Un plan B face à l’Europe Allemande !

Tsipras vient de démissionner. Sur la méthode, il a raison. Quand une crise inouïe traverse un pays, la solution c’est de s’en remettre au peuple. Mais la seule fidélité qui vaille est celle liée à un programme, une stratégie et non à un homme. Il est déterminant qu’une voie politique soit proposée au peuple grec, comme à l’ensemble des peuples européens, leur permettant de s’opposer au diktat allemand : un plan B ! 

Tsipras vient de démissionner. Sur la méthode, il a raison. Quand une crise inouïe traverse un pays, la solution c’est de s’en remettre au peuple. Mais la seule fidélité qui vaille est celle liée à un programme, une stratégie et non à un homme. Il est déterminant qu’une voie politique soit proposée au peuple grec, comme à l’ensemble des peuples européens, leur permettant de s’opposer au diktat allemand : un plan B ! 


 

Le texte « d’accord » de juillet, tout comme le 3ème mémorandum sont en effet une impasse : Le régime libéral austéritaire imposé par la troïka et Merkel en tête ne va qu’aggraver la récession et réduit la Grèce à un statut de protectorat de l’Allemagne. L’objectif de l’Allemagne, pilote en chef de la troïka, est bien d’imposer un contrôle sur tous les gouvernements de la zone Euro, France comprise. Ces politiques austéritaires provoquent le ralentissement économique dans tous les pays de la zone Euro à l’exception de l’Allemagne, pour le seul profit de sa classe dominante.  Le débat ne saurait se réduire à « changer l’Europe » de l’intérieur, le référendum  grec à 61% n’y a pas suffi ! Il faut assumer de  s’opposer à cette Europe allemande. Refuser son ordolibéralisme contre les peuples, leur souveraineté, ses urgences sociales et écologiques.

 

L’annonce de la création d’un nouveau groupe parlementaire et d’un nouveau parti “Unité populaire” regroupant d’ores et déjà 25 députés de Syriza est une excellente nouvelle. Elle dessine un nouveau front politique du Non dont le but est de donner une expression politique à l’ensemble des forces sociales et citoyennes en Grèce opposées à l’austérité, aux mémorandum et au retour de la Troïka. Le nouveau parti assume dans son programme la question de la rupture avec les politiques imposées par les institutions européennes. Cette recomposition politique en Grèce est déterminante pour les élections programmées au 20 septembre. (Pour en savoir plus, je vous recommande cet article.)

 

Dans ce contexte, le lancement, dès la semaine dernière via le blog d’Eric Coquerel de la proposition du PG faite à l’autre gauche européenne d’organiser un Sommet internationaliste du plan B est plus que bienvenue ! Dès ce dimanche, Jean Luc Mélenchon a rencontré Yanis Varoufakis pour en débattre. De fait en invitant Yanis Varoufakis à ses universités d’été, Montebourg et les socialistes frondeurs auront aussi à en débattre. La question traverse le parti allemand Die Linke, et les réactions se multiplient en France comme ailleurs. Dès ce lundi, avec Jean Luc Mélenchon et Eric Coquerel nous aurons un échange par skipe avec le Président du nouveau groupe parlementaire “Unité Populaire”, l'ancien ministre Panayotis Lafazanis.

 

Les gauches radicales en Europe et au-delà doivent élaborer collectivement un Plan B. La seule alternative ne peut pas être, même quand les peuples s’y opposent, la menace allemande de l’exclusion et la soumission aux régimes austéritaires de la troïka ! Nous devons dans le détail et de façon concrète élaborer une stratégie commune de désobéissance aux traités européens, d’annulation ou du ré-échelonement des dettes souveraines des États (avec l’arme du refus unilatéral de remboursement des dettes illégitimes), préparer le contrôle des capitaux (et assumer la nationalisation des banques)  et aborder la question de la sans doute nécessaire sortie de l’euro. N’est-il pas temps d’envisager une stratégie internationaliste pouvant porter un nouveau projet de coopérations entre les peuples autour d’une nouvelle monnaie commune respectueuse de leur indépendance ? Si le choix se pose entre l’indépendance de la France ou l’Euro, nous, nous choisirons l’indépendance !

