Journal d’une échappée glacée 3/7

J’ai quitté Unamen Shipu pour parcourir 160 kilomètres jusqu’à Tête-à-la-Baleine, après une escale à Chevery et une magnifique soirée dans le village époustouflant d’Harrington Harbour.

Un des refuges qui marquent de rouge la Route Blanche. Un des refuges qui marquent de rouge la Route Blanche.

Le thé infuse sur le poêle qui crépite. Dehors, les bourrasques frappent la coque en bois du chalet où je me trouve. Je suis euphorique. Est-ce le morceau de gâteau au chocolat que je me suis gardé pour les grandes occasions ou simplement le plaisir d’être de nouveau sur la piste qui me fait sourire comme un benêt ? Peu importe, je déguste ces moments de vraies joies. 48 kilomètres parcourus aujourd’hui, mais étrangement, je ne sens pas la fatigue. J’ai quitté aux petites heures Unamen Shipu dans le vent et la neige, traversant le village en compagnie de quelques chiens qui ont aboyé pour le principe, puis remué joyeusement la queue sur mes talons, tandis que j'allais le long de l’asphalte qui relie le village à l’aéroport. J’ai marché avec précaution pour éviter à mes spatules de trop souffrir de l’alternance du goudron et de la glace, puis retrouvé la Route Blanche. Le vent de travers et les bourrasques de neiges qui arrivaient à toute vitesse en provenance de la baie avaient achevé de me réveiller. La truffe fraiche et le menton glacé, je riais à gorge déployée.

Deux portages plus loin, mon sourire s’est transformé en grimace et j’ai plongé dans mes pensées. Depuis mon départ, elles volent d’une branche à l’autre et je peine à les remettre dans l’ordre pour tenter de mener une réflexion suivie. Un coup je pense à mes pieds, un coup je pense au paysage, un coup je pense aux personnes qui comptent, un coup je me raconte une blague, deux minutes plus tard je suis en train de compter mes pas entre chaque piquet de bois qui marquent la piste, et ensuite je me répète un poème appris quelques mois auparavant. En bref, je m’éparpille.

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Bon an mal an, j’ai parcouru 22 kilomètres en un peu plus de 3h sans pause, ni pour boire, ni pour manger ; je crois avoir trouvé là mon rythme de croisière. J’ai senti que, dans mes chaussures, la cicatrisation de ces derniers jours commençait à s’effeuiller, mais je n’y ai plus pensé, trop occupé à mastiquer mes pains au lait et à boire du thé. Je ne me suis pas arrêté trop longtemps. Il faisait frais et j’avais encore 26 kilomètres à parcourir. Dix minutes plus tard je suis donc reparti, après avoir pris la décision de ne plus rentrer dans les abris que je croiserai sur ma route. Je resterai dehors assis sur ma luge, qu’importe le temps qu’il fera. M’arracher d’Unamen Shipu a déjà été difficile, je ne dois pas m’en rajouter. Le confort est dangereux pour ce genre d’équipée, on se ramollit vite sous une douche chaude et le cul sur un fauteuil confortable. Or moi, j’ai besoin d’être solide. Passer un moment agréable lors de mes étapes, j’en ai besoin pour prendre le temps nécessaire pour parler avec mes hôtes, mais une fois sur la route je me dois de garder une discipline. Je n’y prends guère de plaisir : manger une barre de céréale quand il fait -15 °C, sans compter le vent, alors qu’une petite cabane vous tend les bras à quelques mètres, n’est pas un moment particulièrement jubilatoire. Pour autant, j’ai pesé le pour et le contre sur le terrain, et la souffrance mentale est moindre en restant dans l’environnement extérieur qu’en tentant de lui grappiller quelques minutes de répit. Répit illusoire car, de toute façon, je vais devoir sortir de mon abri et il n’y a pas grand bienfait à faire le yoyo entre le chaud et le froid. Si je me retrouve congelé sur la route ou que je souffre trop du froid, ce sera une toute autre affaire et je reverrai mon modus operandi ; mais pour l’instant, tout va bien et je me sens à l’aise dans les conditions offertes jusque-là.

