« Le temps de la chape de plomb est révolu.» (SARKOZY) / rétro-débats sécurité : (1)

« Vivre avec, au quotidien, la peur pour soi-même ou ceux qui vous sont chers, ce n'est pas vivre libre. » …

« Vivre avec, au quotidien, la peur pour soi-même ou ceux qui vous sont chers, ce n'est pas vivre libre. » … « Les Français nous l'ont dit. » … « Sans rien céder aux thèses de l'extrémisme », il s’agit de « démontrer que l'action républicaine est possible et surtout efficace » ... Pour cela, il faut en finir avec les « tabous » : « Le temps de la chape de plomb est révolu. »
Tous les ingrédients de la rhétorique sarkozienne sont en place et le lecteur n’apprendra sans doute pas grand-chose en lisant les extraits qui suivent. Mais il s’agit là d’un discours fondateur et, à ce titre, il n’est pas sans intérêt de s’y référer au moment où s’amorce une nouvelle – et décisive ? - campagne électorale
Il convient en effet de se rappeler que nous sommes le 16 juillet 2002. Donc juste après le
21 avril N.Sarkozy ne prononce pas l’expression, mais il est évident que tout son discours est une (tentative de) réponse à ce cataclysme politique – ou, plutôt - une tentative de retournement : comment puis-je tirer profit, sur le plan politique, de cet évènement ?
[On peut lire de larges extraits de l'intervention de N.Sarkozy dans :
http://karlcivis.blog.lemonde.fr/les-deputes-dans-le-texte/morceaux-choisis/le-temps-de-la-chape-de-plomb-est-revolu-sarkozy-debats-sur-la-securite/

L’« appel des Français »


«-Le ministre. Les Français nous l'ont dit tout au long des grandes échéances politiques de ces derniers mois : la sécurité est bel et bien leur première préoccupation. Le 16 juin, ils ont voulu, en donnant une nouvelle majorité à votre assemblée, un gouvernement qui applique une nouvelle politique. Ils ont voulu une majorité et un gouvernement qui prennent en compte la réalité de leur vie, et non plus qui essaient d'adapter cette réalité à la conception théorique qu'en ont parfois certains observateurs ou acteurs de la vie politique. […]
Au premier rang de ces réalités figure l'insécurité. […]
Nous avons pris la mesure du phénomène de la délinquance qui, aujourd'hui - il convient de le noter - n'épargne plus une seule catégorie de la population, ni même une seule région. On ne peut plus parler seulement des violences urbaines : ici, on redoute de laisser ses enfants voyager, là, on hésite à s'arrêter sur une aire d'autoroute. C'est la confiance même des Français dans la vie de tous les jours, dans la capacité des institutions à répondre à leurs inquiétudes, dans les valeurs de leur pays, qui est entamée. Ce que nous voulons, c'est redonner confiance aux Français.
Vivre avec, au quotidien, la peur pour soi-même ou ceux qui vous sont chers, ce n'est pas vivre libre
.
- A. Marsaud et F. Sauvadet. Très bien ! [ …]
-Le ministre. L'insécurité rend d'abord la vie impossible à nos compatriotes les plus modestes, les plus exposés, les plus fragiles. C'est pour eux, en tout premier lieu, que nous nous devons d'agir.
- P.Lellouche. Très bien !
- Le ministre. Ce sont bien eux qui ont besoin que l'État retrouve sa place, joue son rôle, et assume ses responsabilités. Car s'il est défaillant, ils n'ont aucun autre moyen de se protéger et de se défendre. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et du groupe UDF.)Qui pourrait nous reprocher notre ambition de répondre à l'inquiétude des plus modestes ? [ …]
Qui ne comprend qu'il nous faut désormais, sur tous les bancs de cette assemblée, répondre et tenir compte de la désespérance des cinq millions de Français qui ont choisi le vote extrême, tout en prenant soin nous-mêmes de condamner les thèses de l'extrémisme.
- M. Aurillac (Mme.) Très bien !
- Le ministre. Pour sa part, le gouvernement de M. Jean-Pierre Raffarin veut entendre l'appel des Français, le seul qui nous intéresse. Nous exerçons nos responsabilités par leur volonté, il nous faut nécessairement en tenir compte. Le reste ne représente à mes yeux que l'écume des choses. L’État va donc désormais protéger les citoyens, comme nous nous y sommes engagés. C'est le choix des Français, c'est leur message, il a été compris et il sera respecté ! » (Applaudissements sur plusieurs bancs de l'UMP.)

 

Haro contre les socialistes

 

- Le ministre. J'ai entendu des critiques venant de professionnels des droits de l'homme, m'accusant de vouloir "mater des populations rebelles en raison même de leur précarité". Je le dis du haut de cette tribune : cette accusation est honteuse,...
- P.Lellouche. Scandaleuse !
-R. Cazenave. Minable !
- Le ministre
.
... précisément parce qu'elle fait un amalgame honteux entre délinquance et précarité.
- X. de Roux. Bravo ! - Le ministre. Et c'est justement ce que nous voulons éviter, car nous voulons que les gens les plus modestes aient le même droit à la sécurité que les gens les plus aisés. Il est vrai que, pour certains, cette approche est une hérésie. Elle va les priver d'un fonds de commerce traditionnel qui est l'explication de la délinquance par la précarité, et finalement sa justification. ("Bravo ! "et applaudissements sur les bancs du groupe UMP et du groupe UDF.)
- J. Myard. Eh oui ! Là, ils ne rigolent pas !
[…]
- Le ministre. Dans le même esprit, je veux dire qu'il est aussi inutile qu'absurde d'essayer d'opposer la répression et la prévention. Les deux sont naturellement nécessaires, indissociables, complémentaires. Je souhaite que l'on veuille bien comprendre que le sentiment d'impunité est un puissant facteur d'encouragement à la délinquance...
- R. Pandraud. Très juste ! - Le ministre.... et qu'à l'inverse la crainte de l'application juste et ferme de la loi est la plus utile des préventions.
- P.Lellouche. Très bien !

