La Chine : un acteur économique irresponsable ?

La presse bruisse d'une trêve entre la Chine et les USA, un an après le début d'une guerre commerciale enclenchée par Donald Trump. En mars 2018, le président américain utilisait l'argument de la sécurité nationale pour appliquer des droits de douane sur les importations d'acier et d'aluminium. Mais la Chine fut en grande partie responsable du piège des Etats-Unis.

Retour sur quelques moments-clés d'une guerre commerciale sans pitié : il y a un an, Donald Trump décide d’une hausse massive des taxes sur les importations. Premiers produits visés, l'acier et l'aluminium, deux matériaux indispensables à de nombreuses industries. Pour des raisons de sécurité nationale, le président américain veut sécuriser et augmenter sa production nationale. Il faut dire que dans sa volonté hégémonique, la Chine, premier producteur d'acier et d'aluminium, s’était lancée dans une impitoyable guerre des prix, créée par une surproduction et une surexportation, pensée et planifiée par les économistes chinois. En bref, la Chine inonde le marché mondial avec de l'aluminium et de l'acier à prix cassés. 

En effet, malgré les tarifs américains, les exportations chinoises de produits en aluminium ont atteint des sommets en 2018, de même que les exportations totales d'aluminium primaire et d'alliages, qui ont augmenté de 21% par rapport à 2017. (L'aluminium étant utilisé aussi bien dans l'industrie automobile et aéronautique que pour les canettes de sodas). En surproduisant et surexportant, les Chinois ont ainsi fait baisser les prix et cette concurrence "déloyale" a mis en grande difficulté les sidérurgistes et les producteurs d'aluminium américains et européens. 

Cette stratégie, connue de tous, a été explicitée noir sur blanc par l'OMC et aussi par l'OCDE, qui a rappelé qu'une capacité excédentaire dans des secteurs-clés comme l'aluminium et l'acier déséquilibrait gravement le commerce international. "Traiter le problème de la capacité excédentaire en acier au Forum mondial et étendre ce mécanisme et les enseignements tirés à d'autres secteurs confrontés à un défi similaire devrait rester une priorité ", peut-on lire dans ses Orientations stratégiques (Paris, 30-31 mai 2018). La Chine est donc officiellement fustigée par la communauté internationale pour ses surcapacités. Et les Etats-Unis et l'Union européenne dénoncent régulièrement les subventions publiques de Pékin au secteur.

En juin 2018, l'Union européenne amorce sa riposte et porte le conflit devant l'OMC, en déposant une plainte contre Washington et contre Pékin, "le principal ennemi" selon la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström. Pour cette dernière, les Américains se tromperaient de cible en s'attaquant à leurs alliés traditionnels (L'Europe). "Nous aussi nous avons souffert de surcapacités qui sont principalement causées par la Chine". Surcapacités qui ont pour origine les subventions gouvernementales et les soutiens artificiels de l'Etat chinois à la production intérieure d'acier et d'aluminium. Pour Cecilia Malmström, "l'UE ne choisit aucun camp. Nous défendons un système multilatéral pour un commerce mondial fondé sur des règles", a-t-elle plaidé.

Une Chine qui doit reprendre le chemin du doux commerce

Les Européens entendent dénoncer les graves distorsions du commerce international engendrées par une politique chinoise agressive et un sur-protectionnisme américain. Pourtant, en dépit des déclarations de Cecilia Malmström, le "principal ennemi" n’est pas la Chine, pas davantage les Etats-Unis en soi, mais le protectionnisme. Lors du 20ème sommet EU-Chine les 16 et 17 juillet 2018 à Pékin, le président de la Commission européenne Jean-Claude Junker a d’ailleurs tenté de resserrer ses liens avec l'Empire du milieu, qu’il souhaiterait voir devenir un acteur plus responsable et plus coopératif. Des concessions qui permettraient à l’Union européenne de mieux coopérer avec la Chine et de faire respecter les règles du libre-échange afin de mieux protéger in fine l’industrie de l’aluminium du continent et les consommateurs européens. Rappelons que ces règles de libre-échange permettent à la production globale d'être maximisée au profit de tous les producteurs et consommateurs. Mais lorsque certaines entreprises ne jouent pas le jeu et profitent du système, cela a des répercussions négatives sur des industries entières, ce que la Chine n'a pas arrêté de faire avec le soutien excessif de son gouvernement envers les fonderies d’aluminium.

Cependant, si l'on en croit les prévisions concernant la production intérieure chinoise, rien n'est gagné d'avance. La trêve imminente entre les Etats-Unis et la Chine, tant attendue par la communauté internationale, impliquerait une réduction des droits de douane chinois sur une gamme de produits américains et une suppression de sanctions à l'encontre de Beijing. Mais - et c'est là où le bât blesse - de nombreux experts prévoient que la Chine va augmenter de 3 millions de tonnes sa capacité de production d'aluminium  en 2019. Une augmentation exponentielle qui entraînera irrémédiablement une nouvelle hausse des exportations, une baisse des prix, et par voie de conséquence une détérioration de la situation économique sur le marché de l'aluminium européen.

Face au jeu déloyal de Pékin, l'accord américano-chinois ne sera donc qu'un arrêt temporaire des hostilités. Une trêve de courte durée qui ne présage rien de bon, puisque tous les ferments d'une nouvelle guerre commerciale sont là.

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