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Billet de blog 19 mai 2022

TnP de Villeurbanne 2022-23: un Jubilé et une Saison "Monstres"

Ce 19 mai 2022, le Théâtre national Populaire à Villeurbanne fête son premier jubilé. C’est ce que ne manqua pas de rappeler son Directeur actuel, le metteur en scène Jean Bellorini, lors de sa présentation, à la presse, de la nouvelle saison 2022-23.

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JUBILÉ

Si une partie de l’automne de l’an dernier fut consacrée à célébrer les 101 ans du TnP depuis sa fondation par Jean Vilar et l’épopée qui s’ensuivit, la signature du transfert de ce nom et de ce label au lieu et à la troupe du Théâtre de la Cité de Roger Planchon, à Villeurbanne, eut bel et bien lieu le 19 mai 1972 pour une aventure qui dure toujours, jalonnée de succès fulgurants, d’une période de déroute (début des années 90 pour finances en berne), partage de l’outil prodigieux et envié par d’autres scènes européennes avec, d’abord, Patrice Chéreau puis Georges Lavaudant aux côtés de Planchon qui ne concevait pas autrement, pour le public surtout, - disait-il, une mission d’éveiller et d’entretenir un rapport passionné à la scène. Grâce à eux trois, les écrivains dramatiques les plus essentiels mais aussi et surtout les artistes metteurs en scène de renommée souvent internationale ont formé, dans la mémoire de leurs spectateurs souvent très fidèles, les rêves étonnés et songes captivés, les incompréhensions, malentendus peu à peu transformés en acclamations quasi unanimes. Planchon eut du mal à partir, refusa plusieurs fois de céder enfin son siège pour une succession devenue incontournable, continua malgré tout une fois qu’il accepta de laisser les clefs, en créant un autre lieu de production théâtrale et cinématographique, tira ironiquement sa révérence, en jouant Amédée ou Comment s’en débarrasser de Ionesco dans son nouveau fief mais aussi à Paris, en un théâtre privé.

N’allez pas croire, cependant, que le toujours fringant Théâtre de la décentralisation ne pense qu’à fêter ses anniversaires. Il préfère, cette fois, plus discrètement, célébrer son premier jubilé, tout au long de la prochaine saison, ne serait-ce qu’en programmant à nouveau Georges Lavaudant et sa nouvelle version du Roi Lear shakespearien, en convoquant l’ombre des Deschiens (par Jérôme Deschamps interposé) qui, pendant les années 80, furent souvent invités à présenter ou créer leurs fresques inénarrables, tandis que l’ombre de Patrice Chéreau sera ranimée par le prisme de la reprise d’une de ses dernières mises en scène avec la comédienne Dominique Blanc épelant La Douleur de Marguerite Duras (28/09-9/10/2022). Laquelle Duras ne pourrait plus s’offusquer ni ronchonner, comme elle ne manqua de le faire dans La Vie matérielle, en 1987, constatant que :

« Depuis 1900 on n'a pas joué une pièce de femme à la Comédie-Française, ni chez Vilar au T.N.P., ni à l'Odéon, ni à Villeurbanne, ni à la Schaubühne, ni au Piccolo Teatro de Strehler, pas un auteur femme ni un metteur en scène femme. Et puis Sarraute et moi nous avons commencé à être jouées chez les Barrault. Alors que George Sand était jouée dans les théâtres de Paris. Ça a duré plus de 70 ans, 80 ans, 90 ans. Aucune pièce de femme à Paris ni peut-être dans toute l'Europe. Je l'ai découvert. On ne me l'avait jamais dit. Pourtant c'était là autour de nous. » (1)

puisque l’auteur de L’Amant fera l’objet, en 2022-23, d’une sorte de trilogie : Les Imprudents par la metteuse en scène Isabelle Lafon (24/11-3/12 2022) succéderont à La Douleur, tandis que L’Espèce humaine (même si l’ouvrage est signé Robert Antelme, premier mari de Duras) fermera le ban grâce à Mathieu Coblentz (13-28/01/2023).

