« pacte pour la démographie » : Mr. Bayrou se trompe d’époque et omet l’essentiel

François Bayrou, qui plaide pour un « pacte national pour la démographie », estime que « la natalité et l’accueil de personnes d’autres pays sont les «  deux voies   pour  assurer l’avenir démographique de la France ». Mais ne se trompe-t-il pas d’époque, tient-il compte de la question culturelle et a t-il réfléchi aux impacts écologiques et économiques ?

Il y a bien une baisse du taux de fécondité en France ces dernières années qui n’est pas centrée sur un un niveau de vie particulier, mais elle due aussi à une question culturelle ?

Il y a effectivement une baisse du taux de fécondité en France depuis une dizaine d’années. De 2,01 enfants par femme en 2011, il passe à 1,96 en 2015, en 2018 il est de 1,8 et suit ainsi une légère baisse constante, il est de 1,87 en 2019 et de 1,84 en 2020. Toutefois, la France reste le pays de l’Union européenne (UE) dont la fécondité est la plus élevée, devant la Suède qui a pris la seconde place de l’Irlande depuis 2016 .

Par définition, le nombre de naissances dépend à la fois du nombre de femmes en âge de procréer et de leur fécondité. Selon l’Insee, la population des femmes de 20 à 40 ans, âges où elles sont les plus fécondes, diminue depuis le milieu des années 1990. Les femmes les plus fécondes sont celles ayant entre 25 et 34 ans, or le taux de fécondité des femmes de moins de 30 ans baisse depuis les années 2000 et cette diminution s’accélère depuis 2015, ce qui reste, en 2019, le principal facteur expliquant la diminution du nombre de naissances.

Toujours selon l’Insee, la baisse de la fécondité observée depuis 2015 n’est pas centrée sur un groupe de niveau de vie en particulier, elle concerne aussi bien les femmes aisées que les plus modestes. Cette diminution touche, par ailleurs, aussi bien les femmes qui n’avaient pas encore d’enfant que celles qui en avaient déjà. Toutefois, elle ne concerne pas les immigrées, dont la fécondité reste stable, ce qui peut s’expliquer par des données d’ordre cultuel et culturel liées à leur passé.

Alors que les prestations familiales, n’ont fait l’objet d’aucunes restrictions, bien au contraire, et même si aux marges la pandémie du Covid-19 peut expliquer en partie l’écart entre 2019 et 2020, il y a bien une question culturelle, expliquant le changement opéré dans le choix que font les femmes, en regard de leur fécondité et que François Bayrou n’intègre pas. Ce n’est pas en voulant encourager la natalité par un ensemble d’aides sociales et fiscales supplémentaires aux familles qui changeront quoi que se soit, dès lors que ce changement culturel est du à un nouveau mode de vie, dans lequel les femmes semblent privilégier d’autres priorités que celles de procréer. Il semblerait désormais que ces priorités relèvent plutôt du cadre professionnel, des loisirs, des voyages, bref du vouloir mieux vivre sans la contrainte des enfants… y compris parfois sur fond de craintes de l’avenir. De plus, les mesures suggérées par François Bayrou coûteraient très cher à l’État, surtout quand il va devoir rembourser les centaines de milliards d’euros empruntés sur les marchés financiers, à cause de la crise sanitaire. Les contribuables « apprécieront » quand il devront passer à la caisse...

Le haut-commissaire au plan, François Bayrou, semble, par ailleurs confondre notre époque avec celle où une croissance démographique s’avérait nécessaire

Nous ne sommes plus en 1920, ni en 1945, après la première et seconde guerre mondiale où la croissance démographique était nécessaire. L’histoire a démontré qu’après chaque guerre, on enregistre une forte croissance démographique, afin de réparer les dégâts commis, mais aussi pour faire face à de nouveaux besoins de la population. Ce fut le cas dans les périodes qui suivirent la première et seconde guerre mondiale. Emmanuel Macron avait beau affirmer que « nous étions en guerre » contre le virus Covid-19, mais il faut toute « proportion garder » comparer ce qui est comparable ...

