Coup de sang autour du journalisme

Un coup de sang au vu de la désinformation réalisée par certains médias mainstream. Une volonté de faire taire les journalistes se dessine ces dernières semaines : entre "le contrôle de l'information", les violences policières face aux journalistes, et les attaques contre Mediapart, retour sur la place de l'information au coeur de notre société.

Ceci est un parti-pris, ce qui implique que j’exprime mon opinion sur un sujet d'actualité. Mon point de vue n'engage personne, à part moi. 

   Jamais je n'aurais pensé écrire ces lignes un jour, comme quoi il y a un début à tout. Depuis que je suis petit et que je suis la presse et les médias, j'ai souvent entendu parler de journalistes injurié.e.s, pri.se.s à parti, blessé.e.s ou mort.e.s. Oui, parce qu'ils ou elles étaient en Syrie, en Afghanistan ou au Mali. En terre de guerre, tout simplement.

« Les [journaleux] ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent ! C'est pire ! » - Coluche

   Ce week-end, toute la presse s'est emparée de l'affaire du philosophe et des policiers caillassés. Mais tous et toutes ces journalistes pri.se.s à parti, injurié.e.s ou mi.se.s en état d'arrestation, pas un mot. J'en avais parlé sur ma page facebook, Fabrice Gillant, reporter, a été mis en garde-à-vue samedi et relâché hier ; mais tout son matériel a été retiré. C'est normal ? Vous me direz, il fallait bien récupérer les images (ironie).

   Et oui, les images c'est toujours ça qui dérange. Chez certain.e.s gilets jaunes, ce fut le cas quand des journalistes de BFM ont été pris à parti. Chez d'autres citoyen.ne.s, pour parler local, ce fut le cas avec le journaliste du Républicain Lorrain qui était venu à Saint-Avold. Chez le gouvernement, ce fut le cas avec l'affaire Benalla, et la perquisition orchestrée de Mediapart.

   Chez les forces de l'ordre, c'est le cas aussi. Je ne parlerai pas du direct de samedi matin, mais de ce qu'il s'est passé à Paris en marge d'une manifestation de gilets jaunes. Deux journalistes ont été pris à parti par les forces de l'ordre : le premier de «Là-bas si j'y suis » et le second de BFM. Le premier a été insulté, le second a reçu des coups de matraque.

   Depuis le 17 novembre, des journalistes, des photographes ou des freelance ont témoigné avoir été la cible de LBD, de charges des CRS comme Rémy Buisine de Brut, ou encore de coups portés par les forces de l'ordre. Leur matériel de protection comme des casques leur ont été confisqués. Ce qui, bien entendu, les met en danger, nous met en danger. Pas besoin d'être devin, pour y voir là, le dérangement causé par les images et surtout par l'information, car l'information dérange aujourd'hui.

« Les lois ne font plus les hommes, mais quelques hommes font la loi » - Daniel Balavoine

   Je vais viser ceux qui sont responsables de ces violences et le gouvernement. Quand bien même, un journaliste est critique que ce soit envers les gilets jaunes ou envers les forces de l'ordre, cela ne justifiera jamais le fait qu’on s'en prenne à lui. Sans le journalisme, personne ne peut s'informer. Regardez le contenu de toutes les données informatives : combien n'ont pas été rédigés par des journalistes ? Pas grand-chose. Certes, aujourd'hui il y a beaucoup de désinformation autour des gilets jaunes, mais croyez-vous que frapper des journalistes va changer quelque chose ?

   Et vous, CRS et membres de la BAC, croyez-vous que les frapper changera quelque chose ? Au contraire, votre image en sera encore plus souillée. A votre place, si vous avez frappé un journaliste ou avez commis une violence vis-à-vis de la profession, j'aurais honte ; « protéger et servir » non ?
   Et quant à vous, membres du gouvernement, suite aux actes du 8 décembre, les syndicats ont fait remonter les informations, et vous ont demandé des explications, et surtout ont demandé que cette situation cesse. Qu'avez-vous fait hormis renforcer les lacrymogènes, et renforcer l'usage des LBD et grenades de désencerclement ?

« La liberté n'a pas besoin que l'Etat s'en mêle » - Edwy Plenel

   Rien, ah si, si, Macron a déclaré vouloir « placer l'information sous contrôle ». Parce que oui, pour ceux qui ne le savent pas, celui qui contrôle l'information, contrôle la pensée. Je suppose, M.Macron que cette loi sur les fausses informations va en ce sens ? Vous voulez faire taire les médias indépendants. Cela me rappelle étrangement le livre 1984 de George Orwell.

   Dernière chose, je vais finir par vous, les journaleux autour d'un plateau TV. A l'heure où j'écris ces lignes, aucun de vous n'a parlé des violences contre les journalistes. Ben oui, ce sont eux qui marquent le pas entre journalistes et journaleux. Car les journaleux pensent que l'info est sur un plateau, mais les journalistes pensent que l'info est sur le terrain, ET ILS ONT RAISON !

   Mais le gouvernement pense à tout, et via ses exactions, il veut faire taire les journalistes en les empêchant d'aller sur le terrain ! Bien vu, mais cela ne marchera pas, car nous non plus ON NE LACHE RIEN ! Car c'est vous qui êtes lâche de vouloir nous faire taire en usant de moyens primitifs, comme envoyer vos forces de l'ordre à l'assaut, ou faire des lois contre la liberté d'informer.

L’information est la seule chose que l'on ne peut détruire, car elle finit toujours par se savoir et donc par exister.

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