La vie en bleus...

En tant que père je suis témoin des violences subies par mes trois filles dans leur quotidien. Je crois que l'éducation peut faire évoluer les mentalités et que la justice doit faire changer la peur de camp.


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   …la vie en bleus ?...

 
   Je suis papa. Cela fait 21, 18 et bientôt 15 ans que je suis papa de trois filles : que du bonheur, ou presque...

  Avec mon éducation judéo-chrétienne en bandoulière et un attachement particulièrement marqué à la laïcité, nous avons depuis tout ce temps essayé, avec leur maman catho-branchée de gauche, de les éduquer dans un esprit de tolérance et d’ouverture au monde.

  Avec tous les défauts d’un garçon bobo gaucho macho je leur ai donné tout ce que j’ai, tout ce à quoi je crois, pour qu’elles puissent s’émanciper d’abord nos propres carcans éducatifs et vivre au sein de la société selon les principes qu’elles jugeront les meilleurs, pour elles-mêmes et leurs contemporain.es.

 Je sais que déjà elles veillent à faire vivre notre devise républicaine dans le plus profond respect des cultures et des opinions de leurs concitoyen.es. Elles se battent contre les outrances, les extrémismes, les dogmes qui chaque jour tentent de justifier un peu plus toutes formes de violences. De celles que l’on croit insignifiantes parce qu’elles se cachent dans le quotidien comme des plus grandes qui font la une de nos médias en réseau ou non.

Je ne suis pas objectif à leur égard. Mais quoi qu’il en soit je peux me permettre de penser et de dire que nos enfants sont de belles personnes.

   Après un demi-siècle passé à sillonner le monde, j’ai traversé bien des déserts d’humanité et croisé l’abîme le plus profond des vicissitudes de l’âme humaine. Je sais jusque dans ma chair à quel point l’humanité est capable du pire comme du meilleur. Je ne cherche pas d’excuses et je n’ai de pardon ni à donner ni à recevoir. Avec une certaine pudeur je garderais pour moi le détail de mes rencontres les plus personnelles avec le genre masculin comme féminin. Adulte, cela s’est toujours fait avec le plus profond respect. Aussi loin que je remonte je n’ai pas le souvenir de violences infligées, de contraintes imposées, d’insultes assénées à une personne de mon sexe ou pas au prétexte que j’aurais l’envie d’assouvir un désir de conquête, de séduction, de phantasmes inachevés à partager.

   Je suis un garçon. Et je vis mon genre comme tel avec un certain bonheur. La nature m’a donc doté d’un phallus, d’un pénis, d’une verge, d’un chibre, d’une queue, d’une bite, naturellement associé à une paire de gonades, testicules, burnes, couilles que sais-je encore. La richesse du vocabulaire pour qualifier cette partie du corps dépassant péniblement les 120 grammes au repos (soit dit en passant à peine 0,16% du poids moyen d’un corps adulte) n’a d’égale que la faiblesse des arguments que certains développent afin de justifier les droits qu’ils s’attribuent d’arpenter les chemins de notre planète comme s’ils étaient des dieux vivants, devant les quels nous devrions effacer nos vies pour laisser place à leur puissance de désirs inassouvis.

  Depuis 5000 ans que l’écriture existe et qu’ainsi l’humanité est peut-être entrée bien malgré elle dans les prémices de la modernité, le genre masculin a presque toujours imposé sa volonté à l’autre moitié du genre humain à savoir le féminin ou déclaré comme tel. Je prie ici de bien vouloir excuser ce raccourci quant à l’existence de genres différents. Au seul prétexte qu’il était le plus grand, le plus fort, le plus con aussi sans doute. Et quand certaines assemblées se sont penchées sur les égalités des uns et des autres, on remarquera qu’il s’en est toujours trouvé un qui parlait plus fort, pour imposer une idée de hiérarchie des genres, au besoin aidé par un dieu quelconque, créé de toute pièce, révélé ou non. Ce fatras de philosophies inégalitaires a même connu ses heures de gloire puisqu’inscrit dans bien des livres religieux, dans bien des codes civils au cœur des systèmes politiques de tous les pays de la terre jusqu’il y a quelques dizaines d’années au sortir d’un conflit mondialisé.  Si le 20èmesiècle a été le plus destructeur d’âmes humaines innocentes par la folie notamment de guerres mondiales mécanisées et de guerres économiques et financières, il a tout de même permis, au milieu de ces horreurs, l’émergence d’une réflexion sur l’égalité des sexes, genrés ou non.

