Liste UE présenté par l'Union des démocrates musulmans français

Election des députés européens de 2019. Digressions sur la liste numéro 34 "Une Europe au service des peuples" présentée par l'Union des démocrates musulmans français, parti fondé en 2012 par Nagib Azergui.

Le parti UDMF a été crée en 2012, il a quelques élus, dont un conseiller municipal à Bobigny en 2014 (avec le soutien de l’UDI). Il a fait quelques résultats lors des élections régionales de 2015, à Mantes-la-Jolie (plus de 9 % des voix), Sartrouville (17,6 %) ou encore Poissy (16 %).

Première remarque : La 34 ème liste européenne menée par Nagib Azergui président et créateur de l’Union des Démocrates Musulmans français (UDMF) cache son jeu. Nulle mention de son "origine musulmane" dans son intitulé, elle s’appelle « une Europe au service des peuples ».

 

 

Deuxième remarque : Quel est le programme de cette liste ? Voilà ce que déclarait il y a peu Nagib Azergui à LCI :

 "Nous avons toujours eu pour ambition d’être présent à chaque élection, c’est une continuité, nous souhaitons que les Français s’habituent à voir un parti comme le nôtre dans le paysage politique", nous explique Nagib Azergui, son fondateur. La vocation de l'UDMF : "Que l'on intègre que les Français de confession musulmane sont des Français à part entière et non pas des Français à part". 

"J’ai fondé le parti parce que j’en avais marre de voir que l’on parle matin, midi et soir du "musulman", nous explique Nagib Azergui, également tête de liste aux européennes. "Sur le terrain politique, c’est devenu l’argument électoral numéro 1. Au début, c’était limité à l’extrême droite mais cela s’est généralisé. L’islamophobie, la détestation du musulman, est devenu quelque chose d’acceptable dans la société", regrette le jeune homme issu de Nanterre et d’origine marocaine. "En l’espace de 10 ans, on observe une radicalisation des esprits. C’est cela qui m’a poussé à tirer la sonnette d’alarme."

Il s’agit donc d’inscrire dans le paysage politique de France un parti dont les adeptes sont caractérisés par leur militantisme religieux. Il rajoute : « Que l'on intègre que les Français de confession musulmane sont des Français à part entière et non pas des Français à part », comme si il y avait le moindre doute à ce sujet.

Hors il se trouve que la loi de 1905 dans son premier article « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. », garantit à tous les croyants (et non croyants), la pleine égalité de citoyenneté française dans notre République. Si certains personnages, groupuscules, partis, mouvements, pensent, disent ou pratiquent le contraire, ils sont hors la loi et doivent simplement être traîner devant les tribunaux.

 

 

Troisième remarque : On peut trouver sur la page d’accueil de l’UDMF ceci :

Le parti est régulièrement taxé de communautaire par la classe politique française mais l'UDMF se revendique comme un mouvement non confessionnel, laïc et profondément républicain. Son fondateur, Nagib Azergui compare notamment l'UDMF à l'Union Chrétienne Démocrate en Allemagne ou au Parti chrétien-démocrate en France "On peut nous comparer au Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin. Nous sommes, comme le PCD, un parti d'opinion qui se base sur un héritage culturel et historique. Nous défendons une laïcité respectueuse".

Il défend l'idée d'un parti politique arborant de façon décomplexé les mots « Démocrates » et « Musulmans » afin d'enrichir les débats et mieux combattre les préjugés de certains politiques. Cette pensée est résumé par le slogan :

" A un problème POLITIQUE, une réponse POLITIQUE ! "

Déjà la comparaison avec le parti de Christine Boutin, cette catholique intégriste, augure mal de la soi-disant laïcité de ce parti. N’y aurait-il pas le souhait au retour à une certaine ingérence de la religion dans la société civile et dans les institutions comme avant 1905 ? Car c’est cela qui est le programme principal de Boutin.  

Puis on peut se demander ce que peut bien être une "laïcité respectueuse". Respectueuse des lois coraniques ? Ce respect ne veut-il pas dire aussi le retour à l’interdiction de la critique religieuse et du blasphème ? On nous parle d’un héritage culturel et historique, j’ai plutôt l’impression que cet héritage culturel est cultuel, un héritage fait de domination des peuples par quelques seigneurs au nom de cultes révélés. Il est hors de question que je pratique une laïcité respectueuse ou accolée à un autre adjectif qualificatif dont la présence n’a comme objectif que d’en diminuer la portée, je pratique la laïcité, point. Elle comprend le respect du aux personnes croyantes et non croyantes, mais pas celui aux cultes, sources de tant d’oppression et d’obscurantisme de l’humanité, faudrait pas confondre.

  

Quatrième remarque : je ne trouve pas de programme pour cette liste « Une Europe au service des peuples ». Ni sur le net ni dans le blog médiapartien de Nagib Azergui. Cela va sans doute venir.

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