Le nucléaire concurrence et accompagne les énergies renouvelables dans le monde

Si l’énergie nucléaire est souvent opposée aux énergies renouvelables sur le marché de la production électrique, elle est aussi, n’en déplaise à ses détracteurs, leur meilleur allié dans la course à la décarbonisation de nos systèmes énergétiques.

L'abandon progressif des combustibles fossiles (charbon et pétrole en tête) au profit des énergies "propres" demande en effet à l'ensemble des Etats de se tourner vers des énergies d'avenir capables d'assurer une production d'électricité efficiente et durable. Une évolution nécessaire qui pose la question du rôle à donner à l'énergie nucléaire dans la transition énergétique et écologique en cours.

L’énergie nucléaire progresse à l’international

Souvent décriée, l’énergie nucléaire continue pourtant de se développer à l’échelle internationale. Selon le World Nuclear Industry Report 2017, pas moins de dix nouveaux réacteurs sont entrés en service en 2016, démontrant l’intérêt de nombreux pays pour une énergie leur permettant à la fois de combler leur déficit énergétique, de répondre à l'augmentation des consommations électriques et de se défaire de leur dépendance aux énergies fossiles. Si les pays émergents sont aujourd'hui aux avant-postes de ce développement (Chine, Inde, Egypte Vietnam, ou Afrique du Sud pour n’en citer que quelques-uns), l’atome reste également plébiscité par les pays exploitants historiques. Aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni par exemple, les gouvernements ont fait le choix de prolonger ou de renouveler leur parc de production, misant pour l’avenir sur un mix énergétique diversifié. En France, si des fermetures de réacteurs sont envisagées, la part de l’énergie nucléaire devrait elle aussi être maintenue à son niveau actuel grâce à la mise en service à venir du nouveau réacteur EPR de Flamanville.

Si plusieurs facteurs peuvent justifier ce choix comme la volatilité des prix des combustibles fossiles, le faible coût de l’atome, la sécurité de l'approvisionnement énergétique, ou la croissance de la population et de la demande d'électricité, le nucléaire apparait surtout pour tous ces pays comme la seule alternative à moyen terme pour compenser le recul des énergies fossiles et accompagner la maturation technologique des ressources renouvelables intermittentes. Elle présente dans ce contexte de bonnes perspectives de développement et pourrait encore progresser, selon les prévisions de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), de plus de 3% en capacité de production installée d'ici 2030 en raison de son rôle grandissant dans les politiques d'atténuation du réchauffement climatique.

Nucléaire, renouvelables, même combat !


L'urgence du réchauffement climatique nous impose en effet de revoir en profondeur notre système de production énergétique et de se défaire une fois pour toute de l'emprise des énergies fossiles les plus polluantes comme le charbon, le gaz et le pétrole, principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Pour cela, les énergies renouvelables doivent être développées au maximum afin de parvenir dans les plus brefs délais à un mix électrique vert et durable. Une ambition devenue la priorité pour le gouvernement et les groupes énergétiques français qui multiplient ces dernières années les appels d'offres et les investissements dans des filières solaire, éolienne ou biomasse en pleine structuration.

Malgré un développement croissant et des tarifs de plus en plus compétitifs, il est toutefois bien utopiste de penser que ces énergies puissent à court terme assumer, à elles seules, les exigences de notre alimentation électrique sans l'aide d'aucune énergie de complément. Les renouvelables, de par leur caractère intermittent, restent liés au développement de nouvelles technologies efficientes en matière de stockage de l'électricité. Or, l'état actuel des connaissances ne permet pas de dépasser les conséquences de cette intermittence sur la stabilité et la sécurité du réseau d'approvisionnement. Le stockage dit de court-terme de type batteries, les Stations de transfert d'énergie par pompage (STEP), et le stockage power-to-gas par méthanation, seules véritables alternatives à ce jour, sont encore bien trop limitées pour envisager une compensation optimale de cette intermittence. Le nucléaire, énergie à la fois bon marché, stable, flexible et non émettrice de CO2 s'impose dans ce cadre comme la seule solution temporaire pour accompagner le développement et l'émergence progressive d'un mix électrique 100% renouvelable.

La flexibilité du parc nucléaire français (la souplesse de fonctionnement d’un réacteur permet d’abaisser sa production de 80% en moins de 30 minutes) offre en outre la possibilité à l’exploitant EDF de réguler sa puissance en fonction des variations de la demande d’électricité. Ce fonctionnement en mode "suivi de charge", spécifique au parc nucléaire français, permet notamment de compenser les variabilités sur le réseau, de garantir la stabilité de sa fréquence (normalement à 50 Hz), et de compléter dans des délais très courts l’éventuelle défaillance d’une autre source de production renouvelable (en cas d’absence de vent ou de soleil par exemple).

Une énergie de complément plus que jamais nécessaire

Confronter l'énergie nucléaire aux énergies renouvelables n'a donc pas de véritable portée pratique et n'apporte surtout aucune alternative énergétique à la fois économiquement viable et respectueuse de l'environnement. Le développement actuel des énergies vertes en France et en Europe confirme d’ailleurs, à ceux qui ont doutaient encore, leur incapacité à prendre seules le relais des combustibles fossiles. Les filières éolienne et solaire, très dynamiques ces dernières années, semblent en effet quelque peu s’essouffler et voient leur progression ralentir sur le Vieux Continent. Si les énergies renouvelables sont en marche pour fournir au moins 30% de la production d'électricité mondiale à l’horizon 2022, contre 24% aujourd'hui, "leur rythme de développement devrait fortement ralentir en Europe, du fait d'une consommation d'électricité plus faible qui pourrait générer des surcapacités", explique l’Agence internationale de l’énergie dans un rapport publié le 4 octobre 2017.

Dans l’Hexagone, la croissance de l’éolien et du solaire s’est d’ores et déjà fortement ralentie au 1er semestre 2017 à en croire les données statistiques publiées le 31 août par le ministère de la Transition écologique et solidaire. Une mauvaise nouvelle pour le gouvernement qui accuse déjà un certain retard sur les objectifs de capacités fixés pour 2023 (entre 18.200 et 20.200 MW pour le solaire photovoltaïque et entre 21.800 et 26.000 MW pour éolien) et devra probablement revoir à la hausse le rôle de l’énergie nucléaire dans le mix énergétique futur.

 

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