Les Rêveries du Branleur Ordinaire

Vingtième jour de confinement. « Ce serait terrifiant de ne pas profiter de cet arrêt général pour infléchir le système actuel. »

Gros chantier. (#5 avril 2020)

 

Vingtième jour de confinement.

« Ce serait terrifiant de ne pas profiter de cet arrêt général pour infléchir le système actuel. »

C’est ce que dit Bruno Latour vendredi sur France Inter. C’est ce que disent beaucoup de penseurs, d’économistes, de scientifiques, tous les observateurs lucides qui ne sont pas totalement inféodés au système en place en fait.

Il va y avoir un grand besoin de hiérarchiser durant les mois à venir. Juger les responsables de la gestion calamiteuse de la pandémie est une chose. Réformer notre système économique, politique et sociétal en est une autre.

La crise a fait tomber les masques et tous ceux qui ont effrontément menti aux français sur le niveau de préparation de notre système de santé devront être jugés. Tous ceux qui ont mené une politique de restriction budgétaire en supprimant le nombre de lits dans les hôpitaux et en refusant toute revalorisation aux personnels soignants depuis des années devront être jugés. Tous ceux qui, aujourd’hui encore, continuent à soutenir cette politique et cette gestion délétères devront être jugés.

La mascarade n’a que trop duré. Il est temps d’atterrir comme dirait Latour. Maintenant, qu’est-ce qu’on met dans « infléchir le système actuel » ?

Il s’agirait en premier lieu de stopper toutes celles et ceux qui essaieraient de prolonger la fête, et de désigner de nouveaux responsables, ce qui suppose soit des élections générales anticipées dès la fin du confinement, soit de sombrer dans le chaos jusqu’en 2022 en préparant l’alternance. Non pas l’alternance du parti au pouvoir mais du logiciel de notre civilisation, ce qui implique une refonte totale de l’ensemble des secteurs qui régissent notre vie individuelle et collective. C’est, je pense, la solution la plus sage.

Durant cette période transitoire, il s’agirait de sonder le peuple de France sur ses aspirations sociétales en prévision d’une réorientation de notre pays vers une alternative écolo-humaniste.  

Ni plus ni moins que des états généraux 2.0. On est plus nombreux qu’en 1789 certes, mais on a internet. S’ils y sont parvenus à leur époque, dans un temps record et avec une efficacité redoutable, ça devrait être jouable pour nous en 2020 quand-même…

Se servir des mouvements sociaux récents (nuits debout, gilets jaunes, contestation de la réforme des retraites) et surtout des éclairs de citoyenneté qu’ils ont occasionnés, que l’on pense au théâtre du Rond-point ou à tous les ronds-points de France. Ce sont ces nouveaux liens, recréés pendant ces moments hors du temps, qui devront fournir l’énergie de base à cet immense chantier.

Et, le plus délicat peut-être, que tous les penseurs « hétérodoxes », qu’ils soient économistes, sociologues, biologistes, ethnologues, éthologues, philosophes, urbanistes ou historiens… puissent se réunir pour confronter leurs analyses afin de façonner les fondations sur lesquelles bâtir les édifices de la France et du Monde de demain.

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