Mais Jean Bellorini, tout en présentant avec sa Directrice Adjointe Florence Guinard, la saison à venir, ne cachait pas sa satisfaction, surtout, d’envisager, enfin celle-ci comme une saison « normale » c’est à dire réajustant les prérogatives d’un Centre Dramatique National en Région, en favorisant davantage la création et les temps de répétition in situ, presque autant, si ce n’est plus, que la simple programmation d’un catalogue de spectacles, comme il y fut contraint, l’an dernier, pour cause de Covid-19, afin d’honorer, en une saison, les promesses d’accueil ou de coproductions, coréalisations avec de nombreuses troupes empêchées de jouer.

Première vraie saison, pour lui, depuis sa nomination en 2020, renouant donc avec l’alternance de créations et de spectacles invités. Un soulagement, aussi, pour les spectateurs qui seront moins déboussolés par l’embouteillage des propositions, mois après mois, même si cette profusion garantissait un éclectisme indéniable, l’identité même du TnP pouvait, à terme, s’en trouver profondément changée, en apparence.

Ce seront donc tout de même 215 levers de rideau qui s’opéreront pendant la saison à venir. Et structurés, après coup, en 7 volets thématiques, dont on trouvera une présentation des détails dans l’annexe à cet article.

RE-CONNAÎTRE LES MONSTRES

 Le catalogue de la saison d’un Théâtre masque souvent l’identité de l’esprit d’un Lieu, d’une équipe. Proté-iforme par essence, le programme semble annoncer une succession de propositions de spectacles au gré à gré. Mais ce n’est, justement pas là le moindre mérite du TnP actuel que d’essayer de dégager, dans la forêt, la validité du choix des essences de bois et d’arbres qui permettront aux publics de se repérer pour se frayer un chemin dont le sens, même en pointillés, l’orientation, même discrète ou hasardeuse, constitueront des simulacres de boussoles aptes à ne pas égarer leur Nord.

 Cette saison 2022-23 s’apprête à désigner les Monstres comme figures sinon idéales, tout au moins efficientes pour nous aider à débroussailler nos errances en un Monde devenu trop vaste si l’on prend en considération à la fois la vie réelle et la vie désormais virtuelle qui tente parfois de façon trop crâneuse et délibérée, de rivaliser avec notre quotidien concret. Buffles, Dragons, Fantômes, Maisons du sang, Monstres tués, Loup chaperonné, Démons des guerres du passé ou du présent, Crocodiles trompeurs : ce ne sont là, peut-être, qu’imageries d’un bestiaire favorisant l’imaginaire : il n’empêche que le baroque qui n’aime rien tant que mêler hardiment des éléments en apparence disparates, jouera pleinement une partition dramatique qui n’aura rien de dogmatique mais fera entendre à quel point nos peurs ancestrales ont besoin qu’on s’accoutume à l’idée de dompter l’inconcevable. Aux Monstres de l’Illusion comique si chère à Corneille, font écho, aujourd’hui, les spectres toujours vivaces, même grimés autrement, d’un risque de conflit mondial, pour cause de cataclysme écologique, si l’on n’y prend garde. Le "monstrueux" s'accorde d'autant plus volontiers à l'art théâtral qu'il fut l'un des premiers à prétendre savoir "montrer" - même en le transformant à son tour- l'impensable, l'innommable, l'i-représentable.

L'affiche de saison 2022-23, grâce à l'artiste, peintre et dessinateur Serge Bloch, parfait successeur d'un Jacno ayant conçu dès l'origine du TnP version Vilar, la typographie si particulière et unique et le lettrage désormais bien connus rattachés à l'institution qui privilégiait le pochoir et des couleurs dites "élementaires" (lequel Jacno fera l'objet d'expositions une bonne partie de la saison), rappelle celles des années 80-90, quand elles exhibaient tout simplement des figures iconiques de l'Acteur, grâce au groupe lyonnais Frigo sous la houlette de Gérard Vallet, puisque l'interprète, l'artiste sont essentiels dans la raison d'être d'un Théâtre, représente à son tour le profil schématisé par l'encre d'un comédien ou simplement d'un homme se dépêtrant des liens qui le contraignent mais qui se colorent d'un rouge vif dès lors qu'ils ressemblent à un accessoire, un lasso défensif, l'invitant à se libérer des chaînes oppressantes. Le tout sur un fond vert presque turquoise, glauque: teinte osée, provocante aux yeux de qui sait qu'elle est pourtant réputée maudite au théâtre... une teinte cependant qui sied particulièrement bien aux parures des monstres.

l'affiche de la saison 2022-23 du TnP, par l'illustrateur Serge Bloch, lequel revisite les ingrédients de l'affichiste d'origine Jacno: recours aux couleurs bleu et rouge revivifiées, usage de l'encre et de ses taches pour dire l'artisanat du théâtre.

