La vie politique française, telle un pédalo dans la tempête au milieux de l’océan !

Il est évident que la gifle portée au visage du Président de la République doit être condamnée avec force, car si critiquer est un droit civique, respecter est un devoir moral ! Aucun désaccord, aucune colère ne doivent conduire à ce genre de comportement. On peut aussi déplorer la pauvreté des débats politiques, due à des partis qui semblent à cent lieux des grands enjeux de notre temps.

Entre déchirement chez les uns à droite, difficile rapiéçage chez les autres à gauche, rejet ou refus, la classe politique Française ne cesse de creuser son déficit d’adhésion populaire

Du « rififi » chez LR, déchiré entre ceux qui n’excluent pas une entente avec le RN (guillaume Pelletier numéro deux du Parti et ancien du Front national de la jeunesse (FNJ)), quand d’autres le souhaitent avec LREM et s’y engagent lors des prochaines élections régionales, tel Bruno Muselier président de la région PACA. Seule une poignée d’irréductibles luttent pour sauver ce qui reste de l’héritage « Gaulliste », bien que le Gaullisme ne fut pas toujours en phase avec les exigences sociétales du moment. L’exemple qui aboutit à l’insurrection de la jeune génération en 1968 (les « babyboomers » d’aujourd’hui) pour mettre fin aux pratiques d’une société hiérarchisée de type patriarcale du 19e siècle, mais aussi vouloir libéraliser la société, en témoigne.

Egalement dans le camp inverse, on assiste à un difficile « rapiéçage « d’une gauche en piteux état où chaque dirigeant(e) de parti veut imposer son « leader-sheep » sur l’ensemble.  Si on y ajoute le rejet d’Emmanuel Macron et le refus de Marine Le Pen, tout cela illustre désormais la crise démocratique française, avec des formations politiques qui ne cessent de creuser leur déficit d’adhésion populaire. Attention ! cette situation ne peut que contribuer, à la fois, à certaines dérives violentes incompatibles avec la démocratie et la république et à certains comportements électoraux de rejet de la part des citoyens…

Désormais, quand les français se déplacent au bureau de vote, c’est plus pour dire non, rejeter empêcher, plus que d’approuver. Mais pourquoi ?

Désormais, on doit prendre acte que le premier moteur de l’attitude électorale consiste essentiellement à «sortir les sortants» ( Sarkozy en 2012 ), ou faire « faire barrage à un entrant» (Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 2002 ou sa fille Marine aux régionales de 2015). Que se passera-t-il à la prochaine présidentielle dans l’hypothèse d’un nouveau duel Macron-Le Pen, alors que les deux phénomènes symétriques de rejet se conjuguent ? Si dans ce cas de figure, selon les sondages actuels ( mais seront-ils les mêmes dans 10 mois ?) la victoire irait à Emmanuel Macron. Mais quel sera dès lors le taux d’abstention et de vote blancs ou nuls ? Si l’élection législative qui suit quelques jours après l’élection présidentielle se situe généralement dans la dynamique de l’élection présidentielle, mais qu’en serait-il en juin 2022, en cas de plus forte abstention qu’aux précédentes ?

« sortir les sortants » où « faire barrage à un entrant » concernant l’attitude électorale est aussi du aux différents modes de scrutin, qu’ils soient uninominal à deux tours ou proportionnel à deux tours avec notion d’élimination en dessous d’un certain seuil et fusions possibles entre listes sous certaines réserves. Par exemple : pour les élections présidentielles, la constitution de 1958 qui impose obligatoirement seuls deux candidats présents au second tour, est déterminante, car si au premier tour on peut choisir, au second on est contraint d’éliminer, c’est à dire surtout voter contre. Mais, c’est également vrai pour toutes les autres élections, quel que soit le nombre de candidatures ayant le droit d’être présentes au second tour, si aucune n’a obtenu 50 % au premier tour. Il faut dire aussi que la vie interne des partis politiques y joue aussi un rôle essentiel, car plus occupés à leur « tambouille » politicienne de bas étage qu’à agir sur de réels projets d’avenir pour répondre aux défis qu’imposent l’urgence écologique avec l’explosion démographique et ses impacts climatiques, ainsi que la nouvelle « révolution numérique » par laquelle se dessine une nouvelle mutation anthropologique. Nul doute que les prochaine élections s’annonce dans la perspective d’un important taux d’abstentionnistes où de vote blancs et nuls que seule la pandémie qui persisterait ne saurait expliquer.

