La déchéance de nationalité : une bonne idée pour ne rien faire

La déchéance de la nationalité est un épouvantail qui évite à la gauche de se poser les bonnes questions sur le fléau de "l'extrémisation" d'une part de la population française : comment notre société peut-elle générer de tels extrémismes en son sein et comment pouvons-nous, nous en prémunir ?

Dans le cadre du combat que nous menons contre un terrorisme inspiré par "des fous de dieu" je pense que la déchéance de la nationalité est une mauvaise idée. A tout le moins une mauvaise réponse qui nous éloigne du vrai problème : comment notre société française peut-elle générer de tels extrémismes en son sein et comment pouvons-nous, nous en prémunir ? 
La République est une et indivisible et l'un de ses buts est de pouvoir rassembler, dans un cadre laïque, les françaises et les français autour de trois valeurs qui fondent la société française et que sont la liberté, l'égalité et la fraternité. La République n'est pas un jeu, la laïcité n'est pas une règle parmi d'autres, on ne distribue pas les bons ou les mauvais cartons. On n'exclu pas donc. Etre français, ou naitre français, c'est avoir la chance de vivre dans cet esprit si particulier qui permet à chacune et à chacun de croire à ce qu'il souhaite mais aussi de ne pas croire. Ou même de croire en rien. Ni en un dieu, ni en un maître, ni même en l'Homme. Et, oui, je le dis et je l'affirme, on peut faire société sans croire en quoi ou en qui que ce soit. C'est là toute la force de notre République laïque. 
Q'une poignée de fous, hystériques, sanguinaires cherchent à détruire ce bien commun ne doit pas nous amener à modifier le sens de notre société. Nous ne pouvons pas nous abaisser à exclure de la République sans prendre le risque de nous perdre. En paraphrasant Churchill j'oserais dire : "mais si nous amputons une partie de notre République, alors pourquoi nous battons-nous?". Ne réalisons pas nous-mêmes ce que des terroristes espèrent. Ne réduisons pas la République et ses valeurs. Ne les enfermons pas en réduisant ses accès. Nous les voulons universelles. Assumons-les. La France est la France quand elle s'adresse au monde en lui montrant, notamment, le chemin de la fraternité.
Dans une République qui est debout et qui doit se défendre contre le pire j'accepte très volontiers l'idée de sanctions exemplaires et symboliques. Même je les réclame. Nous devons donc être intransigeants dans nos condamnations en utilisant tout l'arsenal juridique à notre disposition. Et pourquoi pas, mettre en oeuvre une mise au ban de la société, une déchéance des droits civiques qui passerait par l'indignité nationale. 
En même temps il nous revient, à gauche à tout le moins, de ne pas se cacher derrière ce débat pour éviter de regarder vers les personnes qui s'enferment dans ces chemins extrémistes et violents : qui sont-elles ? d'où viennent-elles? quel est leur parcours ? leur histoire ? Qu'est-ce que notre société à manqué pour les laisser dériver ainsi ? Il me semble que les hommes et les femmes politiques, les citoyens et les citoyennes de bonne volonté, les acteurs économiques privés ou publics ont beaucoup plus à faire, encore et encore, pour inclure chacune et chacun dans notre République laïque plutot que de débattre d'éventuelles modalités d'exclusions. Au travail !

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