 Relisant, dans les détails, la teneur des 25 spectacles (sans compter les manifestations hors plateaux) de la prochaine saison, nous revint, en mémoire, ce poème de Henri Michaux:

 Le lobe à monstres

    Après ma troisième rechute, je vis par la vue intérieure mon cerveau gluant et en replis, je vis macroscopiquement ses lobes et ses centres dont presque aucun ne fonctionnait plus et je m'attendais plutôt à voir pus ou tumeur s'y former.
    Comme je cherchais un lobe qui fût encore en bonne santé, j'en vis un, que le ratatinement des autres démasqua.
    Il était en pleine activité et des plus dangereuses, en effet c'était un lobe à monstres. Plus je le vis, plus j'en fus sûr.
    C'était le lobe aux monstres, habituellement réduit à un état inactif, qui dans la défaillance des autres lobes, tout à coup par une puissante suppléance, me fournissait en vie ; mais c'était, soudée à la mienne, la vie des monstres. Or j'avais déjà eu dans toute ma vie, le plus grand mal à les tenir en rang subalterne.
    Peut-être étaient-ce à présent les ultimes tentatives de mon être pour survivre. Sur quelles monstruosités je pris appui (et de quelle façon !), je n'oserais pas le dire. Qui aurait cru que je tenais ainsi à ce point à la vie ?
    De monstres en monstres, de chenilles en larves géantes, j'allais me raccrochant... (2)

 Comment, au-delà de l’avertissement à peine voilé du poète, à propos du danger éventuel que peut représenter, une fois qu’il a été permis, le sinistre renouveau d’un projet fou de dictature entraînant l’élimination de populations entières coupables de simplement exister en leur autonomie, ne pas comprendre aussi qu’en ces lignes, Michaux revendique aussi, plus simplement, le droit à tout esprit de baigner dans des méandres de pensées, de rêveries qui échappent à la rationalité, qui préfèrent s’aventurer dans les limbes réputées infertiles de la pure Poésie ?

 Car l’art dramatique, plus que jamais, sans doute, aujourd’hui, a cette faculté et cette audace de se revendiquer impropre au profit matériel, capitaliste ? Bien plus que les arts cinématographiques ou plastiques, désormais un peu trop inféodés, comme on le sait, aux chants d’autres monstres que sont les sirènes de l’enrichissement productiviste.

REGRET

 Nous n’aurons qu’un regret, au regard du programme 2022-23 du TnP : l’absence d’exposition d’auteurs de théâtre contemporain vivants, français ou étrangers (Pau Miro excepté) et qui ne font pas l’objet d’une adaptation d’un roman ou d’un film. On sait bien que, désormais, sur les scènes du théâtre français, la prédominance pour les seules « écritures de plateau » (c’est à dire des partitions écrites avec les acteurs grâce à des exercices d’improvisations, entre autres) est revendiquée. Mais, alors que l’invitation de Décomposition d’une chute de neige de la suédoise Sara Stridsberg, la saison dernière, grâce à Christophe Rauck, laissait entrevoir que le TnP renouait avec ce qui firent les grandes heures de son passé moderne, entre les années 70 et 2000, force est de constater que cet exemple très enviable (le spectacle de Rauck était épatant à bien des égards) n’est pas suivi d’effets.

Espérons que ce n’est que partie remise pour les saisons suivantes…

 ANNEXE: LISTE THÉMATIQUE DES SPECTACLES DE LA SAISON 2022-23

1/ Les Grands Classiques (La Cerisaie de Tchekhov par Tiago Rodrigues, le nouveau patron d’Avignon-In, avec Isabelle Huppert dans le rôle principal, 6-16/09/2022), L’Avare (c’est à Jérôme Deschamps que reviendra de souffler les 400 bougies de Molière, en cette année d’hommages divers, du 6 au 21/10/2022), Le Roi Lear à nouveau présenté par Georges Lavaudant (9-18/11/2022) et, du même Shakespeare, Othello, par Jean-François Sivadier (26/01-4/02/2023).

