Nous demandons à Édouard Philippe de ne pas détruire la ZAD

Les constructions de la ZAD rappellent qu’un mode d’habitation organise une façon d’être au monde. Plus de 50 000 personnes ont signé une pétition pour les défendre. Alors que le gouvernement menace toujours d’expulser une partie de la ZAD, voici une lettre-type à envoyer au premier ministre, Édouard Philippe, au ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot ainsi qu’à la préfète des pays de la Loire, Nicole Klein.

Il y a une dizaine de jours, Mediapart relayait une tribune signée par des architectes, des chercheurs et de nombreuses personnalités, visant à rappeler l’inestimable valeur des habitations qui ont germé sur la ZAD de Notre-dame-des-Landes, et qui pour certaines d’entre elles s’apprêtaient à être détruites. La pétition qui a découlé de cette tribune a déjà rassemblée plus de 50 000 signataires. Nous vous invitons à participer à une action de masse pour montrer votre soutien à ce qui se vit ici dans le bocage en écrivant à différent décideurs politiques. Comme vous l'avez sans doute suivi, les derniers dix jours passés ont été très intenses sur la ZAD, de nombreuses cabanes et infrastructures agricoles ont été détruites. Comme il fallait s'y attendre, la résistance a été acharnée, à la mesure de l'attachement des personnes à leurs lieux de vie et outils de travail, à la mesure du combat contre l'aéroport et son monde qu'ils ont gagné de haute lutte, à la mesure de l'espoir qu'a réveillé le mouvement d'occupation et les alternatives qui s'y sont développées.

Aujourd'hui, des « négociations » ont eu lieu entre des représentants du mouvement anti-aéroport et la Préfète, mais un ultimatum persiste pour le 23 avril, qui tente encore et toujours d'enfermer les projets et les habitations dans un cadre restrictif et inadapté à la diversité des démarches.

Il est fort probable au regard des actes posés par le gouvernement dans les dix jours passés, que la proposition des zadistes soit refusée en bloc par le gouvernement en train de se radicaliser, et que la violence d'état continue de sévir à Notre Dame des Landes. D'autres lieux, peut-être tous, pourraient alors être détruits menaçant ainsi encore un peu plus cette expérimentation sociale socio-écologique unique en Europe.

Dans ce contexte, nous transmettons la tribune officiellement au premier ministre, Édouard Philippe, au ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot ainsi qu’à la préfète des pays de la Loire, Nicole Klein.

Le combat n'est donc pas fini, et si votre signature est précieuse, bien d'autres actions sont possibles. Vous pouvez vous aussi leur écrire, une missive de votre goût si vous êtes inspiré-e-s, sinon vous pouvez vous approprier la lettre suivante et l'envoyer sans délai à ces décideurs (adresses ci-dessous). Nous vous encourageons à faire partir cette lettre au plus tôt, car l'ultimatum, nous le rappelons, est fixé au 23 Avril.

Chacun peut aussi, dans les espaces institutionnels dans lesquels il agit au quotidien (universités, institutions, collectivités, ...), agir au-delà de sa signature : prendre la parole, y compris dans des lieux où ce n'est pas prévu, interpeller des responsables, refuser certaines choses, faire pression, de quelque manière que ce soit. Notre-Dame-des-Landes est aujourd’hui le révélateur et le porte-voix d’un véritable projet de société. De cette lutte naît un rassemblement national et international notamment autour des modes d’habitats alternatifs. Nous invitons tous les citoyens et acteurs concernés à se mettre en réseau et à s’approprier les outils juridiques, politiques, qui leur permettront de faire entendre et respecter leurs droits. 

La nécessité d'envisager d'autres manières d'habiter un territoire et donc d’être au monde, concerne notre civilisation toute entière, « locataire » d'une planète unique et fragile avec un bail de plus en plus précaire. Bien au-delà de Notre-Dame-des-Landes, nous restons mobilisés pour faire exister ces alternatives et comptons sur vous pour nous aider !

Citoyennement,

Les organisateurs de la tribune @defendrehabiter

 

Pour envoyer la lettre par courrier à Monsieur le premier ministre, Édouard Philipe :

Monsieur le Premier Ministre, Hôtel de Matignon

57, rue de Varenne

75700 Paris6 Quai Ceineray, 44000 Nantes

Par mail, en remplissant le formulaire :

http://www.gouvernement.fr/contact/ecrire-au-premier-ministre

Par twitter : @EPhilippePM avec le #defendrehabiter

 

Pour envoyer la lettre par courrier à Monsieur le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot :

Monsieur le ministre de la transition écologique et solidaire

246, Boulevard Saint-Germain

75007 Paris

Par mail , en remplissant le formulaire :

http://contact.ecologique-solidaire.gouv.fr/

Par twitter : @N_Hulot et @Min_Ecologie avec le #defendrehabiter

 

Pour envoyer la lettre par courrier à Madame la préfète, Nicole Klein :

Madame la préfète, Nicole Klein

6 Quai Ceineray, 44000 Nantes

Par mail à : prefecture@loire-atlantique.gouv.fr

Par twitter : @prefet44 avec le #defendrehabiter

 

LETTRE A ENVOYER A LA PRÉFÈTE

(n'oubliez pas de la signer avec votre prénom, nom et coordonnés)

 

Monsieur le premier ministre, Monsieur le ministre de la transition écologique, Madame la préfète,

 

Vous trouverez ci-jointe la tribune que j'ai signée avec plus de 50 000 autres personnes en faveur du respect et de la reconnaissance d'autres formes d'habitats. Je me permets d'attirer votre attention sur le fait que de grands noms de l'architecture et de la société civile ont signé cet appel.

