Baisse du nucléaire en France : oui, mais à certaines conditions

Le principe de la transition énergétique ne fait plus débat en France. Les discussions se concentrent aujourd’hui sur les modalités de sa mise en place avec pour pierre d’achoppement le rôle du nucléaire. L’atome est voué à reculer au sein du mix énergétique français et les acteurs semblent plutôt pragmatiques sur cette volonté du gouvernement.

Mais reste encore à délimiter les contours de cette baisse pour arriver sereinement à une part de 50 % de nucléaire. La Programmation pluriannuelle de l’énergie doit trancher d’ici fin juin sur cette question épineuse…

 

La France est un des pays experts en nucléaire, mais aussi en débats autour de cette énergie. Abondante, peu chère et non émettrice de CO2, elle est toutefois honnie par les défenseurs de la cause écologique. Pourtant elle semble aussi incontournable qu’utile afin de mener à bien une transition énergétique et écologique qui mobilise l’ensemble des ministères. Sans surprise, celui dirigé par Nicolas Hulot est en première ligne et suit de près les actuels débats pour la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Véritable outil de pilotage de la transition énergétique, la PPE dessine le visage de la France de demain et suscite ainsi beaucoup de commentaires.

Les pressions pour diminuer rapidement le nombre de réacteurs disposés dans les 19 centrales nucléaires françaises sont fortes. La fermeture prochaine de la centrale alsacienne de Fessenheim a été saluée par les ONG anti-nucléaires, mais EDF et d’autres acteurs du nucléaire ont déjà fait savoir qu’une fermeture prochaine des sites nuléaires ne constituait pas une solution viable. Cette thèse est étayée par le fort taux de nucléarisation de l’Hexagone (près de 75 % de l’électricité consommée est d’origine nucléaire) et par la dépendance encore trop forte des énergies renouvelables aux aléas climatiques. Aujourd’hui, la PPE entend faire baisser la part de l’atome à 50 % en optant pour un des deux scénarios retenus Ampère et Volt à partir 2030-2035. Mais cette baisse nécessitera forcément des compromis et adaptations.

Un grand carénage à assurer

La baisse du nucléaire doit se faire en parallèle de la montée en puissance des énergies renouvelables. Ces dernières devant représenter 32 % du mix énergétique français en 2030. La mobilisation des pouvoirs publics (nombreux appels d’offres) et l’intérêt croissant des énergéticiens (EDF a par exemple annoncé fin 2017 le lancement d’un « plan solaire » et en mars dernier d’un grand plan de stockage électrique) permettent d’envisager l’atteinte de tels objectifs, mais tout en maintenant des capacités nucléaires de haut niveau.

En effet, le nucléaire a pour atout primordial de pouvoir moduler sa production. Un réacteur peut tourner à plein régime, partiellement, voire être à l’arrêt pour de la maintenance sans que cela ne nuise à la production globale d’électricité nécessaire sur l’ensemble du territoire. Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), et des industriels comme Orano et EDF insistent sur ce point capital d’autant plus que la production issue des énergies renouvelables ne peut pas être anticipée, contrôlée et stockée en abondance.

Les futurs besoins en consommation font débat et il serait malvenu pour un pays comme la France de renoncer à son indépendance énergétique si d’aventure la part du nucléaire reculait plus vite que les énergies renouvelables ne se développent. C’est pourquoi le grand carénage, c’est-à-dire la rénovation du parc nucléaire, l’augmentation du niveau de sûreté et la prolongation du parc nucléaire français au-delà de 40 ans, est considéré par beaucoup comme la solution la plus pratique et la moins coûteuse. Les réacteurs voient leurs composants remplacés deux à trois ans avant chaque visite décennale lors de laquelle le niveau de sûreté est rehaussé afin de satisfaire aux normes de sûreté les plus récentes. Ce grand carénage coûte 46 milliards d’euros – une somme importante, mais à relativiser car cela correspond à 32 euros par mégawatheure, soit 25 % de moins que la moyenne européenne.

Les atouts économiques du nucléaire demeurent importants

Le maintien d’un parc nucléaire de haut niveau, encadré en toute indépendance par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), est important à plusieurs autres titres. Tout d’abord 220.000 personnes travaillent de près ou de loin pour les centrales françaises. Ces dernières permettent de récolter un milliard d’euros de taxes locales chaque année. Le nucléaire est un agent économique très important ancré dans les territoires et la construction de réacteurs nouveaux comme les EPR sur le modèle de Flamanville est essentielle afin de maintenir un tissu industriel de premier rang et d’avoir une chance à l’export dans un marché restreint, mais fortement concurrentiel.

Grâce à des fondations solides dans le nucléaire et à un développement prometteur des ENR, la France fait partie des six pays au monde à avoir déjà atteint l’objectif de 80 % d’électricité décarbonée. Si les autorités résistent à la tentation d’aller trop vite dans la réduction de la part du nucléaire, la France pourrait devenir le champion d’une production encore plus importante, non émettrice de C02 et toujours aussi bon marché pour les particuliers. La pression est forte, les avis divergent, mais une transition énergétique réussie ne pourra se faire qu’en s’appuyant sur des atouts déjà existants.

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