Nice : 10 après, la réhabilitation du quartier Vernier - Notre Dame à l'arrêt ?

Des 73 millions d'euros promis pour la réhabilitation du centre ville niçois, qu'a fait précisément le maire de Nice et son équipe ? Pietonnisation au rabais, locaux commerciaux vides, habitants délaissés et non informés, 10 ans après son lancement tonitruant, le temps de la transparence est venu pour le Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés à Nice.

Le Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés (PNRQAD) est un programme d'Etat salutaire destiné à réhabiliter les centres villes délabrés et à lutter contre l'habitat indigne. Il vise à cartographier les logements offrant des conditions de vie inadaptées voire dangereuses, les détruire et les reconstruire ou, selon les cas, les rénover. Il a également pour but de réaménager l'espace public afin d'augmenter la qualité de vie des habitants sans pour autant y augmenter le coût de la vie et de revitaliser les quartiers vieillissants. 

A Nice, le PNRQAD concerne le périmètre allant de la rue Vernier jusqu'à la rue d'Italie, englobant le quartier de la gare Thiers, et s'étendant, à l'est, jusqu'à Lépante. Lors de son lancement avec clairons et trompettes en juillet 2009, Christian Estrosi annonçait fièrement que 149,8 millions d'euros seraient débloqués. Six mois plus tard l'enveloppe tombait à 90 millions pour au final se stabiliser à 73 millions, les deux tiers à la charge de l'Etat, l'ANAH et les bailleurs sociaux et le tiers restant à la charge des collectivités locales. 

10 ans après, quel est le bilan de ce beau projet, bénéficiant d'un financement tout de même conséquent, pour changer la vie des niçois du centre ville ? 

Une dynamique commerciale entravée 

Dans le cadre du PNRQAD, la Ville a la possibilité de préempter les locaux vides afin de choisir le type de commerce qu'elle souhaite voir s'implanter dans le quartier. Il s'agit de dynamiser et revitaliser le commerce de proximité, et notamment les commerces de bouche. Or la sélection drastique pratiquée par la ville au non de la "diversification" et la "mixité" des activités est telle que plus d'une dizaine de locaux commerciaux restent vides sur une zone restreinte, après de longues années, plongeant le quartier de la gare dans une sorte de laisser-aller et, pour les habitants, de sentiment d'abandon. Le maire de Nice s'était alors lancé dans une diatribe anti-kebab clairement stigmatisante. Si la rue de Suisse a été piétonnisée, l'animation commerciale n'est pas au rendez-vous et les habitants et touristes faisant leurs courses sur l'avenue Jean Médecin sont bien peu nombreux à prendre cette perpendiculaire et à s'aventurer au-delà du Café Malongo. La sélection opérée par l'équipe du maire de Nice, selon des critères obscures, constitue une entrave à la dynamique d'entreprise à laquelle le commerce de proximité contribue pourtant fortement.

Un embellissement toujours inachevé

Si la reconversion du parking situé derrière l'Eglise Notre Dame en jardin public est une réussite pour la partie jardin d'enfant, une moitié de l'espace du "Jardin Notre Dame" demeure quasi inoccupée et étrangement vide, sans banc, sans fonction précise, laissant un gout d'inachevé dans cette réhabilitation. Le volontarisme de Christian Estrosi semble s'être arrêté au bout de ce jardin et la réhabilitation de la suite des rues d'Italie et de Suisse vers l'ouest, du bas de la rue d'Angleterre et de la rue Paganini semblent bel et bien enterrée. La rue Auber attend toujours son embellissement. La rue Trachel est un chantier perpétuel et invivable. Le projet de la Ville pour Trachel et Vernier demeure illisible et suscite l'incompréhension. Les habitants de Raimbaldi et des rues situées entre Jean Médecin et Lépantes ont le sentiment d'être les perpétuels oubliés de l'équipe municipale. La revégétalisation et la transition écologique de la ville de Nice seraint en marche, mais toujours pas dans ce périmètre pourtant en cours de réhabilitation...

Une piétonnisation au rabais ou à l'arrêt ?

Si l'on peut légitimement contester les immanquables dalles grises foncées importées de Chine (à quel coût et pour quel bilan carbone ?) qui assombrissent inutilement le quartier, au moins, la piétonnisation du début de la rue de Suisse côté Jean Médecin a redonné un sentiment de "propre" et de "neuf" aux riverains. Mais tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. La piétonnisation du haut de la rue de Belgique et de la rue d'Angleterre a été faite à la va-vite, avec un inélégant revêtement ocre et sans finition. Les habitants et commerçants sont dans le flou. La Ville aurait dit à certains que ce n'était que temporaire. Mais ce temporaire dure et risque de devenir définitif. Pourquoi poser un revêtement pour le changer ensuite ? L'immeuble à l'angle des rues de Belgique et d'Angleterre aurait "bougé" disent d'autres et la Ville attendrait de le sécuriser. Beaucoup se sentent délaissés et ont l'impression désagréable de ne bénéficier que d'une piétonnisation au rabais. Le dynamisme commercial, lui, est au rendez-vous et les restaurateurs sortant leurs tablent en terrasse font vivre ces rues donnant vers la gare et vers Jean Médecin. Mais leurs efforts ne sont pas aidés par une municipalité muette et inconséquente.

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Une lutte contre l'habitat indigne opaque et incertaine

Des logements sociaux ont été rénovés rues Trachel, Vernier, Lafayette ou cour Bensa, ce qui est une très bonne chose. Mais, profitant de cette rénovation, la Ville a transformé, Bd Raimbaldi, des logements de 4 et 5 pièces, destinés aux familles, en logements pour actifs, de une à deux pièces, poursuivant ainsi sa politique d'éloignement des familles précaires du centre ville vers la périphérie. Des logements sur le haut de la rue de Belgique, débouchant sur la gare, restent murés dans l'attente d'une réhabilitation. Combien de logements indignes, combien de logements insalubres et combien d'immeubles faisant l'objet d'arrêtés de périls ont été cartographiés ? Combien ont déjà été réhabilités et combien en reste-il encore à traiter ? Les habitants de ces logements ont-ils été relogés sur place après réhabilitation ou ont-ils été déplacés ? L'une des contraintes fixées par le PNRQAD est de ne pas faire fuir les habitants des quartiers rénovés. L'enjeu est d'améliorer leurs conditions de vie sur place, sans les obliger à partir et de rénover leurs appartements à loyer constant. Or bien souvent les impôts locaux augmentent et la population en précarité doit au final partir, permettant aux municipalités d'installer dans les quartiers ainsi réhabilités et "boboïsés" des actifs solvables. La Ville de Nice manque clairement de transparence dans sa politique de rénovation de logements. De nombreux niçois souffrent de mal logement dans ces quartiers et la Ville ne leur donne pas de perspectives claires sur leur avenir et leurs conditions de vie.

Le bon usage des fonds

Quelle part de l'enveloppe budgétaire initiale de 73 millions d'euros a-t-elle été consommée ? Combien reste-t-il de disponible, quand et comment cet argent sera-t-il utilisé ? Autant de questions pour lesquelles les Niçois ont le droit d'avoir des réponses et à propos desquelles la Ville de Nice demeure étrangement silencieuse.

 

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