Maintien en prison de Gbagbo : Ces Africains qui continuent la traite négrière

Malgré leur acquittement par la CPI, le Président Gbagbo et son ministre Charles Blé Goudé sont maintenus en détention par une commission d’appel dans laquelle deux juges africains se sont opposés à leur sortie de prison. Nous assistons là à une décision contraire aux règles juridiques modernes et surtout à une surprenante configuration qui nous rappelle d’autres grandes trahisons dans l’histoire de l’Afrique.

 

Le président Gbagbo, à l’ouverture de son procès, avait dit : « Mme la juge, je suis devant vous parce que j’ai respecté la constitution de mon pays. Il est important que tous les Africains voient ce procès car il est fondamental de respecter la loi qu’on se donne librement. Nous sommes là, nous irons jusqu’au bout ». Il ne croyait pas si bien dire. En effet, malgré toutes les irrégularités et les incongruités du procès, il a gagné. La CPI a décidé, ce 16 janvier 2019, l’acquittement du président Laurent Gbagbo (LG) et de son ministre Charles Blé Goudé (CBG) après huit longues années de procédure.

Les juges ont dit clairement au procureur : « Vous n’avez pas réussi à démontrer la culpabilité pour crime contre l’humanité et crime de guerre des deux prévenus. Par conséquent nous ordonnons leur libération immédiate. » Autrement dit, LG et CBG n’avaient pas à être privés de leur liberté pendant 8 et 4 ans.

Bien sûr qu’il y a eu des crimes atroces en Côte d’Ivoire depuis 2002. Mais aux yeux des juges, les vrais coupables sont en liberté. Gbagbo et Blé Goudé doivent être libérés immédiatement.

Contrairement à cette décision et de façon juridiquement incompréhensible, cinq juges de la CPI ont suspendu la libération de LG et CBG. Parmi ces juges, deux Africains, deux Européens et une Péruvienne. Alors que les deux Européens (un Britannique et un Polonais) demandent la libération immédiate de LG et CBG, les deux Africains et la Sud-Américaine s’y opposent.

A propos de la présomption d’innocence et d’acquittement, voici ce qu’écrit Jean-Marie TWAGIRAYEZU dans une étude universitaire intitulée : « Les conséquences juridiques de l’acquittement devant le TPIR (tribunal pénal international pour le Rwanda) » :

« Le droit à la présomption d'innocence consacré par de nombreux textes juridiques internationaux et codifié dans la plupart des législations nationales constitue l'un des principes de base de droit pénal moderne. Selon ce principe, toute personne poursuivie est considérée comme innocente tant qu'elle n'a pas été déclarée coupable par la juridiction compétente. »

« L'un des corollaires de la présomption d'innocence est que la liberté est la règle et la détention reste l'exception. La détention ne devrait être ordonnée que dans les conditions exceptionnelles et doit prendre fin lorsqu'elle n'est plus justifiée, en raison de la décision d'acquittement dont l'effet primordial est de lever la culpabilité qui la justifierait. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'en France comme dans bien d'autres pays, l'acquitté ne peut pas être maintenu en détention, sauf s'il est retenu pour d'autres causes. De ce qui précède, il apparaît que le maintien en détention de l'acquitté serait en effet attentatoire à ce droit fondamental de la présomption d'innocence. »

 

Ce texte qui rejoint de nombreux autres textes juridiques internationaux est suffisamment clair. La Cour Internationale de Justice, organe de l’ONU, est très précise dans ses statuts au sujet des recours. En effet, son article 61 stipule qu’après une décision de la Cour, tout recours n’est possible qu’avec l’apparition de faits nouveaux. Dans un tel cas, la décision prise est d’abord exécutée.

Le fonctionnement de la CPI a déjà été dénoncé par plusieurs observateurs. Son caractère universel n’est pas avéré car elle est, dans les faits, totalement incapable de juger les citoyens des grandes puissances qui l’ont mise en place. Très souvent, ce sont les vainqueurs des guerres qui ramènent les vaincus devant la CPI, apparaissant ainsi comme un instrument pour les plus forts. Elle ne s’intéresse qu’à certaines crises dans le monde. Le traitement même des affaires qui sont portées devant ce tribunal comporte de nombreuses irrégularités sur le plan juridique (faux témoignages dans l’affaire Bemba). Dans la procédure contre LG, de fausses vidéos ont été également projetées, de même que plusieurs autres vices indexés par des journaux français qui en montraient même l’illégalité.