2/ La Trilogie Duras (voir ci-dessus pour les détails).

3/ Regards sur le Monde : hier, aujourd’hui, demain : un intitulé quelque peu schématique et globalisant, qui a le mérite, cependant de marquer que l’art dramatique reste l’un des derniers bastions, en notre univers si épris de dématérialisation, où des forces en présence, des humanités peuvent se croiser, se rencontrer, porter ensemble un œil vif sur les manies, obsessions, fléaux, conflits non seulement présents mais également anciens ou à redouter. Le théâtre comme lieu par excellence « épidermique » (Bellorini dixit) qui donne encore à ressentir, hic et nunc (ici et maintenant), effrois, stupeurs, incrédulités, entrecoupés parfois par le rire salvateur de la comédie quand celle-ci ne se contente pas de conjuguer coups de théâtre et situations rocambolesques. Ce qui sera certainement le cas avec la création par Jean Bellorini du Suicidé de Nicolaï Erdman (15-17/12/22 puis 6-20/01/23), savamment sous-titré « vaudeville soviétique ». Car derrière la farce pour dissimuler le goût trop amer de la pilule, se niche bel et bien une violente critique des pouvoirs autocratiques, dans cette pièce qui fut censurée par le régime soviétique entre les années 1920 et 1930. Laquelle convoque toute une diaspora de personnages humbles , commerçants, ecclésiastiques, notables cherchant désespérément un sens à leur existence. Le Suicidé en question sera le premier surpris qu’on lui ai prêté l’intention d’atteindre à ses propres jours : quand l’ombre d’une quille de pain fait croire qu’il s’agit d’une arme, les fantasmes les plus débridés ne peuvent alors qu’advenir et se multiplier.

Pour cette série de spectacles oeuvrant telle une loupe sur notre monde, Alice Carré et Margaux Eskenazi, avec 1983, se focaliseront sur les 20 ans qui ont passé depuis la fin de la guerre en Algérie (9-20/11/2022), le groupe DakhaBrakha (« donner et prendre ») de Kiev sera convié pour une soirée (10/01/23) à témoigner de la musique et du folklore ukrainiens, à travers chants populaires mais aussi rock’n’folk (les recettes de la manifestation seront ensuite données à une association humanitaire oeuvrant en faveur de l’Ukraine), Thomas Jolly montrera comment il a dompté, à grand renfort de moyens spectaculaires et par son amour pour le théâtre de tréteaux, un Dragon enfanté lui aussi par un écrivain russe, Evguéni Schwartz (23-26/02/23), avant que trois metteuses en scène parmi les plus fameuses d’aujourd’hui, Emily Flacher avec les Buffles de Pau Miro (7-11/03/23), Thifaine Raffier et sa France-Fantôme (31/03-7/04/23) et, enfin, la brésilienne Christiane Jatahy pour Après le silence (23-26/05/23), ne viennent confirmer l’importance et la vitalité de la création théâtrale orchestrée par des femmes n’hésitant pas à transfigurer bestiaires imaginaires, science-fiction, documentaire, théâtre, marionnettes ou cinéma pour tracer, repérer les feux mal éteints d’anciens fléaux (l’esclavage), l’étendue de nos angoisses universelles (les mutations technologiques, la peur panique des mémoires) ou encore circonscrire les territoires d’une violence civilisée qui réussit à faire cohabiter, jusqu’à les confondre, sauvagerie du règne animal et duretés des relations humaines.