En route vers Chevery, une rencontre devient l'occasion d'immortaliser des instants rares. © Roxanne Boudreault En route vers Chevery, une rencontre devient l'occasion d'immortaliser des instants rares. © Roxanne Boudreault

Comme je progressais assez vite et qu’il faisait à peu près beau, j’en ai profité pour contempler les paysages, faire des photos et savourer encore plus le bonheur d’être sur la route. Sur l’immense lac Coacoachou que je traversais sur toute sa longueur, j’ai planifié les étapes à venir essayant d’enregistrer les toponymes alentours : Wolf Bay, Etamamiou, île d’Hapeuiat. Au sortir d’un autre lac quatre motoneiges sont arrivées dans le sens opposé.

- Est-ce que tout est correct ?
- Oui ça va super bien ! et vous ?
- Tu veux une ride, qu’on t’emmène au prochain refuge ?
- Non, non vraiment je vais bien !
- Tu es seul ?
- Oui.
- Es-tu malade ?

J’ai souri. La plupart des gens que je croise me posent cette question : « quel est ton problème pour partir tout seul ? » Me promettant de prendre un temps un soir pour poser ces raisons sur mon carnet, j’ai continué cette discussion très sympathique avec Roxanne et sa bande d’amies, de retour de trois jours de grand air en skidoo sur la Route Blanche. J’ai demandé à cette joyeuse troupe de bien vouloir faire quelques photos « en situation » et me suis retrouvé, tel l’aventurier célèbre, à prendre des poses avantageuses sous la direction de Roxanne qui me fait faire des aller-retour sur la glace. Après avoir redémarré son bolide, Roxanne m'assure qu'elle parlera de moi à des contacts dans les villages à venir. Et comme elle n’avais pas été suffisamment généreuse à son goût, elle me gratifie d’une bonne bière de microbrasserie et d’une truite fumée et pêchée sous la glace quelques jours plus tôt. Ne buvant plus d’alcool depuis des mois, j’ai serré ces présents au fond d’un sac, gardant la truite pour mon arrivée à Blanc-Sablon ou pour mon anniversaire. Quant à la bière, je trouverai bien un compagnon ou une compagne de voyage qui trinquera avec dans les jours à venir.

Dehors le vent mugit, et la cabane tremble. Je sors pour prendre en photo le coucher du soleil et marcher un peu autour de mon camp en faisant quelques étirements. Je remplis une nouvelle gamelle de neige et la dépose sur le poêle (économie d’essence) et me plonge dans ma lecture, allongé sur le banc de bois. J’ouvre le livre d’Alain Damasio, La Horde du Contrevent, qui devrait m’accompagner jusqu’au terme de la route Blanche et suis saisi par la dédicace et les mots que j’y trouve :

« À ta noblesse enfin, que beaucoup prennent pour une simple probité d’âme, mais que je sais être, moi, le nom secret d’une forme raréfiée de courage. »

Pour quelqu'un qui place la probité, la noblesse et le courage au Panthéon des vertus humaines, je comprends très vite que ce livre sera un coup de foudre, une lecture majeure. Les premières pages sont à l’avenant, sauf que les 48 kilomètres de la journée commencent à me rattraper. Alors, je pose la brique de papier, engloutis ma purée au jambon, déroule mon duvet sur le sol et dors comme un bienheureux.

Quand le soleil se couche, le bivouac est monté. Quand le soleil se couche, le bivouac est monté.

