Mélenchon - La verticale de la haine

Que traduit le verbe si personnel et violent de Mélenchon ? Une fascination du pouvoir vertical - un cri de joie haineux. La gauche en collège ? En forum ?

Que traduit le verbe si personnel et violent de Mélenchon ? Une fascination du pouvoir vertical - un cri de joie haineux. La gauche en collège ? En forum ? 

Mélenchon - La verticale de la haine © Danyel Gill Mélenchon - La verticale de la haine © Danyel Gill

 Mélenchon dans sa cuisine.

En Russie, le lieu privilégié de l’expression libre de ses opinions politiques, c’est la cuisine. Votre collègue devant la machine à café saura parfaitement formuler le discours officiel attendu, puis le soir, en confiance exprimer son opinion : «  oui, bien sûr, les petits bonhommes verts en Crimée, c’étaient les nôtres, ceux du Donbass aujourd’hui ce sont les mêmes, t’inquiète, on a compris… ». Cet art de l’ambivalence du discours, répond symétriquement au double niveau de langage du pouvoir, entre la version officielle et le message indirect qu’il veut faire passer. Le verbe en russe est une science, il a une forme en cours d’action perfectible, une forme achevée imperfectible. On pourrait dire qu’il en est de même dans la verbalisation du discours officiel comme des opinions.

Depuis sa cuisine, dans l’intimité de son blog, Mélenchon en confiance avec ses certitudes a écrit un billet assassin au sujet du meurtre de l’illustre inconnu de son omniscience, Boris Nemtsov. Il s’agit tout simplement, des lignes les plus violentes jamais formulées par un homme politique de gauche et dans un contexte qui exige de la prudence et du discernement. Elles expriment pour le coup un véritable parti-pris, une ignorance et un refoulement de la complexité des enjeux et plus inquiétant, une forme lointaine d’inspiration complotiste.  Mais, ce n’est pas tant ce qu’elles disent finalement qui compte ici mais ce qu’elles révèlent en creux : une certaine fascination pour une pratique verticale du pouvoir et un manque flagrant de maitrise de soi, où l’homme (d’état ?) s’abandonne à sa haine.

La brutalité de son verbe ne connait décidemment que le mode perfectif et sans nuance achevée, il est temps pour nous de lui signifier : «  oui, t’inquiète, on t’avait déjà compris, la gauche au pas au service de ton ambition et ta haine euphémisée en colère ! ».

 

 

De la verticale.

Pendant ce temps, l’espoir renait à gauche. Syriza, c’est quoi ? Un collège.

Une coalition des gauches enfin réussie, inspirée par des intellectuels et des relais de militants associatifs locaux, une organisation transversale en chambre et qui a su créer l’enthousiasme. Condamnation des élus corrompus, condamnation des puissants affranchis. J’ajouterai perfide : pas un sénateur dans les rangs, pas de respect républicain malsain pour un oligarque marchand d’armes et tricheur des institutions.

Le Parti de Gauche, c’est quoi, qui ? C’est pratiquement Mélenchon en personne, rompu à toutes les turpitudes et compromissions du pouvoir, au garde à vous et vertical!

A l’heure où d’autres refusent la cravate, insigne ridicule taché de gras et assume leur émancipation par l’abandon de ce symbole du conformisme et de la doxa dominante. Nous, on a Mélenchon, encore assez inspiré par l’uniforme militaire anachronique d’un  commendante. Je reconnais à Chavès, d’avoir réalisé des réformes sociales ambitieuses, salutaires et nécessaires pour son pays. Mais peut-on tout de même interroger sa pratique du pouvoir ? Liberté d’expression ? Autoritarisme?  Pour Mélenchon, non, propagande américaino-yankee ! Et selon son expression viriliste d’un autre âge, ce n’était pas « un capitaine de pédalo » ce fameux commendante. Dans son esprit, lui au moins, il avait de la verticale dans le caleçon mais surtout c’est à prendre en bloc et « tu fermes ta bouche de petit stagiaire ». Il nous impose en modèle de son inspiration un commandant comme subjugué par sa puissance mal placée.

Que ne s’est-t-il pas inspiré d’un Moralès? D’un José Mujica ? Le modeste président pauvre, qui sans bénéficier d’une rente pétrolière a réussi simultanément des réformes sociales et sociétales qui marqueront à jamais l’histoire de son pays. C’est sans aucun doute l’expérience socialiste la plus aboutie en Amérique du sud, la plus riche d’enseignements et la plus inspirante. Non, Mélenchon est aveuglé par la fureur de la verticale, le vacarme du pouvoir.

Au-delà de la cravate tachée et de l’uniforme kaki, il est largement temps de commencer à interroger sérieusement sa fascination et sa pratique du pouvoir en général et en particulier au sein de la gauche.

 

De la haine.

Et pendant ce temps, l’espoir n’en finit pas de renaitre à gauche. Podemos, C’est quoi ? Un forum.

