"Gloire au pays où l'on parle !"

Ceci est un message de l'Ancien monde ... ... du temps où débattre à l'Assemblée nationale voulait encore dire quelque chose !

On peut dire les débats de l’Assemblée de nombreuses manières.

 Comme une mise en scène.

 Comme un chant des territoires,

Comme un poème épique, une chanson de geste (« la geste démocratique »)  - avec, en arrière-fond, roulements de tambours avant la bataille, plaintes et pleurs des femmes de combattants qui attendent fébrilement l’issue du combat, prières et suppliques des chevaliers emprisonnés dans leur prison dorée du Val sans retour.

 Comme un récit des origines - dans lequel nous retrouverions les figures mythiques du « prêtre », du « chevalier » et du « paysan ».

Quelque chose comme un « Mahabharata » [1] contemporain, avec des héros – des hérauts - qui mènent, en notre nom, des combats « sacrés », sans pour autant pouvoir  se défaire de cette enveloppe « de chair et d’os » qui les fait ressembler aux fragiles  humains que nous sommes.

 Le sacré est tellement présent dans les interstices du discours qu’il est aisé de passer de la « scène » à la « Cène »[2]. Aussi dirai-je la séance  - le  « travail » - de l’Assemblée comme une « eucharistie ».

 De même que l’alchimiste est appelé à transformer en une matière noble ce que le commun des mortels considère comme vil et sans intérêt, le prêtre est celui qui change le pain « quotidien » en « corps » du Christ : « Prenez et mangez, dit le député, ceci est le CORPS de la nation, ceci est la CHAIR de la nation …  ceci est le sang de la nation, le sang qui lui donne VIE. »

 De même que la liturgie de la messe réalise l’unité des croyants, la « liturgie » des débats crée du LIEN. Elle fait de l’UN. Elle institue le député en représentant de la collectivité solidaire et unifiée qui a pour nom NATION. « Allez, la nation est dite ! »

 Alors – en écho aux propos, éminemment plus « laïques » que les miens, de Clémenceau : « Gloire au pays où l’on parle ! »[3] , je dirai l’Assemblée comme le « parloir de la nation »[4] .

 Pas au sens du « Café du commerce » (encore que, certains jours, nous l’avons vu ! …)

 Pas au sens du « dernier salon où l’on cause » (encore que – à la façon Gilles Vigneault - on pourrait dire que les députés, «  ce sont gens de parole/ et gens de causerie/ qui parlent pour s’entendre/ et parlent pour parler / il faut les écouter/ c’est parfois vérité/ et c’est parfois mensonge !  [5]»).

 Mais –  comme s’il m’était impossible de quitter le registre judéo-chrétien - j’emploierai le mot « parloir » dans une autre acception, empruntée au mot  « saloir ».

N’est-il pas écrit dans les Évangiles : « Vous êtes le sel de la terre ; si le sel s’affadit, avec quoi le salera-t-on ? ».

 Et moi, je dis au député – mais aussi au citoyen car, en définitive, on a l’Assemblée qu’on mérite ! - : « Députés, vous êtes le parloir de la nation ; si la parole s’affadit, avec quoi la parlera-t-on ? » 

 

 Extrait de « LE PARLOIR DE LA NATION. Errances au pays des incertitudes démocratiques »
(p.190-192/ 
errance 21 )

La publication de ces extraits a pour but de rappeler l’existence de ce livre (publié en 2016 et passé quasiment inaperçu à l’époque) … et de donner envie au lecteur d’aller plus avant dans la connaissance des idées de l’auteur.

Pour une première approche :
LE PARLOIR DE LA NATION : présentation de l'ouvrage (article publié sur Mediapart le 14 novembre 2017 )

Pour se procurer l’ouvrage :
chez l’éditeur Publibook
version papier (19,95 euros )

version numérique (10,49 euros)

 

[1] Le « Mahabharata » est une épopée de la mythologie hindoue.

[2] La « Cène » est, dans la tradition judéo-chrétienne, une évocation du repas que le Christ a partagé avec ses apôtres.

[3]  Oui, gloire au pays où l’on parle, honte aux pays où l’on se tait. Si c’est le régime de la discussion que vous entendez flétrir sous le nom de parlementarisme, sachez-le, c’est le régime représentatif lui-même, c’est la République sur qui vous osez porter la main. 
    En ce qui nous concerne, nous ne pouvons pas nous le permettre. Nous sommes, nous, des républicains,  nous acceptons la République, la liberté de parole ici et ailleurs avec tous ses avantages, avec ses périls ; nous la réclamons ; nous la défendrons. » [Georges Clémenceau, Chambre des députés, 4 juin 1988].

[4] À rapprocher de l’expression « parloir aux bourgeois » que l’on retrouve en 1260 pour désigner l’hôtel de ville (de Paris).

[5] Ces paroles sont extraites de la chanson « Les gens de mon pays » de Gilles Vigneault.

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