéder aux zones sensibles des installations. En plus des équipes de sécurité déployées 24h/24 et des forces du Peloton Spécialisé de Protection de la Gendarmerie (PSPG) qui travaillent en étroite collaboration avec le Haut Fonctionnaire de Défense et de Sécurité du ministère de l’Environnement (HFDS), 100 000 enquêtes sont réalisées chaque année par les services préfectoraux, dont 90% s’effectuent sur les prestataires d’EDF. Enfin, un audit mené sous l’égide de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique est prévu en 2018 dans le cadre de l’International Physical Protection Advisory Service (IPPAS), afin d’évaluer l’ensemble du système de sécurité au regard des normes internationales. Celui-ci envisagera aussi bien la problématique du transport des matières radioactives, que celle des sabotages des installations.

Le nucléaire est-il paré à toute éventualité ?

Avec l’avènement de la révolution digitale, la question des cyberattaques ne peut pas non plus être éludée. Ainsi, s’il est effectivement important de rappeler que les systèmes informatiques de pilotage d’une centrale ne sont jamais connectés avec l'extérieur, il est évident qu’il ne s’agit pas de la seule solution déployée par le premier électricien mondial. Considéré par l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) comme un « Opérateur d’Importance Vitale », EDF doit notamment se conformer aux dispositions prévues par l’arrêté du 1er avril 2017 et permettre à l’ANSSI de prendre le contrôle d’un système informatique attaqué, tandis que ses équipes en charge de la sûreté nucléaire s’assurent qu’en exploitation, des procédures strictes encadrent les accès aux machines. Il est bon de rappeler qu’en ce qui concerne leur partie industrielle, aucune centrale nucléaire française n’a jamais été victime d’une cyber-attaque.
Pour relever le défi de la transformation numérique, la question des moyens à lui consacrer est également incontournable. Il ne s’agit pas de dissimuler le passif de l’entreprise publique de réseau, ni d’occulter les importants investissements à venir, mais fallait-il se contenter de citer un bout de phrase d’Emmanuel Macron pour affirmer que "cette filière ne survit que grâce au soutien de l’Etat" ? N’aurait-il pas fallu parallèlement insister sur le fait que l’ensemble des Français bénéficient d’un prix de l’électricité bien inférieur à la moyenne européenne et qu’EDF a versé 20 milliards d’euros de dividende à l’Agence des participations de l’Etat rien qu’au cours des 20 dernières années ?
Finalement, que se passerait-il vraiment en cas d’accident ? Difficile à dire… Une chose est sûre, la sécurité des installations nucléaires est assurée quotidiennement grâce à une coordination étroite entre EDF et les différents ministères concernés : Ministère de l’Intérieur, Ministère de la Défense, Ministère de la transition écologique et solidaire et notamment le Haut Fonctionnaire de Défense et de Sécurité. De quoi parer à tous les scénarios catastrophes possibles.

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