24 heures plus tard, me voilà sous la tente et toujours content. J’ai parcouru 56 kilomètres aujourd’hui, dont 14 sur une motoneige. À cause de mes pieds qui saignent et suintent de nouveau, j’ai avancé plus difficilement et me suis retrouvé bloqué dans un endroit encaissé à enchainer les portages, une vingtaine de kilomètres avant Chevery. Au pied d’une montée particulièrement raide et déneigée, un père et son fils de retour de la pêche m’ont offert de monter à leur bord et m’ont permis, avec leur petit chien sur les genoux qui semblait s’extasier comme moi du paysage, de passer les dernières montées rocheuses. J’ai parcouru les cinq derniers kilomètres en claudiquant jusqu’à Chevery où j’ai fait la connaissance de Marcus qui m’a invité chez lui pour me servir un délicieux plat de lasagnes surgelées, tandis que je faisais la conversation avec son père Harry Jones. Tous les deux sont de fiers descendants de Gallois, arrivés deux siècles plus tôt à Etamamiou, à une quarantaine de kilomètres au sud. Markus s’occupe de l’entretien de la patinoire de hockey du village, Harry est charpentier et travaille dans la construction. Entre deux bouchées et dans les volutes des cigarettes, je leur ai demandé pourquoi ils aiment vivre là et ce qui les conforte à y rester ? Cette question, je la pose à tous ceux que je croise et qui m’accueillent. La réponse est immuable :

- Parce que nous sommes libres. Libres de vivre d’air pur, sans flics et le ciel chargé d’étoiles.
- Et la solitude ?
- Je ne suis pas plus seul ici qu’à Toronto où je travaillais pendant des années ! Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup plus de mélanges ici, entre les communautés autochtones, anglophones et francophones, que dans les grandes villes.

J’ai quitté ces hôtes en leur laissant les provisions achetées à l’épicerie du coin avant d’être invité chez eux. C’est une façon dérisoire de les remercier pour leur aide, et surtout pour le soin avec lequel ils m’ont reçu. Ce voyage est aussi moisson d’attentions et de chaleur humaine qui me marqueront durablement.

En mettant le cap vers l’Est pour Tête- à-la-Baleine le lendemain, j’ai les yeux bouffis car la nuit a été courte, et c’est de ma faute : ma toile de tente n’a pas été assez tendue, elle a donc claqué sous les rafales toute la nuit. J’aurais dû, c’est sûr, passer plus de temps à ces derniers réglages. J’étais trop pressé de retirer mes chaussures et changer de chaussettes pour m’appliquer davantage. Moralité, je ne suis pas du tout reposé. Le diable réside dans les détails et moi je fais l’apprentissage de la précision. « Ce qu’il y a de bien quand on est seul, c’est qu’on est l’unique responsable de ses actes. Ce qu’il y a de dur quand on est seul, c’est qu’on est l’unique responsable de ses actes ! », me dis-je en riant jaune. Ce voyage est aussi une école de la responsabilité totale et de l’autogestion. En bref, j’apprends à m’assumer.

Au pied d’une montée particulièrement raide et déneigée, un père et son fils de retour de la pêche m’ont offert de monter à leur bord. Au pied d’une montée particulièrement raide et déneigée, un père et son fils de retour de la pêche m’ont offert de monter à leur bord.