Elu(e)s, certes légalement, mais que dire de leur légitimité ?

Si l’élection présidentielle, de même que toutes les autres élections, illustre bien la situation où au premier tour on choisi et au second on élimine, quand il y a une fort taux d’abstention et en fonction du nombre de candidatures, suivant le résultat obtenu par le vainqueur, il sera certes légalement élu et aura toute latitude pour faire ce qu’il souhaite pendant la mandature ou la législature, se servant parfois du programme électoral de sa campagne électorale comme « paravent », mais que dire de sa légitimité ?

Par exemple, lors dernières élection municipales, dans de nombreuses communes le taux d’abstention excédait parfois les 60 %. Les candidat(e)s élu(e)s (par liste, ou individuels, suivant l’importance du nombre d’habitants de la commune), qui le sont le avec 30 % des inscrits, s’il y a seulement 40 % de votants, ils auront obtenu réellement 12 % des inscrits, ils le seront légalement, mais que dire de leur légitimité ?...

Par rapport à la notion de légitimité, il est d’autant plus urgent qu’avec la perspective d’une forte abstention ou de votes blanc et nuls, lors des prochaines élections il faudra corriger les modes de scrutin par liste, aussi bien aux élections municipales, métropolitaines que régionales. La prime de 50 % des sièges aux élections municipales et métropolitaines à la liste qui arrive en tête au second tour, ou si elle été élue au premier tour et 25 % pour les élections régionales dans les mêmes conditions n’est pas concevable. Par exemple : selon les dispositions légales en cours, s’il y a 3 ou quatre listes en présence dans une municipale avec chacune 33 candidat(e)s, si aucune n’a été élue dés le premier, au second tour la liste qui arriverait en tête avec 28,8 % devant celle qui aurait 28,5 % obtiendrait 22 élu(e)s, quand sa suivante n’obtiendrait que 4 élu(e)s. La gestion d’une collectivité locale doit cesser d’être aux mains de véritables « petits monarques » qui pendant la durée de la mandature font ce qu’ils veulent, car le mode de scrutin proportionnel « tordu » leur permet, l’opposition n’ayant aucun moyen d’y faire obstacle en dehors de recours éventuel au tribunaux administratifs...

Entre question démographique et celle de la nouvelle révolution numérique, ne serait-il pas urgent que ces deux enjeux majeurs de notre temps soient enfin abordés en période électorale ?

Concernant la question démographique

L’écologie science démontre que lorsque au sein d’une espèce, une population est trop importante, elle va dépasser inévitablement les limites de son écosystème. Très rapidement, c’est l’espèce la plus prolifique en surnombre, faute d’espace vital et de proies qui est menacée et à terme disparaît.

L’homme a toutefois créé une exception, seul animal culturel au sommet de la pyramide des espèces sans réel prédateur, il a reculé l’échéance finale en inventant l’agriculture il y a 10 00 ans, puis grâce aux ressources fossiles, il a dopé ses productions, tout en vidant progressivement de la vie à peu près de tous les écosystèmes planétaires, même les océans. Contrairement aux cinq précédentes extinctions des espèces, la sixième qui est en cours est la première qui soit de de la totale responsabilité de l’homme.

Grâce à la médecine, l’homme échappe désormais aux lois de la sélection naturelle et vit de plus en plus longtemps. Il constitue une espèce invasive tellement fertile qu’une femme peut avoir beaucoup plus de dix enfants et un homme peut procréer à des âges bien avancés. Des femmes qui avaient plus de dix enfants était très fréquent dans nos sociétés rurales agraires d’Europe avant l’ère des prestations sociales et de la mécanisation, mais aussi avec un taux élevé de morts infantiles, ce qui, avec les guerres, limitait les effets. Cette situation à fort taux de natalité est aujourd’hui récurrente chez les femmes, notamment, dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Mais, malgré les difficultés, la médecine limitant le nombre de morts infantiles, ces pays dont les écosystèmes sont en total déséquilibre, situation aggravée par le réchauffement climatique, fait qu’en état de surpopulation, cela contraint ces populations à migrer vers l’Europe, dont la France, et souvent mourir en Méditerranée…

