Retour à la vie normale d’ici mi avril ? Le gouvernement doit préciser son scénario

Lundi 1er mars, à l’occasion d’un échange avec un jeune dans un centre de formation à Stains, Emmanuel Macron déclarait qu’il fallait « tenir encore quelques semaines, quatre à six semaines ».  Constitutionnellement, peu importe son propos puisque le président de la république ne détermine pas et ne conduit pas la politique de la Nation, pas plus qu’il ne dispose de l’administration. Cependant, Gabriel Attal, porte-parole du Gouvernement, a abondé dans le même sens deux jours plus tard en évoquant un retour à une certaine normalité dès mi-avril. Il déclarait ainsi à l’issue d’un « conseil de défense » :

« Mon message est clair : tenons bons, ne nous résignons pas après tant d’efforts. Nous allons encore affronter des épreuves, c’est vrai, mais pour la première fois depuis des mois maintenant, le retour à des vies plus normales est en vue. Nos sorties, notre sport, notre culture, tous nos exutoires, tous ces lieux qui font notre vie sociale rouvriront. Nous les retrouverons. Nous commençons à mesurer les effets de la vaccination sur l’épidémie. [La campagne de vaccination s’accélère après des personnes les plus fragiles]. Protéger les plus fragiles, c’est, je le redis, protéger notre hôpital. Et protéger notre hôpital, c’est nous donner une chance de pouvoir desserrer le plus rapidement possibles les contraintes qui pèsent sur nos vies quotidiennes et qui pèsent sur le pays depuis plusieurs mois. Il ne s’agit pas d’un horizon lointain et incertain, il s’agit d’un horizon de plus en plus proche, peut-être, nous l’espérons, dès la mi-avril […] ».

En lisant attentivement cette déclaration, il apparait, de toute évidence, que le retour à la normalité est présenté comme la conséquence d’un allègement de la pression hospitalière induite par le déploiement de la vaccination. Dès lors, la cible de mi-avril est-elle crédible ? La question peut se poser au regard des indicateurs publiés mis à disposition par Santé publique France.

Du côté des raisons d’espérer, le nombre de nouveaux cas positifs détectés a été divisé par deux depuis un mois chez les plus de 90 ans. Il a baissé d’un tiers pour les octogénaires. Ce résultat se traduit aussi par un recul du nombre d’hospitalisés dans ces tranches d’âges, en recul respectivement d’un quart et d’un cinquième. Ces baisses constituent incontestablement le signe que la vaccination est efficace pour prévenir les cas graves, si ce n’est la maladie elle-même. Des études étrangères, par exemple en Israël ou en Ecosse, en attestent également.

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D’ici fin mars, le gouvernement – qui vient de découvrir qu’en situation d’urgence, il peut être raisonnable de travailler aussi le week-end - espère vacciner près de 10 millions de personnes. Or, à ce jour, les personnes non vaccinées de 70 ans et plus sont, ensemble, près de 8 millions. Les sexagénaires non vaccinés sont presque aussi nombreux. C’est dire que la plupart des moins de 69 ans ne devraient pas être protégés à temps pour voir les effets de leur vaccination d'ici mi-avril. Or, le rythme des nouvelles contaminations continue de progresser chez les moins de 69 ans. Ces derniers occupent déjà un tiers des lits « covid » à l’hôpital, en hausse de 7% depuis le 1er février, et ils occupent 60% des lits de réanimation, en hausse de 28% depuis le 1er février.

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Prises ensemble, ces tendances peuvent faire douter d’une baisse significative de la pression hospitalières dans les six semaines qui viennent. Or celle-ci constitue, le phare (discutable) de la politique sanitaire depuis un an et Gabriel Attal continue d’en faire la pierre angulaire de son raisonnement. De ce fait, peut-on vraiment rêver à l’échéance qu’Emmanuel Macron et Gabriel Attal nous annoncent ? Pas sûr… 

Pour être crédible, le gouvernement devrait donc rendre publiques les hypothèses qui sous-tendent son scénario de sortie de crise sous quatre à six semaines : qui pense-t-il pouvoir vacciner et à quel rythme, par groupes de population cibles ? Sur quelle évolution du taux d’incidence table-t-il pour ces populations ? Comment les taux d’occupation hospitaliers sont sensés évoluer pour nous redonner nos libertés ? Vu le poids donné aux experts dans la gestion de cette crise, on ose imaginer qu'une simulation a été faite au ministère de la santé, qui dispose de toutes les données pour la faire et d'un service statistique ministériel compétent pour cela, la DREES. Que cette simulation soit publiée ! Au-delà de la crédibilité, il en va de la transparence de la prise de décision visant nos libertés fondamentales.

La politique de sortie de crise que nous propose le gouvernement semble aussi binaire. Celle du tout ou rien. Une autre politique de retour progressif à la normale serait possible : celle d’un retour à la gestion territorialisée de la crise qui permettrait de supprimer dès maintenant les mesures sans fondement sanitaire, en commençant éventuellement dans les régions les moins touchées, celles de l’ouest de la France, qui pourraient ainsi servir de tests à la réouverture de tous les commerces, des musées, des salles de spectacle et des cinémas, avec masques et jauge, ainsi qu’une réouverture des restaurants sur réservation et avec jauge. Et puisque le gouvernement, comme l’évolution des courbes épidémiques, n’ont pas montré d’efficacité du couvre-feu ramené à 18h, le respect des libertés publiques devrait aussi conduire à le repousser à 19h ou 20h. En contrepartie, parce qu’il a montré son efficacité en Guyane et parce qu’il faut avant tout limiter les réunions de famille et entre amis dans les zones les plus touchées, un confinement systématique le week-end pour les territoires franchissant un certain seuil d’incidence serait justifié.

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