(Le rapporteur - T.Mariani - reviendra longuement sur ces thèmes, pourfendant « l'inconséquence, que dis-je, l'inconscience, l'irresponsabilité de nos prédécesseurs qui ont fait de la politique de l'autruche leur matière de prédilection, assistant les bras ballants à l'explosion de la délinquance et jetant l'anathème sur tous ceux qui, parmi nous, osaient en parler à l'époque ».
« Aux yeux des socialistes, nous faisions une crise de paranoïa aiguë. Pour eux, l'insécurité n'était pas une réalité, mais un sentiment vague, diffus, infondé, vaporeux. Nous étions les seuls coupables et, à force de parler d'insécurité, nous étions devenus peu fréquentables. Une fois de plus, l'idéologie aura aveuglé la gauche, en s'interposant entre la réalité et la politique. »)
« Rompant avec le verbiage [des socialistes] , votre démarche, monsieur le ministre, à laquelle nous adhérons pleinement, se veut avant tout déterminée et réaliste. Contrairement aux socialistes, qui se sont contentés de mesurettes de circonstance et de textes qui n'avaient de sécurité que le nom, vous appréhendez la problématique de la sécurité dans sa globalité et, pour la première fois, vous l'ancrez dans le temps. »)

« Le cœur »et « la méthode »

- Le ministre. Nous ne voulons ni stabiliser la progression de la délinquance, ni l'accompagner, mais bien casser cette progression et faire reculer la délinquance durablement. […]
Face à cette délinquance, notre devoir est d'être lucides, d'écarter, bien sûr, toutes formes de naïveté mais de se garder de réactions excessives : ni surréaction, ni immobilisme, tout simplement l'action cohérente, générale, et surtout immédiate. Tel est le cœur de notre politique.
[…]
J'ai voulu aborder, sans a priori, sans préjugé, toutes les questions liées à la sécurité. Depuis trop longtemps, dans notre pays, nombre de ces sujets ont été considérés - et par qui ! - comme des tabous qu'il était interdit ne serait-ce que d'évoquer. Et pendant que les républicains, sur tous les bancs de cette assemblée, fuyaient les sujets brûlants, d'autres, avec des idées qui n'étaient pas les nôtres, s'en emparaient.
- P.Lellouche. Très bien !
- Le ministre. Le débat a régressé dans notre pays simplement parce que nous l'avons déserté. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP et du groupe UDF.) Et nous, la droite républicaine et modérée, prenons nous-mêmes notre part de responsabilité sur le sujet.
C'est ainsi qu'il serait impossible d'évoquer l'immigration clandestine alors même qu'il s'agit d'une préoccupation essentielle de nos concitoyens. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP.)
C'est ainsi que nous ne pourrions pas davantage parler des gens du voyage alors même que, dans certaines régions, l'exaspération est à son comble. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP et du groupe UDF.) Nous ne pourrions pas décrire certains fléaux pourtant avérés tels que la drogue, la prostitution ou la mendicité agressive, sans être caricaturés !
- P.Lellouche. Très bien !
- Le ministre. Mais de tels phénomènes existent, mesdames et messieurs les députés, les Français les côtoient tous les jours, ils les subissent, en souffrent, et ne comprennent pas pourquoi leurs responsables politiques ferment les yeux sur ce qui est devenu leur vie quotidienne. Une vie qu'ils supportent de plus en plus mal ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP.)
Et c'est bien parce que, depuis trop longtemps, nous nous inclinons avant même d'avoir parlé, que ces problèmes n'ont trouvé aucune solution.
Je vous le dis simplement : le temps de la chape de plomb est révolu
. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP et du groupe UDF.)

Sans rien céder aux thèses de l'extrémisme, nous devons démontrer que l'action républicaine est possible et surtout efficace. Puisque notre parole est redevenue libre, il nous sera aisé de refuser, de rejeter, de condamner tous les amalgames honteux.
Les problèmes des Français ne disparaîtront pas si nous nous dérobons devant eux.
»
[…]
«
- Le ministre. Pour agir en profondeur et dans la durée, nous avons besoin de votre soutien, de votre accord et du vote sur les moyens à engager pour les cinq années à venir. Nous proposons un effort budgétaire sans précédent - 5,6 milliards d'euros supplémentaires - qui témoigne de la priorité absolue donnée à la lutte contre l'insécurité. Nous vous proposons, en outre, des objectifs, une organisation, des méthodes nouvelles. Enfin, nous annonçons un projet de loi qui vous sera soumis à l'automne. […]
Il doit être clair dans cette assemblée qu'il y aura désormais une action au service des mots
.
- J. Myard.
Enfin un ministre de l'intérieur !
- J. Marsaudon. Un vrai ! »
Texte intégral :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2001-2002-extra/20021006.asp#PG1

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