4/ En compagnie d’un artiste : François Hien. C’est l’une des missions d’un C.D.N., désormais : accueillir, en résidence des compagnies nationales ou régionales, à la fois pour qu’elles s’exercent à travailler au sein d’une institution et profiter des infrastructures mises ainsi à leur disposition, mais également pour favoriser leur essor, leur visibilité auprès des publics qui, année après année, se familiarisent avec l’univers et l’esthétique d’une troupe ou d’un artiste. Au TnP, on préfère, pour 2022-23, le focus sur François Hien, convié à la fois pour sa dernière création, La Crèche : mécanique d’un conflit (17/2-1/3-2023) mais également pour toute une série de rendez-vous conçus sous la forme de veillées et impromptus, mardis du répertoire (« La Peur », « Olivier Masson doit-il mourir ? » et « L’Affaire Correra » seront donc repris en alternance entre le 7/3 et le 9/5), avec son ensemble L’Harmonie communale. Sans oublier des Ateliers propices à préparer la future création de François Hien prévue en janvier 2024 autour des questions de l’Education nationale, en compagnie, cette fois, d’experts et de professionnels. Car l’artiste est éminemment enquêteur, de par sa formation de documentariste initiale, ce qui lui a aussi permis de publier, par exemple, un essai de philosophie politique, à l’instar de l’affaire Baby-Loup qui a révélé les conflits sociaux majeurs au sein d’une unité de garde d’enfants, essai qui est à la base de sa transposition sur scène avec La Crèche, permettant ainsi à un fait de société de se dévoiler dans ses mécanismes insoupçonnés mais analysés, débattus entre protagonistes et citoyens et, par conséquent, les spectateurs.

Peu d’artistes pourront se vanter d’avoir eu une telle liberté et de disposer si longuement d’un lieu prestigieux comme le TnP pour asseoir leur propre renommée…

 5./ En famille. Les jeunes spectateurs auront droit, eux aussi, à un programme choisi : disposition plutôt nouvelle, depuis l’arrivée de Jean Bellorini à Villeurbanne. Sauf erreur ou omission, jamais, pendant les années Planchon-Chéreau-Lavaudant puis celles de Christian Schiaretti (2000-2020), les salles du théâtre ne leur avaient réservé des spectacles à leur intention, même si l’intitulé « En famille » autorise l’élargissement de cette seule audience. Gageons que « I killed the monster » de Gildwen Peronno (21-26/11/22), Alberta Tonnerre de Chloé et Valentin Périlleux (24/1-2-2-23), « Dans ma maison de papier j’ai des poèmes sur le feu » de Philippe Dorin et Julien Duval (5-8/4/23) puis « Le petit chaperon rouge » version Joël Pommerat (25-28/4/23) sauront conquérir des spectateurs à partir de 6, 7, 8 ou 9 ans en complicité avec des adultes.

une marionnette du spectacle "Alberta Tonnerre" - photo: X, tous droits réservés

6./ En partenariat. Comme son intitulé l’indique, le TnP s’associe tantôt avec le Théâtre de la Renaissance d’Oullins pour « Dorothy », fresque signée Zabou Breitman (24-26/11/22), d’après la vie et les textes de la romancière américaine, l’Opéra de Lyon (« Bluthaus, la maison du crime » du 19 au 26/3/23), Le Festival Utopiste de Mathurin Bolze (« Ali » avec Hedi Thabet, du 23 au 26/5/23) ou encore le Théâtre de Villefranche (« Que ma joie demeure », le récit de Jean Giono adapté par Clara Hédouin les 3 & 4/6/23).

7. Clôture de saison : pour finir en beauté loufoque et échevelée, rien de tel qu’un opéra faussement bricolé tel ce Didon et Enée revu et très corrigé par Samuel Achache et Jeanne Candel, sacré par le titre obtenu, de meilleur spectacle musical, aux Molières 2014, opéra baroque à l’origine rebaptisé "Le Crocodile trompeur" puisque palimpseste de l’œuvre de Purcell : un choix formel et esthétique tout à fait cohérent puisque le livret, autant que la partition, avaient, dès leur origine, puisé eux-mêmes aux sources d’écritures plus anciennes.

 En dehors de cette programmation foisonnante, le TnP partira naturellement en tournée avec trois des créations principales de Bellorini (Le Jeu des Ombres de Novarina, Onéguine d’après Pouchkine et Le Suicidé d’Erdman), ainsi que 1983 d’Alice Carré et L’Espèce humaine d’après Antelme par Mathieu Coblentz, deux productions TnP.