Depuis trois jours, le vent hulule. J’enfile ma cagoule et mon masque et avance à 2 km/h. La progression est lente, mais je souris. Sur ma cagoule, je sens de la glace se former autour des trous percés pour mon nez et ma bouche. Devant un panneau qui indique, au Sud Harrington Harbour, à l’Est Tête-à-la-Baleine, je tergiverse. Je ne suis pas pressé, mais aller à Harrington me ferait faire un « détour » d’une quinzaine de kilomètres, et une quinzaine de kilomètres à ski, ça compte énormément. Mais traverser la baie et le bras de mer pour aller jusqu’à l’île me tente beaucoup, alors va pour le détour ! Je glisse désormais sur la mer et le vent me fait presque tomber quand je ne reste pas fiché dans quelques trous d’eau d’où je sors péniblement ma pulka. Il fait – 20 °C, le ciel est métallique. Pine et Elk Island se font face dans ce décor de glace et de pierres, et moi en passant entre elles, je les salue en hurlant et en les remerciant pour ce spectacle. Je grimpe au sommet du mont qui surplombe l’île d’Harrington et le village construit autour de son port. La haut, les larmes me montent aux yeux. Des maisons colorées serpentent le long du littoral marqué par la glace bleu marine. Plus loin, le fleuve Saint-Laurent mêlé à l’océan Atlantique aux teintes carbonées roule inlassablement. Je descends prudemment la pente raide qui m’emmène devant le porche d’une église et trouve Jee, Lorraine et Evan qui travaillent pour l’organisme Wapikoni mobile qui organise une projection itinérante de films tournés par les jeunes Innus dans les communautés de Basse-Côte-Nord. Nous mangeons et dormons sous le même toit et j’en apprends davantage sur leurs parcours respectifs.

Je grimpe au sommet du mont qui surplombe l’île d’Harrington. La haut, les larmes me montent aux yeux. Je grimpe au sommet du mont qui surplombe l’île d’Harrington. La haut, les larmes me montent aux yeux.

Le lendemain, je m’aperçois que mon matelas de sol est percé et n’arrive pas à identifier la fuite. Rien de très grave, j’en ai un second, mais en entendant cela, Lorraine se précipite dans sa chambre et m’en ramène un, le sien, flambant neuf. Je bafouille des remerciements et lui dis que je lui renverrai par la poste dès la fin de mon voyage. Elle me répond qu’elle n’en a pas besoin puisqu’elle dort toutes les nuit au chaud dans un vrai lit. Nous nous saluons à la sortie de la baie. Eux ont une projection à commenter à Chevery, moi je dois pousser plus à l’est, vers Tête-à-la-Baleine. Il me reste 35 kilomètres à parcourir et pour meubler le temps, je fais l’inventaire de tous nos lieux de bivouacs que nous avons plantés avec mon ami Paco pendant notre tour du monde. Espagne, Algérie, Jordanie, Turquie, Chine, Mongolie… C’est plaisant, je crois bien me souvenir de tout. J’ai en tête tous les lieux, la lumière, l’ambiance. Voilà ce qui me plait dans ces démarches voyageuses avec le muscle pour seul moteur : on imprime mieux, on voit mieux, on goûte mieux, on sent mieux.

La piste passe à quelques centaines de mètres du village d’Aylmer Sound. Officiellement fermé depuis 2005, il est toujours occupé une partie de l’année par Pasty et Howard, couple de retraités dont j’entendrai parler à plusieurs reprises sur ma route. L’histoire du village d’Aylmer Sound pourrait préfigurer celle des autres communautés de la Basse-Côte-Nord. C’est la trame d’une lente agonie, précipitée par la modernité, la vie qui va, la civilisation qui évolue. Une petite tragédie pour certains de ses habitants, faite d’abandons, de lassitude, de dureté et de fatalité.

Je suis heureux, profondément heureux, et m’arrête souvent pour souffler et aussi m’emplir de la beauté environnante. Je suis heureux, profondément heureux, et m’arrête souvent pour souffler et aussi m’emplir de la beauté environnante.

La fin de vie d’Aylmer Sound est la conséquence d’évènements structurels qui prennent racine dans la pêche, le moteur économique de la région. Depuis l’expansion de la pêche industrielle et l’interdiction de la chasse au phoque, les quotas autorisés par le gouvernement diminuent d’année en année. Avec eux, le nombre de pêcheurs s’est effondré. A ce chômage endémique, certains habitants de la Basse-Côte-Nord ont répondu par le départ vers les villes, tandis que d’autres ont tenté de diversifier leurs activités. Jusque dans les années 1990, cent cinquante personnes vivaient à Aylmer Sound, en 2005, ils n’étaient plus que vingt-deux. Vingt-deux habitants presque totalement coupés du monde à certaines périodes de l’année, vivant dans ce village accessible par moment seulement par hélicoptère. Plus un seul enfant ne martelait les couloirs de l’école rebâtie au début des années 90 pour la somme de 1,5 millions de dollars. Les familles étaient parties dans les villages plus denses comme Chevery, plus loin vers les villes de la Côte Nord ou partout ailleurs au Canada.

