Julien Capron, l’amoureux de la fragilité : un auteur à découvrir

Julien Capron - Blog Journal d'un Journaliste © David Medioni
Julien Capron - Blog Journal d'un Journaliste © David Medioni


capron.1297953996.jpgcapron2.1297954495.jpg J’ai déjà dit, ici, tout le bien que je pensais de Julien Capron, jeune auteur français de 32 ans qui a déjà publié, chez Flammarion trois livres remarquables. “Amende Honorable” qui interrogeait notre justice, “Match Aller” et tout récemment “Match Retour” qui en deux opus nous plongent dans le sport business, le crime organisé, mais nous questionnent aussi sur les mythologies modernes comme le sport, en l’occurrence le rugby. À chaque fois, on retrouve un style, une écriture ciselée et riche, une volonté de créer un monde puisque les trois livres se déroulent dans un pays imaginaire nommé “République”. Bref, Julien Capron est un auteur ambitieux. De ceux qui ne se contentent pas d’admirer les grands écrivains américains, mais qui essayent de les égaler en défendant une littérature ambitieuse, foisonnante et en prise avec notre monde. Journaliste d’abord, aujourd’hui scénariste pour des séries TV, et bien sûr écrivain, Julien Capron est l’un des espoirs des lettres françaises. Il faut le lire. Rencontre.

 

« Match Retour » est la suite de « Match Aller ». Les deux livres se déroulent lors d’une saison de rugby, pourquoi ce choix ?

Julien Capron : La première chose qui m’a guidé est l’envie de faire un livre avec une écriture plus fluide que sur « Amende Honorable », un livre drôle, un livre jouissif et un livre d’un genre nouveau. De plus, le rugby est mon sport d’enfance, mon sport fétiche, celui auquel j’ai joué. L’idée de Match aller /Retour m’est d’ailleurs venue lors de la Coupe du Monde de Rugby en France, en 2007. Cet univers du rugby, et plus largement du sport, était aussi un moyen pour moi d’interroger les sentiments d’appartenance collective à une transcendance non religieuse. Le sport joue ce rôle aujourd’hui dans nos sociétés. Ce fameux « sentiment d’être quelque part » comme le décrit Dos Passos dans USA.

 

Vous mixez, dans ces deux livres qui ne font qu’un, le polar avec une littérature plus classique, non - choix ou choix volontaire ?

Julien Capron : Un choix volontaire et revendiqué ! Je ne comprends pas comment on peut encore faire la distinction entre les deux ! Le polar est complètement littéraire. Mon but était de faire un roman de genre, un roman d’aventures. Je voulais jouer aussi avec le côté feuilleton. Dans « Match AR », il y a un feuilleton autour des meurtres, un autre autour du sport avec les épisodes que sont chaque rencontre. Je voulais aussi interroger les mythologies car je crois que l’on n’est plus influencé par les histoires (mythologies) que l’on se raconte que par ce que nous sommes réellement. C’est ce que j’ai souhaité montrer à travers notamment le personnage de l’Inspecteur Fénimore Garamande. Ces histoires que nous nous racontons tous sont aussi le symbole de la fragilité de l’Homme, mais aussi le symbole de sa noblesse. En fait, je suis un amoureux de ces fragilités.

 

Vos trois romans se situent dans un pays imaginaire nommé République, pourquoi cette abstraction ?

Julien Capron : La création d’un pays imaginaire m’amusait. J’aime tous les auteurs qui ont réussit à créer un monde propre (Tolkien, Faulkner). De plus, je ne voulais pas faire des romans à clés. Cela aurait entraîné des débats politiciens, et non, politiques. Je ne voulais pas qu’à la lecture, le lecteur ait des images prédéfinies en tête. La République imaginaire permet de s’extraire des présupposés et de conter les sociétés occidentales dans leur ensemble. Et de réfléchir aux choses en dehors de leur réalité.

 

Les trois livres, mais surtout « Amende Honorable » , sont construits autour d’une réflexion autour de la Justice, de la Loi et de leur rôle dans la société. Pourquoi cette marotte ?

Julien Capron : J’aime le droit parce que c’est mon univers familial. J’ai grandi dans cette ambiance juridique. Ce qui m’intéresse autour du droit est toutes les questions que l’élaboration de la justice pose à la société dans son ensemble. La Justice peut à mon sens incarner l’une des redéfinitions de l’idéal collectif. La conception actuelle du droit pose à merveille la question du paradigme entre individu et collectif et à l’interpénétration entre l’un et l’autre. C’est un sujet passionnant. À travers la justice, on peut réfléchir à la société mais aussi peut-être la réenchanter. A mes yeux, l’état de sa justice dit beaucoup de l’état d’une société.

 

Vous avez un profil atypique dans la littérature française, quel regard portez-vous sur elle ?

Julien Capron : Nous sommes quelques uns (Tristan Garcia, Vincent Message) à porter une conception globale de la littérature et à tenter de suivre ce que nous aimons chez les américains. A savoir ce mélange d’esthétisme stylistique et de puissance de l’intrigue. Je crois qu’un souffle nouveau existe dans la littérature française, même si certains sombrent parfois un peu dans la « catéchèse ».

 

De quoi traitera votre prochain livre ?

Julien Capron : Je ne peux pas développer l’intrigue. Ce que je sais c’est que j’ai envie d’écrire un roman contemporain autour de l’histoire d’un couple de trentenaires. Ce sera, je l’espère, un roman qui se frottera aux réalités que nous vivons, nous, trentenaires. Je crois que nous sommes bien placés pour voir les failles du monde à venir. Je l’écrirai à l’automne prochain. Ensuite, je reviendrai certainement à un roman situé dans la « République ».

 

En bonus une petite vidéo questionnaire à la « Proust » de Julien Capron, pour mieux le connaître.

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