réflexions sur l'après-Sarko

Ces derniers jours, politiquement parlant, on vit les choses d'une manière ambiguë : d'abord on ne réalise pas encore tout à fait la victoire de Hollande et la sortie de Sarkozy. On ne comprend pas bien comment ce dernier a pu faire un tel score (les Français sont-ils donc stupides ou hypocrites à ce point ?), et encore moins qu'il s'accroche si peu à tous ces pouvoirs qu'il s'était obstinément réservés. On ne peut pas s'empêcher de pressentir comme une ultime manœuvre par dessous ces airs de grand seigneur qui se retire avec panache : ça lui ressemble si peu qu'on peine à ne pas imaginer que ça cache quelque chose. Il est vrai que, sauf exception rarissime, la presse nationale est toujours dans les mains de ses amis...

 

Sinon, et s'il faut vraiment croire à ce qui se passe, on retient surtout deux ou trois choses :
-la République française a encore des ressources qu'il ne faut pas sous-évaluer. La preuve : elle vient de résister à cinq ans de démolition en règle. L'esprit républicain a survécu et les institutions aussi. Elle serait donc plus solide qu'on n'aurait pu le croire.

-la 5ème république, par contre, a vécu. Sa tare irréparable, c'est d'avoir autorisé l'élection d'un indigne en 2007, tout le reste n'en ayant été que la suite logique. Il y a là quelque chose à rectifier fondamentalement de toute urgence.

-Hollande révèle une envergure qu'on ne lui soupçonnait pas. Pourvu que ce qui s'annonce se réalise, c'est la seule chose qui compte désormais. Mais tout, ou presque, semble fort bien parti.

-on sent le retour des vraies valeurs, celles qui ont été si allègrement bafouées ces dernières années. Indice emblématique s'il en est, peut-on espérer voir s'infléchir clairement la position officielle envers les migrants de Calais ? Ce serait un signe extrêmement bien venu. Par exemple, quand cessera-t-on les tracasseries indignes infligées à ceux qui les aident, et même, ce qui changerait tout en réunissant enfin la théorie (la foi dans les valeurs républicaines) et la pratique, quand proposera-t-on de remettre la Légion d'honneur à ceux des Français qui font le plus honneur à la France en aidant ces migrants avec un désintéressement qui rappelle celui des Justes pendant la dernière guerre ? Quel signe formidable ce serait ! Et quel espoir de justice !

 

Pendant ce temps-là, l'UMP joue au moins deux fois avec le feu :

-d'abord en refusant d'annoncer son seul véritable programme : détruire tout ce qui relève du social (droit du travail, salaire minimum, interdiction de licenciement, mais aussi services publics - école, hôpital, justice - gratuits). Cela elle ne peut pas le dire ouvertement puisqu'elle sait que les Français sont largement contre. Alors, sous l'impulsion perverse de l'indigne précédent, elle dévie le débat vers ce qui peut encore raccrocher les peureux et les nantis, et les nantis peureux : le spectre de l'immigration.

-ensuite parce qu'en utilisant le registre de l'extrême droite, non seulement elle ment en toute connaissance de cause (qui peut encore ignorer que les immigrés rapportent plus à la nation qu'ils ne lui coûtent ?), mais aussi elle contribue à banaliser un discours de haine et de guerre, et prépare ainsi sans le savoir (?) des lendemains très inquiétants. Si le pire devait se confirmer un jour, il serait trop tard alors pour dire qu'on ne l'a pas voulu.

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