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Le Club de Mediapart ven. 27 mai 2016 27/5/2016 Édition de la mi-journée

Quand Barack Obama invite Hu Jintao, ou le non-sens d'un prix Nobel de la paix

J'ai toujours manifesté, depuis le départ, le plus grand scepticisme quant à l'attribution du prix Nobel de la paix, en 2009, à Barack Obama. Non pas, certes, que ce dernier en soit intrinsèquement indigne. J'éprouve même, au contraire, le plus grand respect pour sa personne comme pour son action. Je sais pertinemment bien, également, que ce sont ses magnifiques discours, fussent-ils par trop théoriques, qui ont alors motivé, tel un gage d'espoir pour l'avenir tout autant que d'une marque de gratitude pour le présent, le Comité d'Oslo en ce dossier.

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Mais comment, toutefois, accepter, tant sur le plan philosophique qu'éthique, qu'une aussi prestigieuse récompense, si universellement chargée de sens symbolique, puisse aller au président d'une nation fondamentalement aussi belliqueuse, sinon militairement agressive, que les Etats-Unis d'Amérique : pays menant actuellement de front, sous prétexte d'opérations humanitaires et de volonté pacificatrice, deux guerres (en Irak et en Afghanistan), autorisant la vente libre d'armes et pratiquant encore, fait intolérable pour toute démocratie moderne, la peine de mort, y compris parfois à l'encontre d'innocents, à l'instar, ni plus ni moins, de ces dictatures particulièrement cruelles et rétrogrades que sont l'Iran ou la Chine ?

La Chine, précisément, pouvoir alliant impunément aujourd'hui, au sein d'un même gouvernement, ces deux innommables fléaux que sont le totalitarisme socialo-communiste et le capitalisme sauvage ! Comment admettre moralement et justifier intellectuellement, sans rougir de honte ni verser dans la plus inextricable des contradictions, qu'un Barack Obama, prix Nobel de la paix donc, puisse, comme c'est le cas ces jours-ci, recevoir en grandes pompes et lui dérouler le tapis rouge, en plein cœur de la Maison Blanche et face aux dignitaires du Tout-Washington, un dictateur aussi impitoyable, aussi effronté et sournois, que Hu Jintao, actuel président de l'hyper puissante Chine justement ?

Certes, Obama, lors de ces rencontres bilatérales, a-t-il évoqué, ne fût-ce que pour satisfaire aux légitimes attentes de l'opinion publique occidentale ou se sentir même en ordre avec sa propre conscience, l'épineuse question des droits de l'homme, quotidiennement bafoués, foulés aux pieds, en ce pays. Mais si peu et si timidement, de manière si indirecte et si allusive seulement, n'y mentionnant jamais explicitement les sujets qui fâchent, tels, par exemple, le nom du Tibet, opprimé, ou celui de ces deux autres prix Nobel de la paix que sont le Dalaï Lama, bâillonné, et Liu Xiaobo, emprisonné. A tel point que l'inflexible et très engoncé Hu Jintao, apparemment plus soucieux des modalités du protocole que des vertus de la vérité, s'en est à peine rendu compte, préférant se réfugier, afin d'esquiver tout véritable dialogue à ce propos, derrière un sourire muet et de façade, dont le cynisme imperturbablement figé en dit long sur ses réelles intentions ! Et pour cause : face aux énormes enjeux et immenses intérêts de ce que la diplomatie internationale appelle pudiquement, et d'autant plus hypocritement, la « real politik », que peut bien valoir, dans une Amérique dont le pragmatisme forcené a toujours privilégié les très mathématiques lois du mercantilisme mondial, la dérisoire, si ce n'est encombrante, problématique des droits de l'homme, surtout lorsqu'il y a des dizaines de milliards de dollars mis frénétiquement, à grandes brassées et sans trop regarder aux principes, sur le vaste tapis vert de l'économie mondiale ?

Aussi, en pareille situation, n'est-ce pas tant le pauvre et somme toute assez pathétique, en la circonstance, Obama, quoiqu'il n'y soit certes pas exempt de toute responsabilité politique, qu'il faut, face à cette gigantesque mascarade, fustiger, mais bien le Comité d'Oslo lui-même, lequel, en lui attribuant ainsi un peu trop hâtivement son prix Nobel de la paix, n'aura fait, en plus de se discréditer, que jeter ses perles aux pourceaux, et non seulement de la finance, pour paraphraser une célèbre parabole christique !

DANIEL SALVATORE SCHIFFER* * Philosophe, auteur de « Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des ‘nouveaux philosophes' et de leurs épigones » (Bourin Editeur, 2010).

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Tous les commentaires

Le prix Nobel a été donné à Obama pour le symbole même de son élection, qui libère l'image politique des gens de couleur.

Liu Xiaobo est un héros, un exemple de courage et de générosité, il est un autre symbole: celui de la force d'un esprit citoyen, la résistance d'un homme et de son épouse en faveur de l'injustice. Un indigné volontaire. On peut se féliciter de l'un comme se féliciter de l'autre, et garder espoir en la ténacité des hommes. Reste maintenant l'étonnant manque de solidarité humain, politique, sensible vis à vis des démocrates chinois. Je me souviens avoir pleuré pour Tienamen, mais étions nous nombreux? Tant que les peuples d'occident continueront à considérer les chinois comme des extra terrestres, à la fois menaçants et dociles, les mouvements contestataires seront sans soutien étranger. Mais rien n'empêchera qu'un jour comme dans la petite Tunisie, l'immense Chine se rebelle. Les Français diront comme aujourd'hui de Tunis: "nous n'avions rien vu"....

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L'auteur

Daniel Salvatore Schiffer

Philosophe, Ecrivain, Professeur de Philosophie de l'Art
Bruxelles - Belgique

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