 

Le coup d’Etat politique et financier de Schaüble et Merkel visait à humilier les grecs et démontrer à tous les autres peuples européens et aux espagnols en priorité (dans le calendrier) qu’aucune alternative n’est possible. Mais la contre offensive s’organise ! Bien sur, dès l’annonce de ce scrutin grec, tous les valets de la troïka s’époumonent pour marteler qu’aucun choix ne pourra remettre en cause les “accords”. Autant annuler toute élection dans ce cas ! Il suffit de lire les morceaux d’anthologie que constituent le communiqué de presse de Carvounas ou la dernière tribune de C. Barbier dans l’Express contre les rencontres avec Yanis Varoufakis de Jean Luc Mélenchon et d’Arnaud Montebourg pour comprendre à quel point les tenants de l’oligarchie sont aux abois ! Cette contre offensive lancée par la proposition du sommet internationaliste du plan B leur fait peur. Soyons convaincus qu’ils mettront tout en oeuvre pour la dé-crédibiliser. Mais le débat est lancé !

 

Soyons bien clairs également, la partie politique historique qui est en jeu se situe in fine entre l’autre gauche et l’extrême droite. Notre stratégie du plan B, comme notre conception de la Nation et notre internationalisme pour une coopération entre les peuples n’ont aucun rapport avec les orientations nationalistes et xénophobe du FN comme des autres partis d’extrême droite européens. Nous avons un désaccord total avec Sapir qui propose cette alliance totalement aberrante, contre-nature avec le FN.

 

Plus que jamais, pour sauver la démocratie, s’opposer à l’austérité et repenser un autre mode de développement écosocialiste, construisons la dynamique au service de ce Sommet internationaliste du Plan B. Des dirigeants des gauches radicales européennes et au delà, économistes, mais aussi syndicalistes, militants associatifs, citoyen-nes, nous devons toutes et tous y prendre part.

 

Avec le Projet de sommet Internationaliste du plan b, l'aternative est en marche  !

 




Je vous propose également quelques autres arguments compilés :

 

La dette est une question centrale ! Les français ne paieront pas la dette des grecs.

La dette grecque ne sera pas remboursée, et les français ne « payeront pas pour les grecs ». Avec les mesures imposées, la dette de la Grèce va s’accentuer. Tordons au passage ce mensonge que tous les dirigeants libéraux veulent faire gober aux citoyens : En cas d’annulation de la dette grecque, ce ne sont pas les contribuables français qui paieraient de leur poche. Aucun pays ne rembourse jamais vraiment ses dettes, mais rembourse ses emprunts quand ils arrivent à échéance par de nouveaux emprunts. Par contre, oui, l’Etat français ne percevra plus les intérêts versés par la Grèce. Dans les faits, la dette grecque rachetée par les Etats enrichit ces Etats via les intérêts, le service de la dette ! Vous pouvez trouver sur le site du collectif pour un audit citoyen de la dette publique un très bon petit guide contre les bobards médiatiques.

Il est essentiel d’exiger une conférence européenne des dettes souveraines. Il est légitime que la Grèce, comme d’autres Etats exigent l’annulation ou le ré-échelonnement des dettes souveraines, et le cas échéant, assument unilatéralement le non remboursement de la dette, due en grade partie par la spéculation des marchés financiers sur la dette, et le service de la dette.

 

Ni la Grèce, ni la zone Euro n’ont été sauvées.

Ayons bien conscience que ni la Grèce, ni la zone Euro n’ont été sauvées par « l’accord » de juillet. Les mesures imposées par ce 3ème mémorandum grec ne vont qu’occasionner une aggravation de la récession économique de la Grèce. Les 86 milliards « d’aides » octroyées sur 3 ans vont essentiellement servir à rembourser les créanciers, payer la BCE, recapitaliser les banques grecques, rembourser le prêt relais de juillet, et financer le déficit structurel qui va inexorablement plonger un peu plus du fait même des mesures exigées. Le peuple grec n’en verra donc pas vraiment la couleur côté relance de l’activité et investissements… La chute du pouvoir d’achat des grecs va se poursuivre, via les hausses de TVA, les baisses des pensions de retraites et des salaires. La libéralisation du marché du travail va provoquer la poursuite de la hausse du chômage et de la précarité. Les privatisations vont aggraver les manques de recettes de l’Etat grec pour le bonheur des entreprises privées prédatrices, allemandes pour la plupart. Le pillage des entreprises et services publics est en cours, notamment via les 14 aéroports, le port du Pirée, l’électricité…

Ces mesures imposées depuis « l’accord » de juillet jusqu’à ce 3ème mémorandum grec ne préparent que les chantages d’après. L’Allemagne et la troïka imposent un contrôle de l’application des mesures. La Grèce est de fait réduite au statut de protectorat sous contrôle allemand. La menace du Grexit reste présente telle l’épée de Damoclès servant à imposer toutes les mesures libérales d’austérité, le compte-goutte de la perfusion monétaire permettant à tout moment de renforcer la pression. Il y aura donc d’autres épisodes de la crise grecque, et d’autres épisodes de la crise de la zone euro. Comme le déclarait Yanis Varoufakis, « la destination finale de la troïka est Paris ». Dès le 9 août dernier, le chef du groupe conservateur au Bundestag n’hésitait pas à menacer de sanction la France si elle n’arrivait pas à maîtriser son déficit budgétaire à 3%... Ambiance !