Alors que selon les experts, à l’échelle de la planète on enregistre en moyenne une perte annuelle d’environ 100000 km² de terres arables ( en 5 ans c’est la superficie de la France et en 40 ans celle des 27 pays de l’UE), nous serons très bientôt bientôt 8 milliards... Et des migrations de populations du proche orient et d’Afrique subsaharienne de plus en plus nombreuses vers l’Europe et la France, avec des conflits en perspective, car les déficits d’espaces et les besoins alimentaires y contraindront forcément… Ce qui ne peut être durable, vu le poids du nombre d’humains sans cesse croissant et sa boulimie de consommation diverses, y compris spatiales.

Selon les projections, sans maîtrise de la population mondiale, elle va continuer de croître et avoisiner les 10 / 11 milliards d’habitants en 2050. A l’évidence des pandémies fussent-elles aussi graves que celle du Covid-19 n’ont que peu d’influence sur la baisse de la démographie.

Face à cet enjeu fondamental, on ne peut pas dire qu’à l’occasion des débats électoraux les formations politique et leurs candidat(e)s se bousculent pour aborder cette problématique, ce qui est très regrettable, cette absence, comme celle concernant la nouvelle révolution numérique, avec ses avantages et ses inconvénients, ne contribuent pas à élever les débats qui se déroulent dans un classicisme de plus en plus médiocre...

Concernant la nouvelle révolution numérique   Avec ses impacts culturels, sociaux, économiques la nouvelle révolution numérique est l’autre grand enjeu de nos sociétés, il est hélas oublié des débats politiques. Or avec le changement de statut des robots par internet et l’interconnexion entre eux, aujourd’hui on peut faire fonctionner des entreprises (dites entreprises 4.0) sans peu d’intervention humaine, ce qui va s’amplifier demain avec l’informatique quantique et la 5 G en attendant la 6 G... Ce ne sont pas les craintes et l’opposition d’une partie de la population qui stopperont, voire même freineront leur développement… A moins que n’intervienne d’autres paramètres que nous ne pouvons imaginer aujourd’hui, indépendamment des problèmes d’approvisionnement en métaux rares qui sont une ressource fossile, donc épuisable…

L’évolution de « la révolution numérique «  et le transfert de nombreux emplois aux robots, qui par interconnexion entre eux feront fonctionner les entreprises avec de moins en moins d’intervention humaines, ainsi que les véhicules de transports des personnes et des marchandises sans chauffeur, ce qui se fait déjà en espace réduit. Cela créera et amplifiera inévitablement un fossé supplémentaire entre les personnes les moins instruites qui sont d’ailleurs plus modestes, c’est à dire celles qui exercent une activité essentiellement manuelle sans peu de qualification technique , par exemple de manutention, travail du reste fort respectable, mais qui, faute de formation et reconversion vers les nouvelles techniques du numérique, seront privés durablement d’emplois, dont il faudrait dés aujourd’hui réfléchir au type de solidarité qui sera à mettre pour ces personnes… Car la question se posera de leur assurer un minimum vital de rémunération en échange d’une activité sociale ou associative. Cela aura un coût que l’état devra financer par des recettes qui sont à imaginer, par exemple en taxant les plus-values financières, voire la productivité des robots, mais cela ne pourra se faire qu’au niveau Européen à minima. Tous les pays seront d’ailleurs confrontés à ce problème…

Vers une nouvelle mutation anthropologique

Faut-il rappeler qu’une nouvelle mutation anthropologique avec un nouveau type de société produit un nouveau type d’individu qui est amené aujourd’hui, avec la crise sanitaire du Covid-19 et ses variants, à agir souvent dans un contexte de vie de plus en plus incertain. Après la machine à vapeur et l’invention du moteur électrique, avec la production d’électricité, suivi du moteur à explosion qui allait entraîner une modification en profondeur du rapport au travail, des déplacements, des relations sociales et du rôle de la femme, notamment dès la première guerre mondiale. Ces découvertes avaient provoqué une mutation anthropologique en totale rupture avec les précédentes.

