Plaidoyer pour la constitution d’un ensemble d’assemblées évolutionnaires

La proposition: constituer une dizaine d’assemblée évolutionnaires regroupées sous l’égide d’un conseil du progrès... pour aider à la construction d’un futur désirable et durable dans le contexte de l’urgence climatique. Ce texte est une esquisse de  proposition  concrète pour un progrès durable et écologique.

 Je décris donc ci-dessous la proposition: constituer  une dizaine d’assemblée évolutionnaires regroupées sous l’égide d’un conseil du progrès, notion que je précise plus loin. Ces assemblées feront la part belle au monde de la recherche pour aider à la construction d’un futur désirable et durable dans le contexte de l’urgence climatique.

A vous chers lecteurs de la faire évoluer. Emparez vous de cette ébauche et faites la advenir.

A diffuser sans mode ni ration.

 

Mon point est le suivant. Il nous faut, nous scientifiques, intellectuels, ou autres artistes et citoyens qui dans l’immense majorité sommes convaincus que le monde actuel n’est pas tenable, faire acte de propositions concrètes pour que le monde d’après-demain ne ressemble ni à hier ni à celui  qui nous attend demain si nous ne faisons rien dès aujourd'hui. Beaucoup d’esprits brilliants ont écrit très tôt sur ces sujets, et nombreux restent  ceux qui continuent d’analyser et de  critiquer avec justesse notre civilisation  capitaliste vouée à l’agonie. Mais il y a urgence à passer enfin  à l’action et à risquer des propositions.

S’il est indéniable que la crise actuelle aura au moins eu le mérite de remettre au premier plan la parole scientifique (et je ne parle pas de la mode des savants de Marseille), il est impératif  qu’elle reprenne cette place légitime auprès des ‘décideurs’. En somme, lui conférer non pas une parole politique mais une « meta-parole » politique influente. Par voie de conséquence, elle diffusera  davantage auprès du  grand public, à minima en élargissant encore le socle du rôle pédagogique et éducatif que doit jouer la recherche. Notre monde est infiniment complexe, il faut l’expliquer. C’est également notre seule chance de s’oppposer aux idées recues et aux infox quotidiennes dont se nourrissent les populismes latents.

La crise actuelle nous démontre, en tout cas c’était visiblement nécessaire pour certains, combien l’écoute de la parole du chercheur doit etre remise à sa juste place: celle d’un éclaireur informé, qui utilise son travail quotidien pour nous aider à comprendre notre monde mais également pour tenter d’expliquer les limites de notre connaissance. Il est force d’anticipation, et de part la méthodologie scientifique qu’il applique, garant de la plus grande objectivité possible dans ses critiques.  Tout ce qui nous arrive était déja prévu de longue date par des chercheurs de tous bords,  qu’ils soient sociologues, anthropologues, spécialistes de science politique, botaniste, philosophe, physico-chimiste des sols, ou autre cancérologue ou pneumologue, ils se sont penchés avec sérieux sur  leurs sujets pour les analyser, calculer, modéliser  et les comprendre autant que faire se peut.

Ainsi, ils ont depuis des décennies  alerté le monde sur la disparition des espèces et de la biodiversité, sur les conséquences de la pollution, dénoncé les méfaits de notre société de sur-consommation, analysé la perte de sens de nos modes de travail, le réchauffement climatique, les migrations massives à venir, les virus émergents, le trou dans la couche d'ozone,  les  déviances  de la mondialisation, l’appauvrissement des sols lié à l’agriculture intensive, et j’en passe.

Ces éléments de comprehension fine sont cruciaux pour pouvoir dessiner le monde de demain. Pour cela, il est urgent d’unir nos forces, nos expériences et nos visions et de nous donner les moyens de confronter concrètement  nos analyses, notre connaissance mais également nos reves ou nos utopies pour mieux appréhender les enjeux du futur de la société que nous désirons et au passage faire rêver à nouveau le grand publique. Car qu’est ce qu’une société qui ne rêve pas? C’est une société en état de mort cérébrale. C’est une des raisons de notre attentisme actuel face à la crise existentielle que nous traversons.

La mort du désir. 

Comme je l’ai dit, beaucoup d’entre nous sont convaincus de l’absurdité du monde dans lequel nous vivons et de sa non soutenabilité. Toutefois, la perspective plus raisonnable d’une décroissance percue comme telle, n’est pas une pensée réjouissante et elle invite (au  mieux) à la  contemplation coupable  plutot qu’à l’action passionnée…

Nous savons que la société de demain appelle des  changements radicaux perçus non pas comme des progrès mais comme  des renoncements, donc des échecs ou retours en arrière. Il nous faut probablement renoncer à notre confort occidental, renoncer à consommer si frénétiquement tant de nouveautés qu’elles soient matérielles ou virtuelles, renoncer à voyager si fréquemment, renoncer à certaines ‘innovations’ numériques, renoncer à tant de folies addictives….et devenir raisonnable…quel ennui…

 Pourtant, le progrès est l’essence de l’homme, son carburant.

