Ukraine: le massacre des innocents

Ce sont des scènes, celles qui viennent de se dérouler à Kiev, que nous pensions impossibles à voir encore aujourd'hui, par leur sanguinaire violence, en Europe : des dizaines de morts et des centaines de blessés sur la désormais célèbre place Maïden, foyer de résistance et haut lieu de la contestation, en Ukraine, à ce pouvoir néo-stalinien, dictatorial et archaïque tout à la fois, qu'incarne, de sinistre mémoire, le président Viktor Ianoukovitch.

 

Dire que le monde démocratique en est profondément choqué, aussi révulsé que révolté, s'avère, bien sûr, un euphémisme ! Mais, face à l'ampleur comme à l'horreur de pareil drame humain, semblable condamnation morale et politique, pour certes nécessaire qu'elle soit, ne suffit cependant plus, sinon à blanchir hypocritement, par d'inefficaces et trop commodes mots, notre propre et seule conscience.

 

Non, il faut oser le dire aujourd'hui haut et fort, comme je le clame, pour ma modeste part, depuis maintenant presque trois ans (depuis que Ioulia Tilochenko, ancienne Première Ministre de ce pays et égérie pro-occidentale de l’historique mais éphémère « révolution orange » de 2004, fut arrêtée arbitrairement, le 5 août 2011, et emmenée « manu militari » en prison) : l'actuel président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, est un criminel, qu'on le qualifie pudiquement « de guerre » ou pas !

 

D'où ce pénible mais légitime constat que l'Union Européenne devrait également faire sien, plus courageusement et surtout plus dignement que d'habitude, si elle veut enfin arrêter cet intolérable bain de sang : avec les criminels, on ne discute pas ; on rompt tout dialogue (comme viennent de le faire effectivement les chefs de l'opposition, dont Vitali Klitschko, à ce régime d'un autre âge) au lieu de s'en faire les involontaires complices à force de palabres aussi vides que vaines (pour ne pas parler de ces tout aussi inopérantes et mêmes contre-productives sanctions économiques) ne ressemblant finalement plus qu'à autant de coupables alibis ; enfin, ces criminels – les vrais et lâches criminels, ceux-là -, on les envoie tout droit en prison, moyennant certes un procès en tout point équitable, une fois leur abominable pouvoir renversé par de véritables, authentiques et pacifiques, élections démocratiques. C'est probablement là, d'ailleurs, ce qui attend, hélas pour lui, ce barbare à col blanc qu'est Ianoukovitch !

 

APPEL SOLENNEL A LA LIBERATION DE IOULIA TIMOCHENKO

 

Tout ceci étant dit, reste toutefois l'épineuse mais urgente question concernant la libération de Ioulia Timochenko, précisément : appel à sa libération, inconditionnelle et immédiate, que quelques-uns de mes amis intellectuels et moi, dont la conscience se voit éprise avant tout d’humanisme, avions lancé dès le 8 août 2011 (soit trois jours à peine après son arrestation) et que nous réitérons donc aujourd'hui, pour la énième fois mais de manière particulièrement emblématique au vu des tragiques et récents événements, avec une identique détermination.

 

Voici ici-bas, par ordre alphabétique, le nom, ainsi que le titre ou la fonction, de ces premiers et prestigieux signataires (dont feu Stéphane Hessel), lesquels ont consenti, avec un enthousiasme qui ne s'est jamais démenti, de faire partie de ces vaillants et lucides êtres combattant, au seul nom de ce principe universel qu’est la justice, pour la liberté : l’imprescriptible et inaliénable sens de la liberté.

 

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

 

*Philosophe, porte-parole du Comité International contre la Peine de Mort et la Lapidation (« One Law For All »), dont le siège est à Londres.

 

Signataires (par ordre alphabétique) :

 

Elisabeth Badinter, philosophe.

 

Robert Badinter, juriste et avocat, ancien Ministre français de la Justice (Garde des Sceaux).

 

Patrick Besson, écrivain, éditorialiste.

 

Marc Bressant, écrivain, Grand Prix du Roman de l’Académie Française.

 

Malek Chebel, anthropologue.

 

Hsiao Chin, artiste-peintre italo-chinois.

 

Daniel Cohn-Bendit, Co-Président du groupe des Verts/Alliance Libre Européenne au Parlement Européen.

 

André Comte-Sponville, philosophe.

 

Jacques De Decker, écrivain, Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

 

Régine Deforges, écrivain.

 

Vladimir Fédorovski, écrivain et essayiste d’origine ukrainienne, cofondateur, en 1991, du Mouvement des Réformes Démocratiques de Russie.

 

Luc Ferry, philosophe, ancien Ministre français de l’Education Nationale.

 

André Glucksmann, philosophe.

 

Guy Haarscher, philosophe, professeur à l’Université Libre de Bruxelles et au Collège d’Europe.

 

Stéphane Hessel, Ambassadeur de France.

 

Alexandre Jardin, écrivain.

 

Jack Lang, Ministre de la Culture sous la présidence de François Mitterrand, président de l'Institut du Monde Arabe (Paris).

 

Daniel Mesguich, comédien, directeur du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (Paris).

 

Edgar Morin, sociologue, philosophe.

 

ORLAN, artiste plasticienne.

 

Dolores Oscari, directrice du Théâtre Poème (Bruxelles).

 

Gilles Perrault, écrivain, journaliste.

 

Michelle Perrot, historienne, professeur émérite des universités.

 

Alain Rey, linguiste, historien.

 

Michel Rocard, homme d’Etat, Premier Ministre de la France (1988-1991).

 

Jean-Marie Rouart, écrivain, membre de l’Académie Française.

 

Elisabeth Roudinesco, historienne, psychanalyste.

 

Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, écrivain, éditorialiste.

 

Jacques Sojcher, philosophe, directeur de la revue « Ah ! » (Université Libre de Bruxelles).

 

Guy Sorman, essayiste.

 

Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes.

 

Elisabeth Weissman, essayiste, journaliste.

 

Michel Wieviorka, sociologue (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris).

 

Yves Charles Zarka, philosophe, directeur de la revue « Cités ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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