La campagne en instantané, l'information façon polaroïd

polaroid.jpeg Difficile exercice que de se projeter dans l'avenir, mais il semble acquis que cette campagne 2012 aura fait entrer les médias dans une nouvelle ère. Ce fut déjà vrai lors de l'affaire DSK, c'est désormais certain. L'effet conjugué du net – réseaux sociaux et sites d'infos – des smartphones et des chaînes d'information gratuites en continu nous a fait entrer dans l'ère du live permanent, dans l'ère de la tweet campagne et dans l'ère de l'instantané. Au final qu'a-t-on retenu réellement et en profondeur de cette campagne ? Les belles images du discours du Bourget, l’émotion de la Bastille de Mélenchon, le discours professionnel de Villepinte, voire le « acheter français » de François Bayrou. C'est tout. C'est maigre. Ou plutôt c'est de l'instantané, une information sous forme de polaroïd.
Politiques et médias se sont mis au diapason du rythme de Twitter et des chaînes d'information. « Entrez aujourd'hui dans les appartements des familles les plus modestes, et vous verrez : il n'y a pas de bibliothèque, mais un écran plasma et son décodeur complet branché sur BFM ou i-Télé. La campagne y vit donc en permanence, et c'est une nouvelle façon d'y pénétrer." Et les communicants s'en servent : "Nous avons choisi d'égrener chaque jour une proposition, plutôt que de livrer, comme François Hollande, notre programme en une seule fois, afin d'apporter quotidiennement un élément de nouveauté ", explique d'ailleurs Franck Louvrier -directeur de la communication de Nicolas Sarkozy - à Raphaëlle Bacqué dans Le Monde récemment. Voilà pour les politiques. C'est clair. Toucher le plus de gens possibles le plus grand nombre de fois dans la journée. Un état de fait regrettable puisque l'on perd la cohérence globale et en analyse pour tomber dans le zapping des propositions, mais qui finalement est logique. Logique puisque les politiques s'adaptent aux mœurs des médias.
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En effet, ce sont bien les médias qui ont changé leur façon de raconter l'information. Le live est devenu l'alpha et l'oméga de tout site d'info gratuit qui se respecte. Avec un but : contrer le live -tweet et les chaînes d'information. Aujourd'hui, plus une seule discussion avec des patrons de rédaction ne se passe sans que l'apport du live ne soit évoqué. Mais la question sous-jacente est la suivante : le live est en effet un gros pourvoyeur d'audience, mais est-ce un pourvoyeur de sens ?
Que l'Equipe.fr fasse des live commentés des matches de football, il y a du sens, mais que leMonde.fr, le Figaro.fr, Libération.fr, le NouvelObs.com ou l'Express.fr fassent du live sur la traque de Mohamed Merah en se calant sur le rythme des chaînes d'information, cela interpelle.
Où sont le sens, le tri et la hiérarchisation ? Surtout, si la demande d'information immédiate est entrée dans les mœurs de l'utilisateur et qu'il est logique que les médias y répondent d'une manière ou d'une autre, ce live permanent sur l'ensemble des médias (Radio, TV, Presse, Web) accentue totalement le côté circulation circulaire de l'information, amplifie comme jamais le comportement moutonnier, et donne un sentiment de lire partout la même chose et d'avoir affaire avec des médias qui au lieu de se différencier se confondent. Avec un seul modèle : la chaîne d'information en continu.
Cette ère de l'information instantanée en est à ses prémisses. Certainement que d'ici un an ou deux, les médias se différencieront dans leur façon de faire du live et de raconter l’information en direct. La recherche du sens aura de nouveau le droit de citer. En attendant, comme dans une photo polaroïd, nous manquons dans « l'information-polaroïd », de profondeur de champ.

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