Après la première guerre mondiale les fécondités des années 1920 et 1921 sont de 2,64 et 2,58 enfants par femme, supérieures à celles du début des années l9l0, mais pas plus élevées que pendant la période 1906-1911, et ne peuvent en conséquence entraîner une natalité importante. Il est vrai que le nombre considérable de veuves de guerre, estimé en 1919 à 680 000; n'est favorable ni à la fécondité, ni à la natalité. Ne pas oublier également le nombre de décès liés à ce que l’on appela à tort« la grippe Espagnole » qui débuta aux USA. Le nombre de morts que fit cette pandémie dans le monde de 1918 à 1919 se situera entre 50 à 100 millions. L’épidémie fit environ 408 000 morts en France, parmi lesquels Guillaume Apollinaire et Edmond Rostand.

Après la seconde guerre mondiale, à partir de 1945 bien que la France reste un pays fortement rural, les transformations de la société se produisent beaucoup plus rapidement que dans la première moitié du XXe siècle. Le premier grand changement est la reprise de la natalité. En 1945, la fin de la guerre marquera le début du « baby boum », avec un niveau de la fécondité qui s’élève brusquement au cours du premier trimestre 1946, l’indicateur bondissant de 2,4 à 3,1 enfants pour une femme entre décembre 1945 et mars 1946. Elle conservera ce niveau jusqu’en 1950.

Avec son « pacte national pour la démographie » François Bayrou se dirige dans la mauvaise direction

Avec une augmentation d’un milliard d’habitants par décennie, comme la période 2009-2019, passant de 6,7 milliards d’habitants en 2009 à 7,7 milliards en 2019 et nous serons très rapidement 8 milliards de terriens ( probablement courant 2022), imaginons les effets, si ce rythme se poursuivait, ou pire s’amplifiait, en 2050 nous serions 11 milliards d’habitants… Et 16 milliards en 2100, soit une augmentation de 10 milliards en un siècle. (6 milliards en 2000)… Nous avons connu une multiplication par 5 de nos effectifs depuis le début du XXème siècle et occupons désormais presque tous les territoires habitables. Avec la perte annuelle d’environ 100 000 Km2 de terres arables (en 40 ans, c’est la superficie des 27 pays de l’UE ou de la France en 5 ans), cela se fait au seul détriment de la biodiversité qui connaît un effondrement sans précédent.

En France, la population a augmenté de près de cinq millions d'habitants entre 2004 et 2021. Elle est passée d'environ 62,25 millions en 2004, à plus de 67,4 millions d'habitants au 1er janvier 2021. Cela représente une augmentation moyenne d’un peu plus de 294 000 habitants par an (plus que la ville de Nantes qui a 292 718 habitants), avec un rythme moyen annuel de perte des surfaces agricoles de 60 000 hectares ou 600 km² ( plus de trois fois la superficie de la ville de Nîmes qui fait 162 km2 ).

En 2019, selon le gouvernement, l’ADEME et le Ministère de la transition écologique, ces institutions ont estimé, par ailleurs, que le bilan carbone d’un Français était de 12 tonnes d’équivalent CO2 par an. Soit un rejet en progression annuelle lié à l’augmentation de la population de plus de 2,4 millions de tonnes. Pour rappel, en théorie on ne devrait pas dépasser de 1,2 à 2 tonnes de CO2 par an.

La plaidoirie de Mr. Bayrou va contresens de tous les efforts qui peuvent être fait en faveur de la biodiversité et du climat

Par sa plaidoirie en faveur de la croissance démographique Française, les propositions que formule Mr. Bayrou réduiraient à néant les quelques efforts qui sont fait en faveur de la biodiversité et du climat, le reste du vivant n’aurait tout simplement plus d’espaces disponibles ». Mais aussi pour l’homme, à cause de son nombre, le manque d’espace vital et la rareté des ressources naturelles ne pourraient qu’engendrer de nombreux conflits régionaux violents, tels que ceux que nous pouvons avoir depuis des années en territoires Israélo-palestinien …

La surpopulation ne peut être qu’une cause importante de la plupart des problèmes dans le monde.

Quand François Bayrou justifie les mesures qu’il propose, parce qu’il y aurait un manque d’actifs, c’est pour le moins surprenant venant du haut commissaire au plan !

Comment justifier ces mesures par le manque d’actifs, alors que depuis plus de 40 ans le pays connaît un chômage structurel de masse et que nous ne savons pas donner un emploi à une part significative de la population active ? Ce qui ne va pas s’améliorer avec la nouvelle révolution du «  robotique numérique », la G5, l’informatique quantique et l’interconnexion des robots entre eux où des entreprises fonctionneront sans très peu, sinon sans intervention humaine. A cet effet, François Bayrou devrait être attentif aux prévisions des experts du forum économique mondial de Davos, lesquels n’excluent pas 5 millions de chômeurs supplémentaires au sein de l’UE d’ici 2025, à cause de cette nouvelle révolution numérique, la France n’étant pas en reste…

Avec la nouvelle révolution numérique, toujours plus de population est aussi synonyme de toujours plus de besoins en terres rares.