Par dessus le marché (!), notre civilisation est pétrie de ces injonctions au rendement, à l’efficacité et à l’excellence, et à la productivité comme valeurs supremes déterminant les autres. Ces valeurs érigées en dogme ont abouti à l’avènement de notre monde capitaliste et auquel nous sommes tous plus ou moins drogués: travailler parfois sans réfléchir, consommer, multiplier toujours davantage les expériences...

Renoncer à tout cela semble une hérésie.  En réalité, le monde de demain est bien plus stimulant qu’il n’y parait, les marges de progressions de notre société pour la rendre plus écologique, équitable et durable sont immenses et un formidable défi. Là réside le véritable progrès, par opposition à l’innovation délétère (ou au mieux stérile) sur laquelle nous vivons. Penser chaque action comme une forme causale, ou chaque cause actuelle produit un effet dans le futur, et inscrire toute décision dans le très long-terme, armé des connaissances du présent, voila un  progrès désirable, le progrès durable.

Par chance, forcés à l’introspection et à l’analyse en ces temps de crise du COVID (dûe qu’au vide?) ce confinement devient une aubaine pour nous mobiliser, tous autant que nous sommes, il nous faut transformer notre frustration, notre  colère, notre déprime, notre fatalisme  en énergie verte ou plutôt verte-tueuse!

Nous, chercheurs, nous sommes armés pour cette guerre, car c’est ici, M. Macron, que se joue cette guerre s’il y en a une… Alors nous, chercheurs, choisissons la réssistance, l’armée des Lumières en quelque sorte.  

Les défis sont innombrables  et si complexes qu’ aucun homme aussi providentiel soit-il n’est à meme de les relever.  Nous savons qu’il nous faut dès à présent analyser, et orienter les choix énergétiques du futur, repenser nos modalités de déplacement et d’interaction, nos modes de fabrication, de consommation, repenser l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement du territoire, réexaminer notre rapport à la technologie, à l’alimentation, à l’agriculture, au monde animal, redéfinir  la notion même de travail et notre relation à l’intelligence artificielle émergente ainsi qu’aux tendances transhumanistes,etc..

Les innombrables réponses qui peuvent etre apportées, qu’elles soient d’ordre structurelles, technologiques ou sociologiques, requièrent tout  autant d’arguments  contradictoires, et appellent des analyses fines à mener collégialement, alimentées en particulier  par des  connaissances scientifiques multiples, mais sous  la contrainte extrêmement forte que la solution  minimise notre empreinte écologique tout en maximisant le bien-être du plus grand nombre, notion qu’il faudrait d’ailleurs définir précisément…Et c’est justement sous la contrainte qu’apparaissent les solutions évidentes. En leur absence, aucun choix n’est plus évident qu’un autre et l’on est réduit à un consommateur hagard au rayon chocolat de l’hypermarché: bref, expérimenter le vertige du choix sans désir, le supplice de l’Homme moderne. Fort heureusement, la publicité et le marketing  sont là pour nous guider...et c’est ce qui va vous décider d’opter pour  le chocolat Poulain plutôt qu’un autre. Pour cette même raison, nous ne pouvons attendre que les choix raisonnables viennent  du pouvoir politique, trop acoquiné (ou contraint) qu’il est avec les lobbys ou les industriels, trop accroché aussi  qu’il est  à sa croissance dénuée de  sens, telle une truite sur son hameçon.

S’il doit bien exister des femmes ou hommes  politiques convaincus que la transition écologique est désormais la chose la plus urgente qui soit, qui pour avoir le courage ou la légitimité  demain de limiter nos déplacements, inciter fortement à la réduction de notre consommation superflue, rationaliser nos besoins énergétiques etc?

Personne.

Nos politiques restent trop peu audacieuses et créatives aussi parce que tenues par des échéances politiques favorisant le court-termisme. En somme, pour tout un tas de raisons plus ou moins bonnes mais très bien connues, rien ne se passe alors qu’il faut que quelque chose se passe si l’on veut éviter que l’on trépasse.

En résumé, une grande partie des chercheurs, des intellectuels, des artistes et mieux encore d’un grand publique grandissant a aujourd’hui pleinement conscience que notre civilisation doit changer, il nous faut dès à présent agir et passer aux solutions concrètes, quitte à forcer le destin…

 

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Je décris donc ici une proposition en vue de la formation d’un nouveau conseil du progrès dont la structure devra lui permettre d’agir comme un véritable contre-pouvoir, à l’image du conseil constitutionnel, mais aussi comme un organe d’état qui devra rendre des avis et préconisations à observer. Ce conseil du progrès sera constitué  d’une dizaine d’assemblées évolutionaires d’une centaine de personne chacune.

