Pourquoi ce silence?

Des villages maliens partent en fumée et l'on ne voit que l'attaque du corona virus.

 

Pourtant, le Mali est le pays des enfants sages. Les classes de 100 élèves de ces villages oubliés feraient rêver les maîtres d’école français par leur calme.

De même, les villages ont cohabité pacifiquement jusque là en complémentarité, malgré des différences ethniques (Dogons, Peuls, etc…) et religieuses (animistes, chrétiens, musulmans).

 

On doit se rappeler que cet équilibre s’est craquelé avec la chute de Kadhafi, chute que nous avons nous-même applaudie, ne parvenant pas à comprendre ce que nous disaient les maliens, à savoir que Kadhafi était leur principal soutien économique, ainsi que le rempart face aux hordes islamistes.

Désormais, l’état malien est à la peine, de même que son armée, pour défendre ces populations face à la violence suscitée par les islamistes ayant franchi le verrou militaire français.

Quelles sont les solutions ? Certainement pas une mission supplémentaire pour l’armée française, même avec un soutien peu probable de l’Europe. Plus adaptée serait la mise en place d’un discret service de renseignements avec surtout des maliens dont le but serait l’élimination des semeurs de troubles. Ce dispositif existe peut-être.

 

Mais notre propos n’est pas là et consiste plutôt à comprendre pourquoi le silence de nos médias est assourdissant.

Certes, il n’est pas conseillé à des journalistes de circuler sur le territoire malien. Leur vie serait menacée. Mais, il y a cependant des moyens de contacter des informateurs maliens capables de donner des témoignages sûrs, tout en les recoupant à partir de plusieurs sources. Simples citoyens français, nous sommes nous-mêmes quelques dizaines à avoir des informations précises, grâce à des échanges associatifs et amicaux.

 

Alors pourquoi cette indifférence ?

Sans doute, est-il difficile de faire le buzz  avec un  tel sujet. Nous sommes habitués à voir des thèmes délaissés pour cette raison.

Mais il y a sûrement plus. Les villageois maliens sont très loin de notre monde : coutumes, cultures, croyances, économie, etc…Difficile de concevoir les difficultés ponctuelles d’une société autant éloignée de la nôtre.

Enfin, nous avons peut-être une certaine culpabilité face à un pays que nous avons colonisé, fait combattre pour défendre notre propre patrie et enfin déstructuré en croyant faire le bien en détruisant  un dictateur libyen.

Ce passé, il faudrait le prendre en compte, le décrire, le dénoncer. Il faudrait ensuite tenter d’analyser la situation présente et  en pressentir les conséquences probables.

Un travail journalistique ne changerait peut-être pas la problématique militaire. Mais il serait le marqueur d’une reconnaissance du reste du monde pour ces populations qui sont en passe de perdre leur « savoir vivre ensemble », dont nous pourrions profiter nous-mêmes si nous étions en mesure de l’apprécier. Nous aurions tous besoin de copier les togonas dogons, cases de débats au plafond trop bas pour empêcher les participants de déployer leurs colères.

 

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Voilà ce que dit un de nos correspondants, très engagé dans les tentatives de pacification.

 

 « La situation devient chaotique depuis une semaine, 36 villages ont été incendiés avec plusieurs morts. La population de XXXX qui vit au sud de Bankass est frappée de plein fouet, XXXX est envahie de centaines de déplacés, c’est la catastrophe… ».

 

 

Suivent d’autres explications sur les villages attaqués à la frontière avec le Burkina, à cinquante kilomètres plus au Sud. 400 réfugiés sont arrivés à pied ou en camion dans le village dogon avec lequel nous avons des liens.

Je tais les noms des villages accueillants, et ceux de nos correspondants, car je ne peux pas mesurer seul les risques potentiels à les dévoiler. Nous avons reçu quelques images, vidéos et textes plus éclairants.

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