Ce n’est pas la verticale d’un commandant mais des cercles. Une coordination de cercles locaux, de groupes ouverts, d’idéologies différentes, des gens de milieux sociaux variés : un continuum social et intellectuel. C’est la parole partagée, participative, directe, simultanée, connectée et le quotidien transformé en matériau politique. Ça vient d’ «  en bas », ça remonte, c’est une fête horizontale et la réappropriation enthousiasmante du débat.

Le Parti de Gauche ? Son site par exemple? Sa vitrine est le miroir du blog de Mélenchon. Vérifiez les contributions, comparez… C’est fait ? Vertical, non ?...

Alors, j’ai bien conscience qu’un humain doit à un moment incarner le projet d’un parti ou d’un ensemble et avoir le talent de le porter. Est-ce que cela doit être toujours le même ? Pas certain. Mais, de toute façon,  l’œuvre à venir de cette gauche collective ne sera plus celle, par essence, de ceux qui parlent le plus fort.  Qu’elle que soit la formule « collège » ou « forum », le visage et le verbe de celui ou celle qui fera vivre un jour avec sagesse ce projet devra être en harmonie avec cet esprit.

Le visage vertical du commandant Mélenchon ? Le verbe si personnel de Mélenchon au service de cet esprit collectif ? Mais, ni son verbe ni son visage ne comprennent rien à cet horizon : « Un collège ? Un forum ? Pfff.. C’quoi c’truc ? Mais pour quoi faire j’ai déjà un blog !? Non, il est participatif, c’est faux, tout le monde a droit de le lire enfin…Bah, bien sûr, même réuni en collège, encore faux ! T’es journaliste ou quoi ?…Ah non ! Par contre, pas de commentaires…Bon, alors d’accord mais c’est moi qui modère…Bon allez les enfants, sortez de la cuisine maintenant…Voilà, vous avez encore réussi à m’énervez là…Béhémot! Viens là mon chat!...».

Quand une hétérodoxie s’adresse à un conformisme, il y a mécaniquement friction et les haussements de ton dans ces moments je peux parfois les comprendre.  Mais l’agression, l’excès, l’arrogance, le mépris, tous répétés à en perdre le compte, finissent par dénoter d’un certain manque de maitrise de soi dans l’espace du débat.

Et dans celui de sa cuisine, dans son intimité? Le vrai Mélenchon, seul, caressant son chat le fait encore aboyer. Et ne me dites pas que c’est la passion qui l’emporte, non, c’est la raison qui l’abandonne. Son verbe perfectif violent pour habiller ses approximations et son ignorance sur la mort d’un illustre inconnu qui était loin d’en être un. L’horreur de son verbe comme décor de ses certitudes au mépris des 80 morts du peuple ukrainien à Maiden libéré seul d’un kleptocrate autoritaire vertical. Et encore 6000 morts ukrainiens refoulés pour remplir son crachoir dans une guerre qu’ils n’ont pas voulu. Que devient le verbe de Mélenchon quand la complexité du contexte et des enjeux réclament sagesse et réflexion ? Un hurlement pathétique, un cri de joie haineux.

Le décrochage intellectuel d’un capitaine de radeau à la dérive...

Personnellement, il vient de me quitter et repose à jamais dans ce Panthéon si loin de nous : la Troll Factory de Saint Petersbourg, cette « usine de haine et d’intolérance » comme l’appelle les russes. Et pour preuve, ses derniers propos ont été jugé suffisamment haineux et verticalement compatibles pour se retrouver avec honneur immédiatement recyclés par la monstrueuse machine de guerre de la propagande russe. Ils font dorénavant partie du décor médiatique et de l’argumentaire de ce régime autoritaire. La verticale de la haine. Vertigineux !

 Et pendant ce temps...

Et pendant ce temps, ailleurs, la gauche sème et récolte. Et nous ?! Un épouvantail cynique en plein champs insiste encore et nous chante l’espoir. Enfin, celui de ses ambitions et tant pis pour les morts en cuisine et nous autres qui ne sommes que l’illustre inconnu de son champs d’honneur.

Il suffit maintenant de cette soumission aux outrances de ce petit boutiquier arrogant ! Nous sommes dignes à gauche d’être représentés dignement ! Nos idées sont respectables et chaque parole pour les dire doit leur rendre hommage. Nos projets sont courageux et par nature réclament, l’exigence et l’ambition de chacun uniquement au service de ce bien commun, pour leur donner vie et non les offenser. Ces idées font ce que je suis et chaque fois que ce monsieur agresse, éructe ou crache sur un mort c’est ma personne qu’il blesse, la gauche que l’on stigmatise, nos idées et nos espoirs qu’il étouffe de sa haine !

Qu’il s’en aille !

 

L'angle mort des pleutres ( suite ): Qu’inspire le visage politique de Mélenchon ? L’absolutisme de la légitimité – Le Beau Commandant. La gauche est digne d’être représentée dignement ! Vers un dépassement ? Une émancipation ?  Partie 2 sur 2.

La Gauche de Vichy subliminaleRetour sur la relation Mélenchon – Buisson. Une compromission innommable - Pour une fin des ambiguités.

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