Sur la chloroquine : quels risques prend-on en compte ?

Je n’ai aucune connaissance médicale mais voici quand même ce que m’inspirent les débats actuels sur le traitement préconisé par le professeur Raoult.

Ses opposants se présentent comme les tenants de la raison face à un Raoult présenté, lui, comme une sorte de m’as-tu-vu, d’énergumène anti-système, qui veut administrer aux malades un traitement non validé, dont l’efficacité n’est pas prouvée, et qui présente des risques d’effets secondaires graves ; bien sûr au nom de la santé des malades ;  un de ces médecins disait tout à l’heure : s’il n’y avait aucun effet secondaire possible, je prescrirais le protocole Raoult, même si son efficacité n’est pas prouvée, puisqu’on n’a rien d’autre actuellement.

Derrière l’orthodoxie de la méthode qu’ils préconisent, c’est bien le risque qu’ils invoquent et disent ne pas vouloir faire courir à leurs patients. Très bien. Mais dans ce cas ils devraient pousser cette logique jusqu’au bout : on n’a pas zéro risque d’un côté (au bout d’un temps non précisé) et des risques graves de l’autre ( Raoult) ; Il y a des risques dans les deux positions ; ce qu’il faudrait faire c’est d’essayer de comparer ces risques pour voir si la position du professeur Raoult n’offrirait pas beaucoup moins de risques que l’attente d’une vérification du traitement par la méthode orthodoxe.

-Du côté Raoult on a des risques cardiaques, mais ces risques sont bien connus, et on peut par des contrôles réguliers des patients, les limiter et les traiter quand ils se produisent. La Chloroquine est employée depuis longtemps avec succès dans le paludisme, et elle est employée bien qu’elle puisse avoir des effets secondaires.

- Du côté des tenants de l’orthodoxie, on a, si on attend les résultats de l’expérimentation,  au moins plusieurs semaines de délai avant un résultat éventuel, et pendant ce temps des personnes non traitées meurent : combien ? On ne sait pas, bien sûr. Combien, du fait de ce délai, atteindront une phase aigüe qui leur aurait peut-être été évitée avec le traitement du professeur Raoult ? On ne sait pas davantage.  Ces risques liés au respect intransigeant de l’orthodoxie devraient être pris en compte par ses partisans. Mais non, depuis que je vois se dérouler les débats , je ne les vois jamais (mais peut-être que cela m’a échappé) évoquer et encore moins tenter d’évaluer les risques de leur propre position : ils ne voient que ceux du traitement Raoult. Leur raisonnement est biaisé.

Pourtant on a d’un côté des risques connus et traitables. De l’autre, des morts, des malades graves dont on n’a aucune idée du nombre. En tant que profane, je choisirais sans hésiter d’être traité selon le protocole Raoult et je n’aurais pas envie d’attendre (combien de temps ?) pour bénéficier d’un traitement validé selon l’orthodoxie académique !

J’ajouterai, toujours en tant que profane, que je trouve choquant, dans une période de crise et de grande urgence, de tout subordonner à des expérimentions impliquant l'existence d'un échantillon de patients à qui on n’administre qu’un placebo, à côté de celui qui reçoit le traitement ; ces patients à placebo sont, sans qu’ils en soient informés, abandonnés à leur sort.  Ils sont des « objets de recherche » selon les termes du professeur Raoult, qui lui, voit dans ses patients des personnes qu’il faut soigner.

            Et il y a encore quelque chose qui me paraît aussi très choquant : c’est qu’on apprend que l’on n’avait pas lancé de protocoles de validation du traitement du professeur Raoult : en effet, il avait bien précisé :

-1-que ce traitement devait être donné dans les phases les moins graves de la maladie

-2- qu’il devait être accompagné d’azithromycine, un antibiotique.

Or, les autorités de santé ont d’abord refusé de lancer un test de validation du traitement Raoult : selon Le Canard enchaîné, l’étude européenne « Discovery » qui a débuté le 23 mars, ne prend en compte que la chloroquine et seulement sur des patients sévèrement atteints. Et les CHU d’Amiens, Tourcoing et Valenciennes n’étudient que l’effet de la seule chloroquine et seulement sur les malades à risque élevé d’évolution défavorable. Idem le Haut Conseil de la santé publique ne prévoyait la chloroquine que pour les malades graves.

Autant dire que tous ces processus ne testaient en aucune façon le protocole utilisé par le professeur Raoult. Et qu’il y avait donc de la part des « orthodoxes » beaucoup de mauvaise foi lorsqu’ils disaient qu’il fallait attendre la validation de ce traitement, puisqu’il n’était pas testé. On pouvait attendre longtemps !! Et alors même qu’il n’y avait pas d’autre traitement pour le moment!

Heureusement , le président a  passé outre et ordonné que l’on teste le protocole Raoult tel qu’il est. Le ministre de la santé a demandé aux CHU de Montpellier et d’Angers d’expérimenter la recette Raoult. Ouf !!!

Et on va bientôt connaître le résultat du traitement sur un millier de malades à Marseille.

J’espère que le refus de lancer la validation du protocole Raoult n’aura pas été responsable de morts, mais je suis bien pessimiste là-dessus.

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