  Depuis donc une cinquantaine d’années il existe bien une idée formalisée et défendue comme quoi les genres seraient égaux et mériteraient la même reconnaissance. A tel point qu’aujourd’hui nous connaissons, en France, l’existence d’un secrétariat d’état à l’égalité Femmes-Hommes. A ce stade, il ne faudrait pourtant pas voir cela comme la réussite dans la réalité, dans la vie réelle, de cette égalité des genres. Bien au contraire, c’est la matérialisation au plus haut niveau de l’État du nécessaire combat contre les pensées les plus archaïques et les plus barbares, encore une fois défendues et justifiées par une meute d’hommes masculinisés justifiant la certitude de leurs dogmes dans des livres religieux ou non, venus d’un autre âge. Ce combat est quotidien et doit avant tout prendre la forme d’une éducation de nos enfants, même si la répression judiciarisée est la première réponse à apporter dans les cas de violence. Tant pour les victimes que pour les auteurs d’infractions. Nous ne pouvons laisser s’insinuer l’idée que les filles ne méritent pas l’Égalité dans l’ensemble des actes personnels, professionnels, confessionnels, qu’elles partagent avec le reste de l’Humanité dans l’espace public comme dans leur espace privé.

  Pour ma part ce combat commence avec la lutte contre mes propres carcans éducatifs et culturels. Quand ma fille rentre à la maison victime d’une seconde agression physique en moins de 6mois, avec le visage tuméfié, je lutte contre cette pensée qui consisterait à dire : 

  • Mais tu lui as fait quoi ? 
  • Tu étais habillée comment ?
  • Tu as vu l’heure ?

 Oui, c’est normal à 18 ans de prendre un bus à 22h30 pour rentre chez soit. 

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 Oui, c’est normal de porter une jupe et il n’est pas acceptable de penser que peut-être sa longueur permettrait de justifier quelques violences que ce soient.

 Oui, c’est normal de ne pas vouloir donner son numéro de téléphone à une personne inconnue.

La culpabilité doit changer de camp !

 Plutôt que d’apprendre à nos enfants à s’habiller de telle ou telle façon, à ne pas sortir le soir, à ne pas se promener ici ou là, il est nécessaire d’apprendre aux autres à entendre et respecter les réponses qui leurs sont faites. Y aurait-il quelque chose d’incompréhensible dans le mot NON ?! Une subtilité du langage qui viendrait se cacher entre ces trois lettres pour qui veut comprendre OUI ?!

 En tant que père, que mari, que frère, en tant que citoyen je n’en peu plus de cette violence qui nous est imposée par quelques esprits dérangés dont certains se cachent derrière des soutanes, des voiles, ou autres textiles . Je ne supporte plus de voir mes filles se cacher, éviter les rues, baisser les yeux.

 

En 2019 aucune idée, aucune pensée philosophique, aucune volonté politique, aucune religion, ne peut justifier d’aucune manière la mise à l’écart d’un genre par rapport à un autre et encore plus sa domination psychologique ou physique. Tout mot, tout verbe, qui soumet est une porte ouverte vers la violence. Tout auteur, tout promoteur de ces verbiages est coupable ! Coupable de laisser naitre une justification. Coupable de permettre que des filles, des femmes, soient un jour abaissées, battues et finalement abattues ! Le camp des coupables est connu. Au-delà des nécessaires actions de justice, il faut nous mobiliser pour apprendre et faire apprendre que les femmes ne sont pas coupables de leurs différences.

 

 

 

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