Les terres rares (qui ne sont pas toutes) désignent 17 métaux : le scandium, l'yttrium, et les quinze lanthanides : Lanthane, Cérium, Praséodyme, Néodyme, Prométhium, Samarium, Europium, Gadolinium, Terbium, Dysprosium, Holmium, Erbium, Thulium, Ytterbium, et Lutécium. Ces matières minérales aux propriétés exceptionnelles sont utilisées dans la fabrication de produits de haute technologie. Avec le boom du numérique et des nouvelles technologies dite abusivement « vertes » qui ne fonctionnent pas qu'avec le soleil et le vent, elles fonctionnent aussi grâce à l'exploitation de minéraux rares. Aujourd'hui, à l'échelle de l'économie mondiale, les terres rares sont considérées comme des métaux stratégiques. On retrouve ainsi des terres rares dans les batteries de voitures électriques et hybrides, dans les LED, les puces de smartphone, les écrans d'ordinateurs portables, les panneaux photovoltaïques, les éoliennes... L'industrie de la défense a elle aussi recours aux terres rares dans la fabrication de capteurs de radars et sonars ou de systèmes d'armes et de ciblage.
Il ne faut pas oublier, par exemple, que 40% d'énergie dite  » verte » exigera 200% de plus de cuivre et 100% d'énergie « verte » exigerait 500% de plus de cuivre. Le pic de cuivre se situera en 2030-2040 (Il n'existe pas de substitut réel pour le cuivre). Nous avons extrait 50% de tout le cuivre en seulement 30 ans. 
Faut-il rappeler et rappeler encore qu’au niveau actuel de consommation, sans progression de la population, en 2050 nous atteindrons les pics pour l'étain, l'argent, le nickel, le zinc, le cadmium…

Ce n’est pas la relance de la natalité ou l’appel à l’immigration qui apporteraient des solutions, mais au contraire aggraveraient considérablement la situation. Concernant l’immigration, la population Française est aujourd’hui majoritairement défavorable à cette politique, est-il nécessaire d’y ajouter un élément de discorde supplémentaire. Par ailleurs, comment oublier que du point de vue de l’équilibre des comptes sociaux les jeunes constituent aussi des inactifs et donc pèsent largement sur les déficits ?

Les jeunes d’aujourd’hui seront naturellement les personnes âgées de demain et qu’en tablant sur une natalité forte, nous nous condamnons plus tard à avoir une population âgée très nombreuse et que pour préserver encore le système social intergénérationnel Français, il faudra encore un taux de fécondité élevé, la vis sans fin... En 2021, l’importance de la charge des retraites est une conséquence directe de l’importance du baby-boom 60 à 75 plus tôt. Beaucoup l’ont déjà dit, compter sur la natalité revient à s’engager dans une pyramide de Ponzi démographique, chacun sait combien ce genre de processus se termine mal…

Pour conclure

les initiatives proposées par Mr. Bayrou dans son « pacte national pour la démographie » engagerait la France à se lancer dans une politique nataliste coûteuse, inutile et dangereuse qui ne tient pas compte de la question culturelle depuis les années 1990, où les femmes sont moins sensibles aux sirènes de la fécondité. Il oublie également que si l'immigration fut une chance pour la France à une certaine époque, ce n'est plus exactement le cas aujourd'hui. Non seulement il se trompe d’époque, mais aussi, il ne porte aucun regard sur les impacts écologiques et économiques de ses propositions, ce qui a de quoi surprendre venant de la part d’un haut-commissaire au plan.

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 Je rappelle qu'après René Dumont, Jacques-Yves Cousteau, Claude Lévi-Strauss, le Pr. Philippe Lebreton et quelques autres, l’association « Démographie Responsable » reprend le flambeau contre la vanité de notre espèce qui compte désormais près de 8 milliards d'humains et s’estime au dessus des lois de la nature, nous conduisant ainsi vers l'abîme, faute de l'avoir régulé. https://www.demographie-responsable.org/qui-sommes-nous.html  également sa page Facebook : https://www.facebook.com/D%C3%A9mographie-Responsable-109924552410828/

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