Carlos Ghosn, premier de cordée

À y regarder de plus près, cette échappée aussi improbable que rocambolesque, qui se déroule alors que les salarié.es français.es défendent leur droit à une retraite décente, nous  propose une lecture instructive quant à la destruction des équilibres au coeur de notre contrat social.

Chaîne de montage Renault © https://lesbrindherbes.org/2016/08/17/comprendre-aujourdhui-grace-a-hier-renault-et-la-memoire-ouvriere/ Chaîne de montage Renault © https://lesbrindherbes.org/2016/08/17/comprendre-aujourdhui-grace-a-hier-renault-et-la-memoire-ouvriere/
En regardant l’évasion de Carlos G. depuis le Japon vers le Liban j’ai une pensée pour les salarié.es du groupe Renault-Nissan. A toute ses femmes et ses hommes engagé.es dans le "plan de transformation" de leur entreprise au prix de leur santé. c'est la classe des laborieux, de celles et ceux qui  se lèvent chaque matin avec l'envie de bien faire et en même temps le désir de profiter de leur vie. Cette vie que trop souvent ils perdent, à la gagner.


Je crois que nous, les francais.es, n’aimons pas les puissants et leur préférons les Robin des Bois. Et quand un homme se fait la belle nous lui trouvons un côté sympathique. Il y a chez nous un excès de romantisme passionné à l’égard de ces voyous, pas trop méchants, qui font tourner la police en rond. Sans doute une espèce de réminiscence de Guignol mais pour adultes. 

Alors quand c’est un puissant qui se fait littéralement la malle (saura-t-on jamais si cela est vrai ou pas) nous avons notre fibre révolutionnaire qui vibre à l’unisson de cette échappée aussi improbable que rocambolesque et qui à n’en pas douter ferait (fera?) l’objet d’un bon scénario de film de série B. 

A y regarder de plus près, cette histoire qui se déroule alors que les salarié.es français.es défendent leurs droits à une retraite décente - on parle là d'au moins 1000€ par mois (Bigre ! C'est énorme!), nous  propose une lecture instructive quant à la destruction des équilibres au coeur de notre contrat social. En effet le salarié Carlos G., a pu, grâce à ses somptuaires rétributions fonder une banque libanaise avec l’appui des principaux dirigeants de ce pays, échapper des années durant aux paiements de ses impôts et semble-t-il notamment au Japon, profiter de lieux historiques comme le Château de Versailles payés par Renault-Nissan pour y célébrer des événements privés. Dans le même temps diriger la réussite d’un groupe industriel au niveau planétaire en supprimant 15000 emplois en France (2007 à 2018) au prétexte de la nécéssaire efficacité que réclame la sacro-sainte mondialisation. 

Ainsi donc pendant que des salariés perdent leur emploi, pendant que le grand patronat continue à développer les thèses du travail qui coute trop cher - un travailleur ne coûte pas, c’est sa force de travail qui fait le bénéfice - pendant que le gouvernement rabote par la loi la démocratie sociale en réduisant les instances représentatives des salariés et que bientôt ce seront les représentants du peuple que l’on nous proposera de réduire, pendant que la justice s’abat avec célérité sur des citoyen.nes pour avoir manifesté leurs mécontentements, le salarié Carlos G., lui, échappe à la justice. Grâce à ses millions d’euros, il file par les airs faisant ainsi un grand bras d'honneur au Japon et ses habitant.es. Mais aussi à toutes celle et tous ceux qui ont travaillé à sa fortune.

Il y a donc bien les puissants et les misérables.  Aujourd’hui la puissance financière de certains est telle que cela leur permet d’échapper aux jugements de cour, avant qu'ils ne soient même prononcés. L’efficacité de la main d’oeuvre chez Renault s’est améliorée au point que la sueur de son front aura permis à leur ancien patron de se payer une échappée pour ne pas être jugé. Un profond mépris de classe d’un autre âge qui se réinstalle. Sans aucun contrôle ni aucune limite. 

Mais ce petit Carlos G., ce premier de cordée en costume, ne serait-il pas l’apanage de la société française dont le Président de la République a fait la promotion lors de ses vœux ? Sans doute que oui. Tout le romantisme français ne pourra cependant faire oublier que c’est du désespoir social, de l’aveuglement des dirigeants mais surtout de l'absence voire du mépris de la justice, que se nourrissent les révolutions. Carlos G. serait bien avisé de rester au Liban. 

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