Cette nouvelle mutation anthropologique est aujourd’hui provoquée par la révolution numérique des « intelligences artificielles » ou méga–données. Déjà aujourd’hui, par exemple les nouvelles habitudes d’achat et de livraisons, mais aussi les nouveaux rapports au travail marquent désormais une rupture dans nos comportements qui traduit la réalité de cette nouvelle mutation anthropologique. Pour le rapport au travail avec internet et l’interconnexion des robots entre eux. On peut très bien imaginer une chaîne de montage de précision qui nécessite aujourd’hui de nombreuses « petites mains », entièrement robotisée de la gestion à la production et à l’acheminement des produits, contrôlée et télécommandée à distance. Mais attention ! Le télétravail à domicile ne va pas sans problèmes qui peut être résolu par un fort développement d’espaces « coworking » avec des box individuels ou des « flex offices «  au plus du domicile ce celles et ceux qui le pratique au sein de communes ou intercommunalités. Mais là encore, la question du télétravail et des diverses questions concernant la nouvelle révolution numérique sont exclus des débats électoraux, ce qui permettrait cependant d’évoquer l’avenir et imaginer les mesures à prendre les mieux adaptées...

Avec le travail à distance (télétravail) qui remet en cause la notion de »présentéisme » dans l’entreprise, les achats en ligne, mais aussi les ventes en ligne, deux éléments de la nouvelle mutation anthropologique. Aujourd’hui, on peut presque tout acheter et se faire livrer, tout et n’importe quoi. Selon une étude de la Fevad publiée début février, la vente de produits sur internet a joué un rôle d’amortisseur économique pour les magasins. Certes, la crise sanitaire fut un révélateur,  Les ventes en ligne des enseignes ont progressé de 53 % sur l’année 2020, avec des pics à +100 % pendant les deux confinements. Quelques 1,84 milliard de transactions ont été enregistrées, une hausse annuelle de 5,8 %. La fermeture des magasins et celle des rayons dits non essentiels ont conduit à une forte augmentation des ventes au mois de novembre qui s’est poursuivie en décembre, en dépit de la réouverture des commerces. Le pic d’activité a été particulièrement élevé pendant la période de Noël: plus 23 % par rapport à Noël 2019. Chaque jour, actuellement les Français reçoivent 1,7 million de plis et de colis. Un phénomène qui se développe davantage dans les métropoles depuis les confinements et le couvre-feu qui bloquait les consommateurs chez eux dès 18 heures. Génération livraisons?

Avantages certains et craintes justifiées

Si la nouvelle révolution numérique offre des avantages incontestables concernant la réduction des mobilités avec mise en place souhaitée du télétravail, qui va par ailleurs remettre en cause le « présentéisme » dans l’entreprise et donc définir un nouveau rapport au travail, synonyme de mutation anthropologique, elle suscite des craintes justifiées, tant sur le plan économique que sociétal, voire culturel, ainsi que sur le plan environnemental et énergétique. N’oublions pas que les terres rares (qui ne le sont pas toutes), dont sont issus les métaux rares indispensables aux applications des « intelligences artificielles », mais aussi à l’éolien et au photovoltaïque, sans compter l’usage quotidien des ordinateurs, smarphones, télévision, appareils ménagers etc. sont une ressource fossile qui n’est pas inépuisable. Quand on sait que la Chine détient plus de 90 % de la production mondiale, alors qu’elle ne possède que moins de 35 % des réserves mondiales et qu’elle même a de gros besoins, on peut imaginer le pire…

Pour conclure

Des formations politiques en total déficit d’adhésion populaire, qui s’expliquent par des débats électoraux où les partis et leurs candidat(e)s semblent plus occupés par leurs » tambouilles « politiciennes internes que les grands enjeux de notre temps et leurs conséquences. Ce qui à l’évidence fait qu’aujourd’hui la vie politique française apparaît de plus en plus tel un pédalo perdu dans un océan en pleine tempête et qui tenterait désespérément de retrouver le rivage.







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