Plus d’emplois, plus de perspectives, moins de familles, pas d’enfants, peu d’adolescents et les lumières de la ville au loin qui attirent comme un aimant ; autant de raisons qui ont entraîné une chute de la démographie, une baisse des services associés et une hausse de la moyenne d’âge. Pour les autorités, cela coûte trop cher d’entretenir un mode de vie qui ne correspond plus aux canons de la vie moderne. De surcroit, il ne rapporte économiquement pas grand-chose et très peu de voix aux élections (environ 5 000 personnes vivent en Basse-Côte Nord). Donc une façon de vivre extraordinaire, mais qui coûte cher parait-il au contribuable. Surtout quand les résidents semblent majoritairement prêts à quitter le village, comme ce fut le cas semble-t-il à Aylmer Sound. Leur vie tenait à un pont et un morceau de route, cette éternelle route 138 qui fait l’objet de débats et de milliers de conversations concernant son prolongement depuis des années. Mais le chantier n’eut jamais lieu. Trop cher encore, trop compliqué techniquement aussi, et puis les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Enfin, le clivage intergénérationnel était devenu trop profond pour être comblé. Entre les jeunes qui ne voyaient pas le moindre avenir dans la région et s’ennuyaient ferme dans cette vie de plein vent, et la vieille génération qui tentait de maintenir une vitalité et une activité dans le village, le dialogue était rompu. On aimait Aylmer Sound, mais quelques week-end et vacances scolaires par an, pas pour y vivre toute l’année. La messe était dite. Pour faire passer la pilule, le gouvernement provincial offrit 1,2 millions de dollars aux résidents en compensation, et plus de 500 000 dollars supplémentaires pour démolir eux-mêmes leurs maisons. J’imagine sans mal la peine que certains ont dû ressentir en mettant leurs murs à terre à coup de pelles mécaniques. Le temps est gris et terne en ce début d’après-midi et correspond bien au drame qui s’est joué ici. Sans avoir conscience de la totalité des enjeux, je sens, en passant doucement sur mes skis, qu’il s’est passé là quelque chose de grave.

Le temps est gris et terne en ce début d’après-midi et correspond bien au drame qui s’est joué ici. Le temps est gris et terne en ce début d’après-midi et correspond bien au drame qui s’est joué ici.

Quelques rayons rougissent la neige alors que je descends le petit portage qui mène sur la Baie-Plate. Au loin, le village de Tête-à-la-Baleine commence à allumer ses lumières. Deux heures plus tard, je me retrouve dans la cuisine de Micheline Lapointe et Gilles Monger, qui m’accueillent pour les trois prochaines nuits. En un café en tête-à-tête avec l’exquise Micheline, surnommée « Mimi » par toute la communauté, j’en apprends déjà énormément sur la vie des Coaster, les habitants de la Basse-Côte-Nord. Demain matin, je vais sûrement pouvoir partir avec Gilles dans le bois pour relever ses pièges et regarder comment préparer les peaux des martres et des castors qu’il trappe depuis des décennies. Qu’on se le dise, ici aussi, je pouvais difficilement mieux tomber.

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Prologue

Journal d'une échappée glacée 1/7

Journal d'une échappée glacée 2/7

Journal d'une échappée glacée 4/7

Journal d'une échappée glacée 5/7

Journal d'une échappée glacée 6/7

Journal d'une échappée glacée 7/7

Épilogue

Matthieu Delaunay est sur Twitter

 

 

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