 

Depuis 2005 (au moins…), l’UE se construit sans les peuples et contre les peuples.

Alexis Tsipras a bien tenté d’instaurer une autre politique dans la zone euro et de négocier une modification de son fonctionnement. Il a gagné les élections sur un programme de rupture avec les politiques d’austérité imposées par la troïka auxquelles les gouvernements précédents libéraux et libéraux version social-démocrate s’étaient soumis avec les conséquences connues de toutes et tous : un peuple plongé dans une crise humanitaire sans précédent au cœur même de l’Europe. Il a mis son peuple en mouvement via un référendum pour faire valoir toute la légitimité de son mandat, conforme à l’expression de la souveraineté populaire. Mais les « institutions européennes » ont dès le début organisé le chantage à la dette, instauré une strangulation monétaire, un blocus financier, mettant la Grèce face à une situation potentielle de faillite totale, de défaut de paiement.

Résultat, en l’absence de plan B préparant une sortie de la zone Euro ou bien au moins en assumant la menace, (instaurant une suspension unilatérale de sa dette, un contrôle des capitaux, une nationalisation des banques et la création d’une nouvelle monnaie….) Alexis Tsipras et le gouvernement Syriza se sont trouvés face au choix entre la peste et le choléra, ou entre le bombardement ou l’incendie comme le décrivait un grand poète, résistant et dirigeant de Syriza. Et A. Tsipras a choisi la capitulation.

 

Si dans les années 70 les tenants du libéralisme ont expérimenté leur politique via les coups d’Etat et dictatures telles que celle de Pinochet, depuis 2005 nul besoin pour eux au sein de l’UE d’user de la force militaire : Les coups d’Etat contre la souveraineté populaire sont dorénavant financiers. (Notez que la méthode de l’usage de la force, de l’armée, via les classes dominantes continue d’exister et même de plus belle en Amérique latine contre les gouvernements démocratiquement élus qui ont fait le choix d’une autre voie que la voie ultralibérale…) La stratégie du coup d’Etat financier se déroule dans une apparence de légalité institutionnelle. Simple apparence car la réunion même de l’Eurogroup n’existe dans aucun traité et l’ensemble de ces traités qui organisent la BCE, l’UE, le Mécanisme européen de stabilité n’ont pas été approuvés par les peuples. Le peuple français, ne l’oublions jamais, avait rejeté en 2005 le TCE, imposé par la suite via le TSCG au mépris de sa souveraineté.

Et précisément, ce que nous enseigne la crise Grecque, c’est non seulement la démonstration, pour celles et ceux qui en doutaient que l’Europe est bien sous domination allemande mais aussi que son objectif est de sortir du débat démocratique l’ensemble des politiques économiques et sociales des Etats Nation européens.

L’Allemagne a bien l’intention d’imposer et de renforcer considérablement la mise sous tutelle des budgets et politiques économiques et sociales de tous les pays membres de l’UE.

 

Entre notre Plan B et la sortie sèche de l’Euro du FN : aucune comparaison

 La sortie de l’euro prônée par le FN ne remet aucunement en cause les traités européennes. Marine le Pen avait d’ailleurs déclaré il y a tout juste un an, sans doute pour rassurer les marchés financiers dans sa stratégie de conquête du pouvoir, qu’elle entendait respecter la règle des 3% de déficits publics. Le FN n’envisage pas de nationaliser les banques et encore moins de remettre en cause le système capitaliste et sa financiarisation ! Leur sortie de l’euro ne consiste qu’en un repli nationaliste. Le FN reste l’idiot utile du système capitaliste. En attisant les haines, en divisant les salariés entre eux par une xénophobie assumée, il permet au système de l’oligarchie de se perpétuer et de préserver les intérêts de ses dominants. Mais en conduisant aux plus sombres lendemains.  

La proposition de Sommet internationaliste du plan B est la réponse politique pour au contraire construire un nouvel espoir, pour le respect des peuples et de leur souveraineté, pour repenser un nouveau mode de développement écosocialiste. L’alternative est en marche.

 

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