 Mais le patron du Théâtre ne sera pas mobilisé uniquement par ses mises en scène : il perpétue son initiative commencée en 2020 avec Mélodie-Amy Wallet et la Troupe éphémère constituée, chaque année d’une vingtaine de jeunes filles et garçons de moins de vingt ans, amateurs de théâtre, donc, issus de Villeurbanne ou d’autres villes en périphérie, préparant un spectacle donné ensuite sur le grand plateau de la salle Roger Planchon, comme l’ont été les précédents « Et d’autres que moi continueront peut-être mes songes » en 2021, d’après les écrits de Firmin Gémier, Jean Vilar, Maria Casarès, Gérard Philipe ou « C’est tout » d’après Duras revisitée par Thierry Thieû Niang et Marie Vialle, en 2022.

AFGHANES

 A cette préoccupation pérenne de lien qui doit, selon Bellorini, prévaloir à toute activité de création mais aussi de transmission, le TnP a inauguré aussi, en février dernier, l’accueil en urgence et à visée protectrice mais aussi éducative d’un groupe de 9 jeunes filles afghanes fuyant les Talibans, issus du Girls Theater Group afghan, que dirige le metteur en scène Naim Karimi. Aux côtés du Théâtre Nouvelle Génération de Lyon, mais aussi de la Ville de Villeurbanne, la Ville de Lyon, le Ministère de la Culture, cet accompagnement et ce refuge provisoire donneront peut-être lieu, là aussi, à une présentation publique d’un travail théâtral qui aura été engagé, en parallèle avec des dispositifs permettant à ces jeunes filles d’apprendre le français, reprendre des études tout en ne renonçant pas à leur activité artistique.

En attendant, leurs portraits photographiques en grand format signés Jacques Grison figureront en bonne place dans les espaces d’accueil, le hall et les paliers de desserte des salles par les escaliers, sur les murs du Théâtre.

photo: Jacques Grison, tous droits réservés - le metteur en scène Jean Bellorini, lors d'une séance préparatoire d'accueil et de travail avec les 9 jeunes filles afghanes reçues à Villeurbanne

Et « Une vue de l’Afghanistan », exposition de photos du metteur en scène Naim Karimi, représentant paysages, rues, marchés de leur pays, permettra aux abonnés et spectateurs du TnP de se familiariser un peu avec un contexte en crise, meurtri, et des habitants contraints à l’exil.

 Ce n’est sans doute pas ce que le Président actuel de la Région Auvergne-Rhône-Alpes s’apprête à encourager ni financer, lui qui vient de couper de façon nette mais déloyale dans les attributions de subventions au secteur culturel de ce territoire. Comme on le sait, la Villa Gillet, l’Opéra de Lyon mais aussi le Tnp de Villeurbanne et d’autres ont appris par la presse, avant qu’un courrier personnalisé ne leur soit expédié, que Laurent Wauquiez redistribuait l’argent pourtant engagé pour cette année 2022 à d’autres associations ou structures de la région. Et ceci, sans ménagement, sans concertation aucune avec les dirigeants des institutions spoliées par un autoritarisme qui n’est pas loin de faire penser à celui d’un parti politique d’extrême droite, comme n’a pas manqué de le proclamer le Maire de Lyon, Grégory Doucet (3).

Jean Bellorini a ainsi expliqué, lors de la conférence de presse du 18 mai que 30 % de la subvention de la Région amputaient le budget du Théâtre, ce qui représente, selon lui, environ un mois de fonctionnement de représentations dans la grande salle (800 places) ou au montant d’une création dans l’une des autres.

À suivre ?!

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Notes:

(1): Marguerite Duras, La Vie matérielle, éditions P.O.L., 1987

(2): Henri Michaux, Épreuves, Exorcismes, éditions Gallimard, 1946

(3): lire l'interview du Maire de Lyon, Grégory Doucet, par Maïté Darnaut, pour le journal "Libération",  ici

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Informations pratiques:

Théâtre national Populaire - 8, place Lazare-Goujon - 69100 Villeurbanne -

tél 04 78 03 30 30 - pour recevoir la brochure de saison,

la consulter sur Internet (dès le 25/05) :

www.tnp-villeurbanne.com

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