La Fusillade sur une plage d'Allemagne (Théâtre)

Aux fidèles qui suivent ce blog et qui restent sensibles à l'écriture poétique et dramatique contemporaine, je signale la création, le 19 janvier prochain, à Paris d'un texte dont le principal mérite est de bousculer toutes les conventions.

Simon DIARD est un ex-étudiant de l'E.N.S.A.T.T/ Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ex Ecole de la Rue Blanche), à Lyon. Il a suivi, une année, en 2007/2008, mes cours de Traduction/Dramaturgie au sein de cette école. Nous y avons abordé essentiellement, ensemble, un travail autour d'un texte de l'auteur espagnol Juan MAYORGA, Lettres d'amour à Staline. Qu'il a finalisé même si, pour une création publique, c'est une autre adaptation qui fut jouée (pratique assez courante).

Peu à l'aise dans les carcans d'obéissance et d'allégeance que présupposent des études dans des écoles institutionnelles, il a préféré, ensuite, prendre de larges distances avec un milieu qui ne laisse pas les coudées franches à ceux qui veulent explorer les terrains hors les clous et les couloirs fléchés.

Dix ans plus tard, la reconnaissance, de la part des institutions théâtrales, semble enfin advenir, et surtout lui convenir, puisque son avant-dernier texte, La Fusillade sur une plage d'Allemagne, est publié aux Tapuscrits et présenté, dès ce 19 janvier à Théâtre Ouvert (Paris XVIIIè), dans une mise en scène de Marc Laîné, avant d'être ensuite proposé aux Alsaciens (Théâtre national de Strasbourg, en février).

Je n'ai pas vu la version scénique mais je recommande le texte. Comme je l'avais fait pour une partition précédente, "Comme un zeppelin en flammes dans son vol de retour":   ici 

Les curieux et friands de littérature contemporaine seront bien inspirés, je crois, d'aller entendre cette voix de l'écriture. Dont l'argument, sans être primordial, tient en 2 lignes: la traque, dans des forêts et fossés, d'un adolescent soupçonné, par une meute anonyme, bien décidée à lui régler son compte, d'avoir perpétré une tuerie de masse. Et l'on entend, dans l'écriture, entre ce qui ne s'apparente plus à des répliques au sens traditionnel du texte, mais sous la gangue des syntagmes, d'étranges résonances, demi-aveux, barbouillés, tantôt brouillés, tantôt saillants, impénétrables.

On peut, on doit, aussi et surtout, citer la présentation de l'oeuvre par l'auteur lui-même qui, ainsi, interroge et prévient:

"La distance qui sépare le fantasme de l’acte n’est-elle pas impénétrable ? Et celle qui sépare la planification mentale de la simple rêverie ? A partir de quand une pulsion menace-t-elle de se matérialiser en actes ? Peut-on lire dans les lignes incertaines d’une conscience ? Et comment être certain qu’on discerne le vrai du faux ? La réalité de la fiction ? La description de faits réels de la projection imaginaire ? Peut-on percer de l’extérieur les intentions et les désirs les plus occultes ? Faut-il préférer au risque de laisser en vie un meurtrier en puissance celui d’éliminer un innocent ?  (Simon Diard)".

-Théâtre Ouvert, 4 bis cité Véron, Paris XVIIIè, métro Blanche, du 19 janvier au 10 février 2018 inclus - tél 01 42 55 55 50

-Théâtre national de Strasbourg, 1 avenue de la Marseillaise 67005 Strasbourg, du 14 au 23 février inclus - tél  - tél 03 88 24 88 24.

Et, pour aller plus loin: www.theatre-contemporain.net 

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