Nous sommes tous dans les Lisières

Difficile de parler du livre d'Olivier Adam. Difficile car tout le monde y est déjà allé de sa petite critique vantant souvent le côté social, la réflexion profondément de gauche sur les pans abandonnés de la France.

Difficile de parler du livre d'Olivier Adam. Difficile car tout le monde y est déjà allé de sa petite critique vantant souvent le côté social, la réflexion profondément de gauche sur les pans abandonnés de la France. Sur cette France pavillonnaire, périurbaine et silencieuse qui a beaucoup voté pour le FN aux dernières élections présidentielles et législatives. Tous ces commentaires, toutes ces observations sont très justes et cette thématique est inhérente à l'excellent livre d'Olivier Adam. Oui les lisières est un excellent livre. Il faut le dire même s'il n'a pas besoin de cela pour se vendre.

Toutefois, s'il est excellent dans la peinture sociale de la France et dans le déracinement d'un homme, il est également réussit dans le portrait d'un quadragénaire à la dérive. Paul Steiner – double d'Olivier Adam – est avant toute chose un homme paumé, fragile, à fleur de peau. Le portrait qu'en fait l'auteur tout au long du livre est touchant et émouvant. Pas la peine d'avoir 40 ans pour se sentir concerné. Dès 32 ans cela est possible. Paul Steiner fait un premier bilan de sa vie. De son métier, de son rôle dans la société, de son couple, de sa paternité et de ses relations avec sa famille. Ce qui est fort dans ce roman, c'est que par petites touches, Olivier Adam invite tout un chacun à s'interroger sur son propre bilan, sur les chemins qu'il a pris, sur les opportunités qu'il a raté, sur les lisières (bords) qu'il frôle. Bref, le personnage de Paul Steiner, nostalgique de ses amours passés, nostalgique de ses décisions est un homme attachant, en plein doute. Surtout, il est en partie chacun de nous. De fait, avec ce roman, Olivier Adam réussit la prouesse d'écrire un grand livre social sur la France et ses zones abandonnées, ses zones où les gens se sentent exclus de tout. Ses zones où il y a plus de précaires et d'exclus que de compétitifs et de protégés. Mieux, il écrit aussi un grand portrait d'un homme en questionnement permanent. Un homme qui aime les femmes, les cigares et le whisky, un homme qui s'interroge sur ses réussites et ses échecs, un homme qui se rappelle ses renoncements. Bref, un homme d'aujourd'hui, mais aussi un homme universel. Tantôt torturé, tantôt sûr de sa force, tantôt fuyant, tantôt aimant.
L'alliage des deux – roman social et roman intimiste – est complètement maîtrisé. Le social observé adam.jpegpar l'intime. Où comment l'interrogation sur son propre parcours – lui venant de la banlieue parisienne devenue auteur bobo médiatique – conduit Paul Steiner à s'interroger aussi sur le monde qui l'entoure. Souvent, les romans français privilégient l'intimiste. Parfois avec succès, souvent avec nombrilisme. La force d'Olivier Adam est d'allier social et intime. Comme les meilleurs romanciers américains. Et comme chez nos camarades états-uniens, le portrait intime est souvent plus fort, plus dense et plus émouvant, lorsqu'il s'inscrit dans un tout, plus global et plus large. Quand l'histoire rencontre l'Histoire. A lire.

La chanson à écouter en le lisant :

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