Comme le dit le texte cité ci-dessus, dans la plupart des pays et surtout dans les pays démocratiques, la justice ne maintient jamais en prison des personnes déclarées non coupables par le tribunal. Ce principe du droit n’étant pas toujours scrupuleusement suivi, la CPI est décriée comme étant un instrument « juridique » au service d’intérêts géostratégiques et/ou privés inavoués.

Dans le maintien en prison de LG, si les juges refusent d’appliquer la loi, nous sommes en droit de nous interroger raisonnablement sur leur motivation. La question est donc : si ce n’est plus au nom de la justice, à qui profite cet emprisonnement illégal de personnes déclarées innocentes ? Ce n’est pas par pure méchanceté. Il y a forcément des bénéficiaires si nous nous référons au combat de LG pour l’indépendance économique de son pays (voir les documentaire « Laurent Gbagbo dans le tourbillon du golfe de Guinée » : (https://www.youtube.com/watch?v=UC0c0YMBUHU).

 

Dans l’histoire, différentes stratégies ont été utilisées en Afrique par les grandes puissances pour mettre en œuvre leurs schémas d’exploitation des ressources de ce riche continent : les missions d’évangélisation, la traite négrière, la colonisation, la néo-colonisation, le déploiement des sociétés secrètes, la corruption, l’assaut des multinationales, les coups d’Etat (dressant le bilan, Cameroonvoice fait état de 89 coups d'État depuis 1953, 22 présidents assassinés et 75 conflits armés depuis 1945, et des millions de morts et de déplacés), etc.

Ces manœuvres, qui détruisent dans tous les sens du terme le continent noir, sont initiées et exécutées par des étrangers avec l’aide non négligeable d’acteurs africains.

Depuis l’époque du commerce triangulaire, rien n’a fondamentalement changé malgré les apparences. Des Africains et des colons continuent à tirer profit de la « vente » de braves fils d’Afrique. La plupart des conflits en Afrique, qualifiés d’ethniques ou religieux, s’inscrivent dans le même schéma : des Africains se massacrent, se font déporter, se vendent et se font spolier de leurs ressources pour enrichir quelques Africains et les multinationales des grandes puissances.

Ainsi donc, à l’image de tous ces complots et crimes qui jalonnent l’histoire de l’Afrique, nous voyons deux acteurs africains complices dans le maintien illégal en prison de ces deux dignes fils d’Afrique que sont LG et CBG, : les juges Eboe Osuji (Nigéria) et Solomy Balungi Bossa (Ouganda). Comme au temps de la traite négrière, des Africains reconnus non coupables sont incarcérés à la demande de leurs frères africains alors même que deux Européens demandent leur libération ! Au bénéfice de qui ? Nous le saurons peut-être bientôt.

Nous apprenons à travers les médias que Mr Bensouda (époux de la procureure de la CPI) a obtenu de juteux contrats auprès du pouvoir ivoirien. Ce pouvoir, c’est de notoriété publique, manœuvre pour que Laurent Gbagbo reste en prison car il reste très populaire en Côte d’Ivoire et pourrait contrarier certains projets. Une condamnation (20 ans de prison par la cour d’assises dans l’affaire de « pillage » de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO)) l’attend à Abidjan. Le juge Eboe Osuji, sans doute « dans l’indigence », est à la tête d’une fronde pour réclamer une augmentation de ses émoluments à la CPI. Pressentant la disparition de l’institution en proie à de vives critiques, il faut  se dépêcher d’avoir sa part avant la fin.

 

Toute cette course à l’enrichissement serait tolérable, voire encouragée si elle n’enfreignait pas la liberté de certaines personnes et plus largement celle des peuples africains à disposer de leur souveraineté.

 

Comment mettre fin à ce mécanisme d’exploitation qui se perpétue depuis des siècles sur le continent noir ? Une seule réponse fondamentale : l’éveil des peuples d’Afrique afin de dénoncer de toutes leur force et par tous les moyens pacifiques mais fermes les esclavagistes africains. A cette fin, nous exhortons tous les Africains à dénoncer fermement les juges Eboe Osuji et Solomy Balungi Bossa pour leur collusion avec des intérêts cachés qui prive de liberté deux personnalités africaines déclarées innocentes par la justice.

Disons-leur que l’Afrique ne peut pas continuer à être le seul continent qui vend ses fils pour le bonheur égoïste de quelques individus.

Demandons donc en chœur : « M EBOE OSUJI ET Mme SOLOMY BALUNGI, POUR QUEL PRIX TRAHISSEZ-VOUS VOS FRÈRES GBAGBO ET BLE GOUDE COMME AUTREFOIS LORS DE LA TRAITE NEGRIERE ?  »

 

Jacques Poussi

Plateforme Souveraineté Panafricaine

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.