Le « miracle » portugais

Au bord de la faillite en 2011, le Portugal affiche aujourd’hui une croissance insolente. Le secret : une politique socialiste à l’exact opposé de celle prônée par Bruxelles.

Le Portugal va bien. Même très bien, n’en déplaise aux défenseurs de la politique d’austérité prônée par Bruxelles. Selon les chiffres officiels publiés le 14 août, le PIB du pays a progressé de 0,5 % au deuxième trimestre, après 0,4 % sur les trois premiers mois de l’année. C’est plus que la moyenne enregistrée dans la zone euro (+ 0,4 %) et en France (+ 0,2 %) au deuxième trimestre.

Et la tendance devrait se poursuivre. La Commission européenne table sur une croissance de 2,3 % cette année après avoir culminé à 2,7 % en 2017 (contre 1,9 % en zone euro et 2,2 % en France). Tous les autres indicateurs économiques sont au vert. Le déficit public est notamment tombé à 0,9 % du PIB (contre 11,2 % au plus fort de la récession !).

Les Portugais, eux, se portent bien également. En deux ans, le taux de chômage est passé de 11,1 % à 7,9 %, et devrait s’établir à 7 % en 2019. Cela fait plus de travailleurs, mieux rémunérés. En effet, le salaire minimum est passé de 530 € à 557 € en 2017, et devrait être porté à 600 € en 2019. Les pensions de retraite et les allocations familiales ont également augmenté, tandis que les impôts sur les bas salaires ont été réduits.

C’est le résultat du virage anti-austérité entrepris par le premier ministre socialiste Antonio Costa, arrivé au gouvernement en novembre 2015. « La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs », pouvait-on lire dans le programme de la coalition de gauche ayant renversé en 2015 la droite au pouvoir.

La solution proposée par M. Costa ? Une politique franchement socialiste visant à stimuler la demande intérieure. Augmentation du salaire minimum, des retraites et des allocations familiales. Interruption des programmes de privation de services et d’infrastructures publics. Diminution d’impôts pour les plus modestes. Réduction du temps de travail des fonctionnaires, qui est passé de 40 à 35 heures. Bref, l’exact opposé de la politique d’austérité exigée par Bruxelles et appliquée par le gouvernement de centre-droit alors que le pays était au bord de la faillite en 2011.

Fort de ce bilan, « le Parti socialiste a obtenu la plus grande victoire de son histoire » dans des élections locales, s’est félicité Antonio Costa à l’issue des élections municipales d’octobre 2017. Le parti a en effet élu 158 maires sur un total de 308, avec 38 % des suffrages dans l’ensemble du pays. Preuve que la gauche a réussi à convaincre les Portugais qu’une troisième voie entre l’austérité et le populisme est possible.

 

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