Israël : des colonies à la puissance régionale

          Le 26 octobre 1994, cela fera 20, Israël et son voisin Jordanien signèrent, dans la ville frontière de Wadi Araba, le traité de paix toujours en vigueur aujourd’hui. Depuis la création de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948, c’est le second traité de paix signé entre Israël et un pays arabe, après celui conclu avec l’Egypte en 1979 : jusqu’alors, Israël vivait en état de guerre. Comment alors expliquer que ce petit Etat tout juste créé survécut à quatre guerres contre ses cinq voisins, Palestine, Liban, Syrie, Egypte et Jordanie ?

Une première victoire

          En 1947, le territoire palestinien est sous mandat britannique, mais les Juifs déclenchent une série d’attaques pour déloger les Arabes présents sur le territoire délimité par le plan de partage de l’ONU. Le 14 mai 1948, les Britanniques se retirent après la fondation de l’Etat d’Israël, évènement qui déclenche une réaction des pays arabes. Le bilan des forces est initialement déséquilibré : le nouvel Etat est attaqué simultanément au nord par les Syriens, au sud par les Egyptiens, à Jérusalem par les Jordaniens, mais aussi par les Irakiens dans l’est. Un cessez-le-feu est obtenu par l’ONU le 11 juin 1948, ce qui permettra aux deux camps de reprendre des forces.  La Haganah, l’organisation de défense juive, forme « Tsva Hagana LeIsrael », plus connu sous le nom de Tsahal, qui constituera l’armée officielle de l’Etat Hébreu. Des quelques 12 603 armes à feu (fusils, mitraillettes, mitrailleuses et mitrailleuses légères) recensées en 1947 par la Haganah, Israël va entreprendre de se constituer un arsenal conséquent en se fournissant en Europe, notamment en Tchécoslovaquie. Des millions de cartouches et de munitions antichars arrivèrent en Israël lors des vols de livraisons « Balaks ». En outre, un contrat pour dix avions de combat Messerschmitt fut conclu entre les deux pays, et la Tchécoslovaquie entreprit même de former les pilotes israéliens. Lors de la reprise des combats le 8 juillet 1948, Tsahal se lance dans une série d’offensives qui va repousser les armées arabes, les forçant même à demander l’armistice, le 24 février 1949 avec l’Egypte, le 23 mars avec le Liban, le 3 avril avec la Jordanie et le 20 juillet avec la Syrie. L’Irak entreprend de retirer ses troupes.

Première guerre israélo-arabe, www.Larousse.fr

Des avantages stratégiques

          Les dirigeants israéliens ont très tôt compris l’avantage qu’apporterait l’arme atomique, et David Ben Gourion ne perdit pas de temps en lançant dès 1949 le programme nucléaire israélien. Le pays trouve alors un partenaire de choix pour développer une telle technologie : la France. Dès 1954, les deux pays, dont l’ennemi commun est Nasser, le dirigeant Egyptien soutenant le FLN en Algérie et les Fedayins en Palestine, vont collaborer. Cette entraide va s’interrompre en 1958 avec l’arrivée au pouvoir du Général de Gaulle qui souhaite améliorer les relations franco-arabes. Toujours un secret aujourd’hui, Israël disposerait pourtant de sa première bombe opérationnelle depuis 1967. Bien que les dirigeants israéliens ne confirment pas officiellement l’existence d’un arsenal atomique, les spécialistes estiment que le pays possède entre 100 et 200 têtes nucléaires.

          La position stratégique de l’armée israélienne sur le plateau du Golan (« al-Jūlān » en Arabe)explique également la puissance d’Israël dans la région. Prise à la Syrie en 1967 pendant la Guerre des Six Jours, cette région située au nord-est d’Israël surplombe les environs. D’abord sous contrôle de l’armée israélienne, il fait partie intégrante du territoire israélien depuis 1981, une annexion condamnée par les Nation Unies. Selon le site internet de Tsahal, « Le plateau du Golan revêt une importance stratégique pour plusieurs raisons. D’une part, la présence israélienne sur le plateau du Golan permet de défendre la frontière contre une invasion par voie terrestre. D’autre part, tout le nord d’Israël se trouve à portée de tir d’un feu d’artillerie provenant du plateau du Golan. Par ailleurs, le plateau contrôle les principales sources d’eau de l’État d’Israël. » En effet, le plateau du Golan permet de contrôler l’intégralité des rives du lac Tibériade ainsi que les nombreux affluents du Jourdain.

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