Engie, Eni…le confinement n'a pas arrêté les « moutons noirs » de l'énergie

Cloîtrés chez eux pour se protéger de la pandémie de Covid-19, les consommateurs français n'en ont pas moins été démarchés par des entreprises sans scrupule, n'hésitant pas à recourir à des pratiques illégales pour faire plus de profits. Une fois de plus, Engie et Eni ont cristallisé les critiques.

Le confinement généralisé de la population a interrompu, pendant presque deux mois, le quotidien et les habitudes de la plupart des Français. On aurait légitimement pu croire qu'il aurait également mis entre parenthèses certaines des mauvaises pratiques qui, hélas, rythment la vie de plus en plus de consommateurs. A commencer par les dérives liées au démarchage, qu'il sévisse au téléphone ou à domicile, dérives qui sont, depuis l'ouverture du secteur à la sacro-sainte concurrence, légions dans le domaine de l'énergie – au plus grand détriment des usagers français, victimes non-consentantes de l’insatiable appétit de multinationales sans scrupules.

Engie et Eni encore et toujours...

Le phénomène a pris une telle ampleur que, juste avant l'annonce du confinement, l'association UFC-Que Choisir a décerné à Engie et Eni, deux fournisseurs d'énergie nouvellement arrivés sur le marché français de l'électricité et du gaz, « le titre peu enviable de ''moutons noirs du démarchage à domicile'' ». Et le mouvement de défense des consommateurs de révéler les travers d'un contrat de vente de l'entreprise Engie, transmis par un usager, qui s'apparente selon UFC-Que Choisir à de la « vente forcée » : en signant pour la fourniture de gaz, ce client aurait – s'il n'avait pris le soin de lire les « petites lignes » – été contraint et forcé de passer chez Engie pour l'électricité également : « une pratique commerciale déloyale illégale », pour l'UFC-Que Choisir

Ce type de dérives n'a, toujours selon l'association, rien d'un hasard ni d'une faute personnelle imputable aux seuls démarcheurs. Il s'agit bien d'un système, encouragé, si ce n'est organisé, en plus haut lieu. C'est ce que confie à l'UFC-Que Choisir un démarcheur à domicile travaillant pour un sous-traitant d'Engie, selon qui il suffit aux commerciaux dépêchés sur le terrain de « relever le nom (des clients) sur la boîte aux lettres, d'inventer la date et le lieu de naissance » : une fois connu le nom du fournisseur actuel, « on n'a plus qu'à signer, c'est un nouveau contrat ». « On gagne tellement bien sa vie qu'on oublie vite » ces entorses à la déontologie, poursuit le même homme, affirmant percevoir, grâce à ces combines illégales, entre 4 000 et 5 000 euros par mois.

Heureusement, l'ouverture du marché de l'électricité n'est pas complètement synonyme d'absence de règles. Et, pour les entreprises adeptes de ces mauvaises pratiques, le retour de bâton est parfois brutal : en mars 2019, Engie a ainsi été condamné à payer un million d'euros de dommages et intérêts au profit d'EDF, pour avoir démarché ses clients de manière agressive et en usurpant sa marque. Rebelote en octobre dernier, quand la répression des fraudes (DGCCRF) a infligé une amende de 900 000 euros à Engie pour démarchage abusif. Quant à son concurrent italien Eni, il a écopé, en février 2020, d'une douloureuse de 315 000 euros pour n'avoir pas permis à ses clients d'exercer leur droit à se rétracter.

Spectaculaires, ces montants n'en demeurent pas moins anecdotiques au regard du chiffre d'affaires de ces groupes internationaux, qui atteignent souvent des milliards d'euros. Il en faudra donc, probablement, bien plus pour dissuader ces entreprises capitalistes, ou leurs sous-traitants, de s'adonner à des pratiques de démarchage illégales. Preuve en est, même la période de confinement n'a pas mis un coup d'arrêt à ces dérives, comme en témoignent les innombrables récriminations, sur les réseaux sociaux, de consommateurs excédés : « ras le bol d'être harcelé par vos coups de téléphone » (Engie) ; « vos plateformes d'appel commerciales ne sont pas une activité essentielle à la France. Vous mettez en danger des salariés en les faisant bosser. Honte à vous ! » (Engie) ; « même en temps de confinement, les appels de télévendeurs type Engie & co, ça ne s'arrête pas » ; « Vous pensiez que c'était fini ? Ils sont de retour... les démarcheurs téléphoniques ! Classe pour vos salariés Eni » ; etc.

Les fournisseurs d'énergie ne sont pas les seuls à mettre la patience des consommateurs à rude épreuve. Le secteur de la rénovation énergétique, en plein boom, est lui aussi en proie aux dérives en tout genre, et fait, logiquement, lui aussi l'objet d'une « liste noire » établie par l'association UFC-Que Choisir, pointant du doigt les entreprises totalisant au moins dix fois plus de plaintes que la moyenne. Pour aider les Français à s'y retrouver et, surtout, à éviter les arnaques, l'association a tout récemment proposé un « cadre garantissant les droits des consommateurs (et) l'efficacité des travaux de rénovation énergétique ». Y figurent notamment l'interdiction du démarchage, le renforcement du droit de rétractation, la création d'une profession « d'architecte-énergéticien » et l'instauration d'une obligation de résultat opposable aux professionnels.

 

A quand un véritable encadrement ??

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