  • Qu’est-ce qu’une assemblée évolutionnaire?
    • Une assemblée évolutionnaire est un regroupement thématique formé d’une centaine de personnes dont une majorité  de chercheurs qui traitera du progrès durable dans une thématique bien définie
    • Une assemblée traitera par exemple  de la question de l’alimentation et de l’agriculture, une autre des transports et du territoire, une
    • autre de l’énergie, une autre de l’habitat et de l’urbanisme, etc…
    • Elle devra examiner toutes les demandes dans l'optique d'un progrès durable en interrogeant nos usages et en proposant des pistes concrètes d'amélioration de notre empreinte écologique dans chacune de ces situations.
  • Combien de temps durera une assemblée?
    • Chaque assemblée travaillera pendant une année pleine.
    • Tous les ans,  les thématiques choisies seront si nécessaire modifiiées ou renouvellées.
    • Toutes les  assemblées seront constituées par une centaine de personnes dont la mandature durera 1 an.
  • Comment seront choisis ses membres?
    • Afin d’éviter toute collusion, 90% de ses membres seront déterminés via une procédure fondée sur le volontariat aléatoire.
    • 60% au moins de celles-ci devra etre composée de chercheurs de tout poils, on y melera par exemple  historiens, sociologues, antrhopologues, spécialiste de numérique, de physique, de médecine ou de science politique, d’économistes, ou de biologistes.  Quelque soit l’assemblée, ses catégories devront nécessairement etre diverses afin qu’une discipline  ne soit pas en sur-représentation.
    • 30% seront représentées par la socité civile (hors scientifiques) et ses experts anonymes du terrain.  De l’agriculteur à l’infirmière, au sans-emploi en passant par tel ou telle entrepreneuse en batiment
    • Ces 90% seront tirées au sort sur la base d’un volontariat par catégorie: 
      • Les personnes volontaires devront candidater  à l’assemblée dans la catégorie qui leur correspond (chercheur ou société civile) sur le profil leur correspondant. Ils seront ensuite tirés au sort dans chaque catégorie. 
      • Un système de maintien de salaire mais également de retour à l’emploi   devra être   mis en place afin que cette année de travail n’impacte pas leur retour à l’emploi, meme dans le cas des professions libérales.
    • Enfin, les 10 % restants seront désignés pour moitié par l’assemblée lors d’un vote et pour moitié par le représentant  de cette assemblée afin d’y ajouter des personnalités clefs qu’elles jugeraient indispensable au sujet concerné.
  • Y aura-t-il un lien entre différentes thématiques de différentes assemblées?
    • Chaque assemblée éliera parmi ses membres  un nombre restreint de médiateurs (5 ou 6) dont la fonction sera de faire circuler les idées entre les différentes assemblées au fur et à mesure de l’avancée de leur travaux.
    • Cette transversalité sera nécessaire afin que les propositions des assemblées soient cohérentes et compatibles entre elles.
  • Comment fonctionnera le conseil du Progrès?
    • Mes connaissances en droit étant extremement réduites, je suis certain que d’aucuns trouveront largement à amender la partie qui suit…
    • Le conseil du progrès sera représenté par les responsables de chaque assemblée évolutionnaire, donc par une dizaine de membres. Ces membres seront désignées par le président de la République pour une durée de 2 ans. Ils devront veiller au bon fonctionnement de l’assemblée dont ils sont responsables et rapporter leurs travaux.
    • Le conseil du progrès aura un role de contre-pouvoir analogue à celui du conseil constitutionnel. Cependant, il  devra bénéficier de délais supplémentaires pour examiner les projets de loi si nécessaire. Il pourra être saisi par le gouvernement ou par la société (via un protocole de pétition) de questions spécifiques qui donneront lieu à des propositions au gouvernement
      • Si le gouvernement devait ne pas suivre l’avis du conseil du progrès   suite à une saisie par une pétition, il devrait alors s’en remettre aux francais au moyen d’un référendum à  ce sujet.

 

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Ceci est un embryon de proposition dont j’espère chacun pourra s’emparer afin de la faire évoluer dans un sens que nous jugerions meilleur. Il y a tant d’énergies, d’initiatives et d’idées en chacun de nous, chacun peut et doit contribuer à un futur meilleur pour nous et nos enfants. Je vous propose donc de vous emparer de mon texte et de l’amender ci-dessous dans des copier-coller et tentons de converger notre proposition avant de la soumettre par exemple en pétition.

Et n’hésitez pas à diffuser autour de vous.

 

Cédric Poulain,

Chercheur.

 

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