Marc Alaux, loup des steppes

Dans le sixième opus de son opéra mongol, Marc Alaux décide d’arrêter les aller-retour pour tenter de maintenir sa flamme en s’asseyant un peu sous la yourte et livre un texte exceptionnel.

Dehors, - 20°C. Dedans, le café fume dans la tasse et derrière la fenêtre, le fleuve Saint-Laurent se contracte de glace. - 20°C, une température printanière pour Marc Alaux, arpenteur des congères mongoles dont la lecture du dernier livre, Ivre de steppes, coule comme du lait de jument, même de l’autre côté de l’Atlantique. Comme à son habitude, l’auteur a l’élégance de ne pas rendre ses textes aussi âpres que ses expériences. Pour savoir ce qui peut ressortir de trois mois d’hiver passés avec les éleveurs de l’ouest du pays, comptez quelques heures de lecture, tambour battant. Dans le sixième opus de son opéra mongol, le zèbre décide d’arrêter les aller-retour pour tenter de maintenir sa flamme en s’asseyant un peu sous la yourte. Pour cela, il devra travailler dur, manger peu, demander moins et ne s’attendre à rien.

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Ce récit de voyage, récompensé justement par le Prix du public et du jury du festival Terres d'Ailleurs 2019 ainsi que le Prix des lecteurs des Écrans de l'aventure est assurément un grand livre, sans doute le plus réussi de Marc Alaux, parce qu’il y met beaucoup de lui-même : de la force, du courage, de l’humour, de la connaissance et de la sensibilité en même temps qu’il place au premier plan ce pourquoi il est venu, ceux pour qui il est venu, ses hôtes, les Mongols. Il est probable que, parmi les écrivains-voyageurs actuels, Marc Alaux soit le plus authentique, pour la simple et bonne raison que c’est le plus désintéressé. Dix ans de Ninjutsu et des milliers de kilomètres de steppes ont raboté à l’os l’égo de ce spartiate à lunettes qui n’a définitivement rien à vendre et tout à partager.

Il en rafraîchit d’autant notre ère viciée, pleine d’aventuriers fantoches et adeptes des photos engageantes pour solliciter les « j’aime » et les financements. De voyageurs, il y a ceux-ci, émus d’un rien et surtout d’eux-mêmes, qui partagent leurs platitudes en 5 G ; et celui-là, qui part munit d’un carnet, de bottes fourrées et d’un livre, Les Misérables.


Ivre de steppes montre que Marc Alaux est un voyageur admirable et un écrivain (encore) trop peu connu, car il y a tout de ce qu’on attend d’un livre de voyage : beaucoup de style, du danger, des trognes fantastiques, des histoires abracadabrantesques, des loups et des chiens, des mioches aux joues rouges de froid qui savent vivre seuls et jouer du couteau, des femmes qui tiennent toujours tout, des yourtes éternelles mais à l’intérieur desquelles rugissent les téléviseurs, de la glace sur les moteurs qu’il faut faire sauter au chalumeau, de la peur un peu, de la joie souvent, des chants, des danses et de la musique enfin.


Gageons que ce livre fasse date et devienne la Bible de tous les apprentis aventuriers en attente de départs.

Souhaitons qu’ils s’inspirent de ces pages pour mieux mûrir les leurs.

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