Les Rêveries du Branleur Ordinaire

Quinzième jour de confinement. A défaut d’états généraux, je me dis qu’il faut bien commencer quelque part après tout. Pour moi, et je parle avec toute l’autorité du branleur ordinaire, le problème c’est les autres.

Mon état général. (#31 mars 2020)

 

Quinzième jour de confinement.

A défaut d’états généraux, je me dis qu’il faut bien commencer quelque part après tout.

Pour moi, et je parle avec toute l’autorité du branleur ordinaire, le problème c’est les autres.

C’est vrai, tous ces gens qui font n’importe quoi, qui polluent avec leurs bagnoles, qui prennent l’avion pour le weekend, qui bouffent de la merde, qui picolent, qui matent des conneries sur netfix, qui se tapent une queue sur tukif quand ça va pas avec Bobonne. Ceux qui gueulent dès qu’il y a un truc qui leur va pas, qui se prennent pour des stars alors qu’ils sont tout moches et les pires, tous ceux qui ne se rendent même pas compte qu’ils ne comprennent rien…

Bon ok, y a des jours où c’est moi les autres, et souvent c’est là qu’ils m’énervent le plus.

Je les trouve bêtes, bornés, pas curieux, flippés de tout et super centrés sur eux-mêmes.

Après, il y aussi des périodes où je me tiens mieux, je fais gaffe à ce que je mange, je bois moins, je fais du yoga, je me retiens. En général, les choses s’arrangent assez nettement pendant ces périodes. Je suis plus patient, je m’emporte moins, je me concentre plus facilement et j’arrive même à laisser filer les pensées parasites sans trop d’efforts.

Il suffit en fait de moins faire les trucs qui nous plombent et de faire le reste avec plus de circonspection et d’écoute. N’importe quoi peut alors devenir un support à la méditation active, le jardinage, les étirements, la couture, la cuisine, presque tout en fait.

C’est une histoire d’attention au moment présent diront certains, d’éveil diront d’autres.

Seulement voilà, ça ne dure qu’un temps. Une fois qu’une routine est prise et que cette autre normalité commence à s’installer, je relâche. Comme ça, délibérément, comme pour me prouver que je ne dépends pas de cette discipline et qu’au fond, le frisson en vaut la peine.

Alors, je deviens progressivement moins attentif et moins régulier et reviens pas à pas à mon état de branleur initial. Ou alors je retombe tout d’un coup. Je retrouve tout de go mes faiblesses et mes vices, mes excès et mon insatisfaction habituels, et me vautre pour un temps dans ma fange retrouvée, bien à l’abri de mes accoutumances anesthésiantes.

Voilà, très schématiquement esquissés, les deux pôles autour desquels j’ai circulé au cours de ma vie. Passant d’une hygiène de la modération et du contrôle de soi à un hédonisme aussi débridé qu’improvisé. D’une écologie intérieure à un laisser-aller aussi jouissif.

Je crois en fait que nous sommes assez nombreux dans ce cas. Ni schizophrènes ni bipolaires, juste des branleurs ordinaires, plus ou moins conscients de nos limites et modérément satisfaits de cet équilibre précaire, plus ou moins perdus dans nos compulsions récurrentes.

Et chacun joue, au jour le jour, son propre jeu et sa propre partition.

Et il faudrait, par-delà toute cette complexité individuelle, mouvante et fluctuante, dans laquelle chacun se débat comme il peut, s’accorder pour mener collectivement le même type d’effort à l’échelle de la société. Une gageure ambitieuse et exigeante, qui imposerait que chacun puisse se tenir nu face à tous et qui ressemble au rêve d’une société idéale.

Il y a longtemps on appelait ça la « Politique ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.