Le vote blanc / rétro-débat [2003] : (2) « Ce n'est pas en cassant le thermomètre ... »

Au-delà du problème technique de la reconnaissance du vote blanc, les députés s'attachent à comprendre pourquoi de nombreux citoyens recourent à ce type de vote.
Il faut noter que les raisons évoquées ici peuvent aussi bien s'appliquer à l'abstention ( et même, pour certains députés, à ce qu'ils appellent les « votes extrêmes »).
Petit inventaire des causes :
- la « mondialisation libérale »
et son corollaire « la démission de la politique face aux diktats des marchés financiers » [J.BRUNHES / PCF] ;
« le sentiment qu'ont nos concitoyens d'une relative impuissance du pouvoir politique à agir sur le cours des choses, sur le gouvernement des hommes, c'est-à-dire à changer la société et, à travers elle, leur vie quotidienne. »[P.ALBERTINI /UDF] ;
- « la multiplication des niveaux d'administration territoriale »
Les responsabilités sont diluées. Les électeurs ne perçoivent plus les enjeux des élections locales. ») [B.ROMAN / PS];
- « nos institutions » qui ne permettent « ni de résoudre la crise de la démocratie représentative ni de développer la démocratie participative » [J.BRUNHES / PCF]
( « Pis, toutes les réformes institutionnelles mises en œuvre depuis quelques années, comme le quinquennat ou l'inversion du calendrier électoral, favorisent le bipartisme et la bipolarisation de la vie politique, qui conduisent à une République de spectateurs et de courtisans. » ) ;
- « la pratique du cumul généralisée, notamment pour les parlementaires »
Regardez d'ailleurs notre hémicycle, ce matin : nous sommes une vingtaine à parler de la démocratie française ! Cet absentéisme suscite chez nos concitoyens un véritable rejet. ») [B.ROMAN / PS] ;
- « le conservatisme de " nos " formations politiques »
Partout, des femmes, des jeunes, de nouvelles catégories sociales sont capables d'être des représentants compétents, dignes des électeurs, lesquels aspirent à ce renouvellement. Or notre organisation politique y fait aujourd'hui barrage. ») [B.ROMAN / PS] ;
- « l'offre des formations politiques dominantes »
qui « se révèle incapable de répondre aux attentes des citoyens »[J.BRUNHES / PCF]
et qui« ne contient pas de perspectives sociales et économiques radicalement différentes » [J.BRUNHES / PCF] ;
- « la politique de l'autruche » , c'est-à-dire « le refus, pour les élus que nous sommes, de voir la gravité des problèmes »
« Ce n'est pas en nous enfouissant la tête dans le sable que nous guérirons la démocratie des maux qui la taraudent. Nous avons tout intérêt à regarder la réalité en face. D'ailleurs, un élu ne peut pas avoir! peur du suffrage universel : s'il s'engage devant ses concitoyens, c'est qu'il en accepte à l'avance le verdict. » [P.ALBERTINI /UDF] ;
- « les promesses électorales figurant dans les programmes politiques » et « les beaux slogans comme celui de la lutte contre la "fracture sociale " »
...
qui « sont oubliés aussitôt les élections terminées » [J.BRUNHES / PCF] ;
- « le caractère généralement assez démagogique des positions prises depuis ces vingt ou trente dernières années par certains élus »
( « qui ont laissé entendre que l'on pouvait changer la vie, le monde, passer de l'ombre à la lumière, alors qu'ils savaient pertinemment qu'ils n'auraient pas les moyens d'agir sur le cours des choses et sur le gouvernement des hommes
. ») [P.ALBERTINI /UDF] ;
Alors que faire ... une autre politique ? ... une autre façon de dire / de faire de la politique ?.
« Le civisme et l'exercice de la citoyenneté ne se décrètent pas. C'est en recourant à une véritable démocratisation de nos institutions. »[J.BRUNHES / PCF]
« C'est en inventant de nouvelles pratiques politiques, en proposant des projets politiques et de société conformes aux aspirations citoyennes, aux exigences et aux formidables potentialités qu'offrent les progrès scientifiques et technologiques de notre époque que nous mobiliserons les Français. » [le même]
« Ce qui incitera nos concitoyens à revenir aux urnes, c'est l'assurance que ceux à qui il leur est demandé d'accorder leur confiance sont capables de courage politique au sens le plus noble.
