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Billet de blog 25 févr. 2016

Malgré un coup de filet au Portugal, les millions à Genève des Sassou Nguesso dorment toujours tranquillement

L’arrestation récente, au Portugal, d’un homme de paille au service du clan du président Denis Sassou Nguesso illustre une nouvelle fois l’aide logistique que prodigue la Suisse à la corruption dans l’un des pays les plus pauvres de la planète. Invariablement, les malversations permettant à la famille régnante en République du Congo de s’accaparer la rente pétrolière passent par les rives du Léman

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Vu la façon dont Denis Sassou Nguesso musèle l’opposition, il ne fait guère de doute que le Chef de l’Etat sera « réélu », le 20 mars, à la tête du pays qu’il dirige depuis 1979.

En février 2015, la Déclaration de Berne consacrait un rapport à la société Philia SA, dont l’unique actionnaire, Jean-Philippe Amvame Ndong, est un proche de Denis Christel Sassou Nguesso, fils du président et responsable des ventes de la part étatique de pétrole au Congo. Le rapport faisait état des interrogations que soulève le contrat exclusif et sans appel d’offres que la société genevoise a obtenu de la raffinerie publique congolaise, la Coraf. Ce juteux contrat, concédé en 2013 à une firme sans référence, qui s’est longtemps contentée de revendre directement ses cargaisons de pétrole à d’autres négociants sans apporter de valeur ajoutée dans le processus, interpelle du fait qu’il s’avère défavorable aux finances publiques congolaises. Philia n’a jamais apporté de réponse crédible aux questions légitimes que suscitent ses activités au Congo. Par ailleurs, en janvier dernier, la presse helvétique révélait de nouveaux éléments, selon lesquels Philia a financé les séjours du directeur financier de la Coraf dans un hôtel cinq-étoiles de Genève, quelques semaines avant la signature du contrat.

A l’échelle internationale, l'étau judiciaire se resserre sur l’entourage du fils du chef de l’Etat. Sur demande de Paris, qui enquête sur les dépenses somptuaires de la famille Sassou Nguesso dans l’affaire dite des « biens mal acquis », les autorités portugaises ont interpellé début février Antonio José da Silva Veiga. Cet ancien agent de joueurs de foot est accusé de divers délits financiers dans le cadre de ses activités congolaises. La justice s’intéresse à son rôle dans l’octroi de travaux publics réalisés au Congo par le groupe brésilien Asperbras à des prix estimés cinq à dix fois supérieurs aux prix du marché. Ces travaux ont notamment été financés par un prêt concédé par BNP Paribas (Suisse) et garanti par un autre négociant suisse, Gunvor, en échange d’un contrat d’exportation de pétrole congolais. Ce volet pétrolier a retenu l’attention du Ministère public de la Confédération qui instruit une procédure en raison de détournements de fonds opérés depuis la Suisse au profit du clan Sassou.

En tant que représentant de la société genevoise Atlantic International, Veiga siège par ailleurs au côté de l’actionnaire unique de Philia au Conseil d’administration d’une banque béninoise, la BAIC, récemment créée par trois proches de Denis Christel Sassou Nguesso. Selon la presse portugaise, Veiga toucherait une commission de 3% sur les ventes de pétrole étatique congolais, ce qui engloberait le contrat conclu entre la Coraf et Philia.

Une portion substantielle des ventes de la part étatique de pétrole congolais passent par la Suisse, notamment par le biais d’une galaxie de sociétés étranges et de relations bancaires ambiguës. En les hébergeant, la Confédération facilite le maintien au pouvoir du dictateur congolais. Et reproduit, avec le négoce des matières premières, les problèmes de réputation qu’elle a tentés de résoudre avec sa place financière. Le Conseil fédéral devrait réglementer de façon à ce que de telles situations ne soient plus possibles à l’avenir.


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