Stockage des déchets nucléaires : l’attentisme coupable du gouvernement

Sujet sensible et clivant, l’avenir de l’énergie nucléaire continue de faire couler beaucoup d’encre. Outre le débat de fond se cache une autre réalité de plus en plus inquiétante, celle de l’avenir des déchets radioactifs stockés en France. Au milieu des questionnements et des bras de fer menés par des militants bruyants, cette problématique doit devenir une priorité...

"L’histoire ne se répète pas, elle bégaie", aurait dit un jour Karl Marx. Cette citation convient parfaitement à tout ce qui se trame autour du vaste sujet de l’industrie nucléaire en France. Pas une semaine ne se déroule sans son acte militant et sa démonstration de force, comme le 12 octobre 2017, lorsque plusieurs membres de Greenpeace ont pénétré sur le site de la centrale nucléaire de Cattenom afin de démontrer sa "vulnérabilité". Les années passent et le pays s’embourbe, quinquennat après quinquennat, sur une question majeure, celle de la bonne stratégie énergétique à adopter. "Courage, fuyons !", semble être la réponse politique de cette histoire qui stagne dangereusement…

Une énergie presque totalement recyclable

L’industrie électronucléaire a, sans aucun doute, eu ses failles. La preuve avec la centrale de Fessenheim et quelques autres sites vieillissants qui sont voués à disparaître d’ici à 2025 (environ 17 réacteurs). L’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % du mix électrique est un engagement fort et incontestable qui doit être mené à bien afin de faire émerger de nouvelles énergies renouvelables. Néanmoins, l’hypocrisie n’hésite jamais à s’immiscer dans le dossier, surtout lorsque certains militants indiquent que le nucléaire est une source d’énergie peu fiable à cause de ses déchets les plus radioactifs (appelés HA, déchets de haute-activité). Vraiment ? Pourtant, les chiffres sont têtus : 96% des matières issues du combustible usé (uranium et plutonium) sont recyclables mais pas recyclés ! Et ces matières permettent ensuite la fabrication de nouveaux combustibles tels que le MOX, un assemblage de 32 combustibles exploité depuis 30 ans en France.

L’importance de Cigéo

La gestion des déchets nucléaires correspond à une interrogation forte de l’opinion publique. Est-elle fiable et sécurisée ? En France, deux solutions de stockage ont émergé en fonction de l’activité radioactive des déchets. La première se fait en surface et concerne les déchets de très faible activité (TFA) comme les déchets hospitaliers, mais également ceux de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC). Largement majoritaires (plus de 90%), ces déchets sont principalement stockés au CSA (Centre de stockage de l'Aube) et au CIRES (Centre industriel de regroupement d’entreposage et de stockage) situé à Morvilliers, dans l’Aube.

Concernant les HA et MA-VL (Moyenne activité à vie longue) représentant un volume limité de l’ordre de 3-4 % des déchets radioactifs existants, une autre solution existe : elle a pour nom Cigéo. Si sa création est autorisé, ce futur Centre industriel de stockage géologique sera implanté à Bure, à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne. Il aura pour but d’abriter à terme 10 000 m3 de déchets HA et 75 000 m3 de déchets MA-VL pour une durée de vie estimée à 100 000 ans.
Placés à environ 500 mètres de profondeur dans une roche argileuse imperméable, ils seront ainsi confinés du reste de l’environnement. Cette solution de stockage géologique – qui reste réversible, c’est-à-dire qu’elle peut être remise en cause par les futures générations si elles décidaient de changer de stratégie sur la gestion des déchets – est soutenue par l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Avec plus de 1600 mètres de galeries creusées dès 2000, le laboratoire souterrain, permet aujourd'hui de déterminer la faisabilité technique du futur centre de stockage. Alors qu'un milliard d'euros a déjà été provisionné et dépensé pour ce laboratoire, le projet global est estimé à 25 milliards d’euros à l’horizon 2025. Même si tout avance selon le calendrier prévu, les mouvements zadistes, dont le point d’orgue a été atteint le 15 août dernier à Bure, faisant 35 blessés, font beaucoup de bruit pour aucune contre proposition concrète et viable sur le très long terme...

Le temps de l’action

La réalité d'aujourd’hui doit pousser à une action concrète et responsable car à l’heure de la fermeture annoncée des réacteurs, l’attentisme est le pire des ennemis. Les solutions provisoires de stockage en surface des déchets de haute-activité à vie longue étant loin d'être satisfaisantes en matière de sécurité…

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