Et le courage politique est autant de savoir reconnaître que l'on s'est trompé que d'assumer et prendre à bras-le-corps les réformes difficiles à mener dans l'intérêt du pays.
» [JF.COPE / UMP]
Nous retrouvons le thème du respect des engagements comme clé de voute de la démocratie ( cf. mon billet du 24 mars)
« Pour ma part, je pense que la seule arme anti-extrémisme est l'affirmation par les républicains de tous bords - et nous le sommes tous - d'idées et d'engagements précis, puis, lorsque ceux-ci ont obtenu la confiance de nos concitoyens, le fait de nous y tenir, de leur donner corps, de les mettre en application et d'en assurer la bonne fin.
A ce moment-là seulement, nous pourrons prétendre que nous avons commencé ce long chemin de croix, qui est celui des démocrates que nous sommes et qui consiste à retrouver la confiance de nos concitoyens.
» [G.GEFFROY / UMP]
Un autre thème apparaît de façon incidente : la nécessité du débat et le refus des « consensus mous »
« Il appartient à chacun et chacune d'entre nous, en tous cas à nos formations politiques, d'éviter de créer des espèces de consensus mous sur des idées ternes. » [E.BLANC / UMP ]
« Cela exige, permettez-moi de vous le dire, de travailler au fond.
La polémique, bien sûr, fait partie du débat public. Elle est essentielle. Sans elle, il ne serait pas toujours facile d'identifier clairement de quel côté on se situe.
Mais rien ne vaut le débat de fond, le débat d'idées, qui permet d'identifier clairement les clivages.
» [JF.COPé/ UMP ]
En fin de compte, plus que de technique électorale, c'est de notre conception de la démocratie qu'il s'agit.
« Si nous considérons cette proposition comme une invitation à réfléchir sur le socle de nos institutions et la manière dont les Français se reconnaissent, ou ne se reconnaissent pas, en elles et en ceux qui les incarnent, c'est-à-dire nous-mêmes, nous aurons déjà ouvert une discussion féconde. » [P.ALBERTINI /UDF]
« Depuis près de vingt ans, l'abstention ne fait que croître dans des proportions élevées, et ce quel que soit le type d'élection. Par conséquent, la question qui se pose est la suivante : comment faire en sorte que la démocratie soit la plus vivante possible ? » [P.CLEMENT / UMP]
« Le suffrage est au cœur de la citoyenneté et les électeurs restent très attachés au vote et à sa valeur symbolique. Encore faudrait-il leur donner des raisons d'espérer afin qu'ils prennent le chemin des urnes et ne boudent pas la politique. » [J.BRUNHES / PCF]
« On ne construit pas une démocratie en regardant grandir, aux deux pôles extrêmes de l'échiquier politique, les manifestations d'humeur, d'ailleurs très souvent plus intuitives que raisonnées, faisant appel à la peur plus qu'à la raison. La démocratie, c'est le choix de la raison. » [P.ALBERTINI /UDF]
« La démocratie est une valeur à cultiver tous les jours, parce que c'est un combat de tous les instants pour que nos concitoyens se sentent acteurs de notre destinée collective et non pas spectateurs passifs de nos débats. » [ le même ]
Et, comme ils le font souvent au cours des débats, c'est avec des images - des images de « meccano », de « thermomètre » - que les députés essaient de traduire leur vision de la démocratie.
« La démocratie n'est pas seulement un Meccano institutionnel, un assemblage d'institutions, un procédé de répartition des pouvoirs dans les sociétés modernes. »[P.ALBERTINI /UDF]
« Notre démocratie est malade, tout le monde en convient. Toutefois, ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on fera tomber la fièvre du malade. » [H.MORIN / UDF]
... « Ce n'est pas en cassant le thermomètre » ...
... On n'a pas cassé le thermomètre (les votes blancs sont toujours comptés avec les votes nuls) ...
... On n'a pas non plus fait tomber la fièvre du malade ( les résultats des régionales de 2010 sont là pour le montrer) !

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