Comme l'ont montré les événements de la semaine dernière, vous avez choisi de détruire de nombreuses cabanes et infrastructures agricoles. Il semble même que vous envisagez de détruire toutes les autres cabanes et installations dès le 23 avril prochain.

Je tiens à vous dire mon profond désarroi à l'annonce des événements passés et à ceux peut être à venir pour plusieurs raisons :

- Ces cabanes sont le domicile principal de nombreuses personnes, et en vertu de l'article 8 de la constitution Européenne, ces personnes ont « droit au respect de leur vie privée et familiale, de leur domicile et de leur correspondance ».

- En faisant le choix d'implantations autonomes, réversibles, de petits volumes, bien souvent partagés, d'utilisation de matériaux locaux, ces manières d'habiter inventent un nouveau rapport à notre milieu. Pour ces personnes la transition écologique n'est pas un vain mot, ni un plan sur 30 ans, mais une exigence immédiate. C'est un véritable savoir-faire qui est ainsi développé, des expériences, des techniques, des inventions.

- Ces constructions ont une valeur sociale inestimable, puisqu'elles sont toutes le fruit d'innombrables solidarités, de chantiers collectifs bénévoles ou la notion de travail et de mise en commun trouvent un sens nouveau.

- L’enjeu de l’invention d’une agriculture nouvelle, nécessite d’être sur place, et la double difficulté d’un accès aux terres et au logement ralentit considérablement les projets. L’habitat léger permet des implantations immédiates, à proximité des installations agricoles.

- Qu’ils soient travailleurs itinérants, retraités, étudiants, réfugiés, ruraux, paysans (la liste n’est pas exhaustive), ce sont plus d’un million de français qui sont directement concernés par ces modes d’habitat, qu’ils y vivent ou souhaitent concrétiser un projet en ce sens. La récente loi ALUR se promettait de rendre plus facilement légales les attentes légitimes de ces citoyens. Force est de constater que, peu est fait en ce sens.

Cette inaptitude à appréhender une réalité constante est productrice de tensions sociales sur les territoires, de conflits juridiques, de précarisation des usagers. Elle constitue une entorse grave à nos principes républicains, une perte de chance pour nos concitoyens mais aussi pour l’évolution de tout projet sociétal.

C'est bien une nouvelle culture de l'habitat que ces personnes construisent, un projet de société, un véritable élan vers quelque chose de nouveau, l'invention d'un futur qui repose sur de nouveaux critères.

Nous sommes bien conscients que la législation censée accompagner le développement de l'habitat léger souffre des carences et du désintérêt des pouvoirs publics, pour cette raison, nous pensons que leur légitimité est totale et précède l'application du droit.

Je tiens par ailleurs à rappeler à votre connaissance la crise sévère du logement qui sévit dans notre pays. La Fondation Abbé Pierre parle de 3,5 millions de personnes mal logées. Qu'en est-il des millions d'autres bien logés mais à un coût exorbitant, au prix de sacrifices terribles, d'endettements sur de longues périodes ? La France comme bien d'autres pays soumis à l'économie de marché, subit une spéculation immobilière (dénoncée en 2017 par la rapporteuse spéciale au logement convenable du Commissariat des Droits de l’Homme à l’ONU).

Cette dynamique dangereuse a entraîné les États Unis des Subprimes dans la crise tout comme l'Espagne ou l'Irlande. Nous vivons nous aussi dans cette situation explosive, que la moindre crise économique pourrait déclencher, si elle n'en est pas elle-même la cause.

Le logement tel que nous le pratiquons en France est profondément dysfonctionnel, et engloutit une part énorme de l'économie du pays et des ménages.

Quel gouvernement est parvenu à réguler cette spéculation ? Quel espoir pour les jeunes générations ?

Que dire de la transition écologique de l'habitat ? Combien de temps faudra-t-il à la France pour enfin parvenir à une sobriété énergétique, alors que les enjeux climatiques exigent que nous prenions un virage serré ?

La vie en camion et en habitat léger (cabane, yourte etc..), que certains choisissent et que d'autres subissent amènent à des vies bien plus précarisée par la menace de « régularisation » de l'état que par les éléments naturels.

L’opération de destruction et occupation en cours a déjà coûté l’équivalent de la valeur des terres de l’ensemble de la ZAD. Cette démonstration de force nuit à l’image d’un gouvernement qui semble ne pas accepter d’arrêter un combat aujourd'hui hors de propos. Cette approche réductrice et violente de l’ordre républicain semble absolument disproportionnée au regard de la réalité.

Les innombrables soutiens montrent que le monde entier tourne son regard vers Notre-Dame-Des-Landes.

En conséquence nous vous demandons solennellement d'épargner les constructions qui restent sur la zone de Notre Dame des Landes, au nom de leurs habitant·e·s, au nom de l'avenir, au nom du droit à l'expérimentation, et des besoins de la société française. Nous vous invitons à réfléchir à la proposition d'un Tiers Lieux agricole, social et architectural. La société française ne souffre-t-elle pas d'une terrible sclérose ? N'est-il pas temps de desserrer l'étau qui enserre notre avenir ?

Vous remerciant de l'attention que vous avez bien voulu porter à ma demande, je vous prie d'agréer, Monsieur le premier ministre, Monsieur le ministre de la transition écologique,Madame la Préfète, mes cordiales salutations citoyennes.

 

                                                                                                                                                     Signature

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